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L'Ethiopie a accusé l'Erythrée, qui a déployé ces derniers jours des troupes dans le nord éthiopien, "d'agression flagrante", Asmara rétorquant que c'est l'Ethiopie qui mène contre elle une longue "guerre d'agression", dans une nouvelle escalade verbale entre les deux voisins qui intensifie le risque d'une guerre ouverte.
L'Erythrée a acquis son indépendance de l'Ethiopie en 1993 après des décennies de lutte armée. Les deux voisins se sont affrontés lors d'une sanglante guerre entre 1998 et 2000 sur fond de différends territoriaux.
Les relations, qui se sont réchauffées à la suite de l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, sont de nouveau acrimonieuses depuis plusieurs années, les deux parties s'accusant mutuellement de tentative de déstabilisation.
Depuis plusieurs jours, des troupes érythréennes sont présentes au Tigré, où une source sécuritaire étrangère a estimé leur nombre à 5 à 8.000 hommes.
Les forces fédérales éthiopiennes ont utilisé contre elles leurs drones dans la nuit de mercredi à jeudi à Adigrat, ville située à environ 40 km de route au sud de la frontière de l'Érythrée, et les forces érythréennes se sont repliées plus au nord.
La présence de troupes érythréennes au Tigré, région frontalière de l'Erythrée, est un "acte d'agression flagrant qui justifie l'exercice par l'Éthiopie de son droit inhérent à la légitime défense", a dénoncé le ministre des Affaires étrangères éthiopien Gedion Timothewos, dans une lettre envoyée jeudi à la représentation française à l'ONU.
Une source diplomatique a confirmé à l'AFP qu'elle avait été envoyée à tous les membres du Conseil de sécurité onusien.
- "Agresseur" et "victime" -
"L'Érythrée est l'agresseur" et "l'Éthiopie est la victime", a encore souligné M. Gedion.
"Le régime éthiopien mène, de fait, une guerre d'agression non provoquée contre l'Érythrée depuis plus de trois ans maintenant", a répondu de son côté vendredi sur X Yemane Gebremeskel, ministre érythréen de l'Information.
Cette escalade verbale intervient plus de deux semaines après la reprise des combats dans le nord de l'Éthiopie, opposant notamment les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui dirigeait de fait l'État régional depuis avril, à l'armée fédérale éthiopienne.
Addis Abeba accuse depuis plusieurs mois Asmara de soutenir les rebelles du TPLF.
Les forces rebelles tigréennes se sont repliées de deux villes du nord du Tigré, près de l'Erythrée.
Elles ont ainsi quitté Adigrat, selon un résident, après les frappes de drones de l'armée fédérale. Mais aussi Shire, grande ville du Tigré qui dispose d'un aéroport - fermé depuis le début des affrontements - et que les "combattants du TPLF et l'administration locale ont quitté" mercredi, selon un travailleur humanitaire.
"Des pillards sévissent (...) quatre personnes ont été tuées et onze autres blessées lors d'un échange de tirs lié à ces pillages", a-t-il regretté.
Ces informations ont été confirmées à l'AFP par un responsable d'une faction dissidente du TPLF, qui a également expliqué que les forces tigréennes avaient "quitté Shire pour Shiraro", autre ville située à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec l'Erythrée.
- Offensive en Erythrée ? -
De nombreux soldats rebelles "désertent pour regagner leurs villages; ils sont gagnés par le désespoir et la frustration à l'égard de la direction du TPLF", estime Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'Oslo New University College (Norvège), qui craint que M. Abiy "ne s'arrête pas à la frontière" et ne poursuive l'offensive éthiopienne en Erythrée.
Les vols d'Ethiopian Airlines, seule compagnie à desservir le Tigré, avaient été suspendus avec le début des affrontements, les rebelles du TPLF en prenant le contrôle.
L'armée fédérale éthiopienne, épaulée par la Force de paix du Tigré (TPF), milice affiliée à une faction dissidente du TPLF ayant rallié le gouvernement fédéral, est entrée samedi 3 octobre sans combats dans Mekele, la capitale régionale, désertée par les forces des autorités rebelles tigréennes.
Vendredi, Ethiopian Airlines a annoncé la reprise des vols vers la capitale du Tigré à compter du 11 octobre.
Cette reprise montre que les forces fédérales "ont consolidé le contrôle sécuritaire et politique de la ville et de ses environs", estime encore M. Tronvoll, interrogé par l'AFP. "Nous assisterons bientôt à la nomination ou à la mise en place d'une administration intérimaire", ajoute-t-il.
M. Abiy a obtenu le Nobel de la paix en 2019 pour ses efforts de rapprochement avec le président de l'Érythrée Issaias Afeworki, au pouvoir depuis l'indépendance de son pays en 1993.
Depuis plusieurs mois, les relations se sont fortement dégradées.
L'Éthiopie a ainsi dénoncé le 1er octobre des actes "d'hostilités et de belligérance" de son voisin, entraînant la rupture de leurs relations diplomatiques.
T.Harrison--TFWP