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Dix ans après l'accident aérien du club de Chapecoense, l'une des pires tragédies du football mondial, des survivants de l'équipe brésilienne ont affirmé vendredi, depuis le lieu de la catastrophe, qu'au-delà de la douleur, le Brésil et la Colombie sont désormais unis par une "fraternité pour toujours".
Des représentants du club de la ville de Chapecó, dans le sud du Brésil, ont assisté à l'hommage organisé par les autorités locales dans la municipalité colombienne de La Unión (nord-ouest), pour honorer les 71 personnes mortes dans l'accident survenu dans la nuit du 28 novembre 2016.
Parmi les présents figurait l'ancien défenseur Hélio Neto, l'un des six survivants, qui à 41 ans est revenu pour la troisième fois sur la montagne où il a failli mourir.
Entre la Colombie et le Brésil, "après tant de douleur, une tragédie fait naître une fraternité qui dure pour toujours", a déclaré Neto à l'AFP depuis Cerro Gordo, à l'est du département d'Antioquia.
"Cela fait dix ans que nous vivons un grand deuil, et nous sommes toujours là à recevoir l'affection que seul un frère peut offrir", a-t-il ajouté.
L'accident s'est produit alors que l'équipe brésilienne s'apprêtait à atterrir près de Medellin pour disputer la finale aller de la Copa Sudamericana face à l'Atlético Nacional.
Au siège du club colombien, à Medellin, une fresque murale montrant des joueurs des deux équipes avec le mot "Fraternité" a été dévoilée. Sur la montagne, une autre a été érigée avec les photographies des victimes et l'inscription "Champions du ciel".
Joueurs et dirigeants de Chapecoense se sont enlacés pour une prière au cimetière, où l'équipe brésilienne a inauguré un monolithe gravé des noms des disparus.
Pour Neto, contraint de mettre fin à sa carrière en 2019 en raison des séquelles de l'accident, la douleur et la tristesse initiales se sont transformées en "nostalgie, respect et affection".
- Liens éternels -
Aux alentours, on aperçoit encore des morceaux de la carlingue de l'avion, ainsi qu'un chemin bordé de croix blanches.
"Ce fut une rencontre avec la mémoire, avec ceux qui ne seront jamais oubliés, et avec une histoire qui, même par-delà les frontières, continue d'unir Chapecó et Medellin", a écrit le club brésilien sur son compte X.
En pleine lutte pour son maintien en première division brésilienne, Chapecoense était arrivé la veille à Medellín pour disputer samedi un match amical contre l'Atlético Nacional au stade Atanasio-Girardot, l'un des événements marquant le dixième anniversaire de la catastrophe.
Dans la nuit du 28 novembre, le vol charter 2933 de la compagnie bolivienne LaMia s'est retrouvé à court de carburant et s'est écrasé contre la montagne. Depuis la tragédie, le club, qui s'apprêtait à disputer sa première finale continentale, n'a jamais pu retrouver le devant de la scène sportive.
"J'ai gravé dans ma mémoire les gémissements, les plaintes, les gens appelant à l'aide dans ce désespoir", a raconté à l'AFP Miguel Ramírez depuis La Unión.
Ce paysan et son fils Johan, âgé alors de 16 ans, furent parmi les premiers secouristes improvisés à atteindre le lieu du drame, rebaptisé depuis Cerro Chapecó. Ramírez se trouvait dans son champ de haricots lorsque l'avion s'est écrasé — un appareil transportant en majorité des journalistes, des joueurs, des membres du staff technique et des employés de Chapecoense. En entendant un fracas, il a couru vers la montagne avec Johan, surnommé depuis "l'Enfant Ange de Chapecoense" pour avoir aidé à évacuer les victimes grâce à sa connaissance du terrain, montagneux et boueux.
"Des liens très forts se sont créés entre le Brésil et la Colombie. C'est quelque chose qui reste gravé dans la mémoire", a confié Germán López Ríos, qui a construit chez lui, non loin du site de l'accident, un autel orné de photos et de drapeaux. "Cette nuit-là, nous ne l'oublierons jamais", a-t-il affirmé avec nostalgie.
- Sans carburant -
Cette fraternité binationale reste également vivante grâce aux supporters des deux clubs: après la tragédie, Chapecoense avait été sacré champion de la Sudamericana à la demande de l'Atlético Nacional. Jeudi, lors du match de championnat entre Millonarios et Nacional, près de 40.000 supporters ont ovationné la délégation brésilienne.
L'enquête officielle sur l'accident a établi que l'avion ne disposait pas, sur son plan de vol, du carburant minimum requis pour un vol international.
En décembre 2016, la Direction générale de l'aéronautique civile (DGAC) de Bolivie a suspendu, puis définitivement retiré, le certificat d'exploitant aérien de la compagnie. L'organisme financier bolivien BISA a précisé que LaMia ne disposait d'aucune couverture d'assurance, bien qu'un fonds ait été créé pour venir en aide aux victimes.
Une contrôleuse aérienne bolivienne avait été arrêtée au Brésil en 2021, soupçonnée d'avoir une responsabilité dans la tragédie pour avoir autorisé le plan de vol. Elle a toutefois été libérée quelques mois plus tard, son pays n'ayant pas réclamé son extradition.
J.Ayala--TFWP