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Les ministres de l'Economie Roland Lescure et de Comptes publics David Amiel ont vivement critiqué mardi le programme budgétaire de Marine Le Pen, présenté dans la matinée par la candidate RN à l'élection présidentielle, y voyant un budget "en carton-pâte" ou qui "raserait gratis".
"Vous rêvez en couleurs", a lancé M. Lescure à plusieurs reprises lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, en réponse à une question du député RN Jean-Philippe Tanguy, quelques heures après la présentation par Marine Le Pen d'un programme visant "140 milliards d'euros net d'économies d'ici 2032".
Quant à la prévision du Rassemblement national d'une croissance économique d'1,8% pour les cinq ans à venir : "c'est bien au-dessus de ce que tous les économistes sérieux français et internationaux planifient", a souligné le ministre.
Sur la "règle d'or" de sérieux budgétaire que Mme Le Pen veut inscrire dans la Constitution, il a considéré qu'il ne suffisait pas "d'inscrire dans la Constitution un texte pour que les économies s'en suivent".
Roland Lescure a accusé la candidate de proposer "des mesures parfaitement incantatoires et totalement inapplicables" en matière de budget européen et d'immigration.
"Si on fait les 9 milliards d'économies que vous proposez tous les ans (sur l'UE), il faudra le faire adopter par les 26 partenaires, c'est pas acquis", a-t-il lancé, soulignant que les premiers à en pâtir seraient "les agriculteurs français, premiers bénéficiaires de la PAC (politique agricole commune), les entreprises françaises qui bénéficient de subventions, les laboratoires de recherche français qui bénéficient des programmes de recherche européens".
Interrogé par l'AFP, le ministre des Comptes publics, David Amiel, a estimé que "ce contre-budget, c'est un budget Potemkine, en carton-pâte. Il y a peut-être une règle d'or, mais toutes les économies sont en carton".
Il a évoqué des mesures "soit non documentées, soit contraires aux engagements internationaux de la France, soit chiffrées de manière totalement fantaisistes" : "dès qu'on soulève un chiffre, on voit qu'il ne tient pas debout".
M. Amiel a mentionné la baisse de la contribution à l'UE, les propositions sur les retraites ou la taxe sur les rachats d'actions dont le RN attend 11 milliards d'euros, mais qui ne rapporte actuellement que 200 millions d'euros.
Par ailleurs, son collègue Roland Lescure a vu aussi dans le programme d'économies de 15 milliards sur l'immigration proposé par Marine Le Pen des "mesures pour la plupart anticonstitutionnelles qui auraient des impacts délétères sur la santé des Français et pas seulement des immigrés, des mesures à la va-comme-je-te-pousse".
Alors que le RN a attribué au discours de sa candidate la légère détente sur les taux de la dette française apparue à la mi-journée, le ministre a observé que cette baisse relevait d'"un mouvement global, qui concerne la France, l'Italie et tant d'autres".
Oui, "nous rêvons en couleurs, c'est la renaissance pour la France avec Marine Le Pen", a rétorqué Jean-Philippe Tanguy. "Vous nous préparez un cauchemar, nous l'éviterons", a conclu le ministre.
Dans une note, l'économiste Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, a évoqué les "nombreuses interrogations" soulevées par les mesures du RN.
"On comprend mal comment le programme du RN, qui propose une baisse du déficit public et de l’âge de départ en retraite, pourrait stimuler la croissance", a-t-il indiqué, jugeant de nombreux chiffrages "hautement incertains".
D.Johnson--TFWP