The Fort Worth Press - Turquie: les nerfs à vif des Iraniennes de Van

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Turquie: les nerfs à vif des Iraniennes de Van
Turquie: les nerfs à vif des Iraniennes de Van / Photo: © AFP

Turquie: les nerfs à vif des Iraniennes de Van

Elle enroule ses mèches autour de ses ongles vernis et enchaîne les cigarettes face à un thé dans un café de Van, grande ville turque à 100 kilomètres de la frontière iranienne.

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Pendant plus de deux semaines, alors qu'internet était largement coupé en Iran, Mahsa est restée sans nouvelle de ses proches à Téhéran qui craignent aujourd'hui encore de lui parler.

"Ils vont bien, c'est ce qu'ils m'ont dit. Mais ils ont peur de parler au téléphone. Ils n'osent même pas sortir dans la rue. Pour éviter tout problème, on ne parle de rien. Parce qu'aux informations, on prévient: +Ne parlez pas, sinon il arrivera quelque chose à votre famille+."

"Les émotions à vif", elle se confie à l'AFP dans ce café devenu le repaire des jeunes Iraniens, sous condition d'anonymat.

Mahsa, 30 ans, originaire de Téhéran, est arrivée à Van il y a trois ans, lasse des menaces, des pressions et des convocations de la police après le mouvement "Femmes, Vie, Liberté".

La mort de l'étudiante Mahsa Amini, en septembre 2022 à Téhéran, trois jours après son arrestation pour "port de vêtements inappropriés", avait soulevé la colère de la jeunesse iranienne, réprimée par des centaines de morts et des milliers d'arrestations.

Une violence sans comparaison cependant avec celle déployée par la République islamique début janvier pour mater les manifestations déclenchées, initialement, par l'effondrement de la monnaie. Et qui ont été réprimées dans le sang avec des dizaines de milliers d'Iraniens arrêtés, tués ou blessés.

Près d'un mois plus tard, le sentiment de peur traverse encore la frontière.

Les frères et soeurs, neveux et nièces de Mahsa - un prénom d'emprunt choisi en hommage "aux milliers de Mahsa" Amini, précise-t-elle - vivent à Téhéran et elle tremble de leur nuire en dévoilant son identité.

"Les gens sont sortis pour protester contre le coût de la vie. Mais surtout, ils n'en pouvaient plus. On veut la liberté, un bel avenir. Qu'on cesse de nous opprimer", dit-elle.

- "La taverne, la mosquée: chacun à sa place" -

"Le problème ce n'est pas de circuler avec ou sans voile. La religion, c'est personnel. Que chacun vive comme il veut, s'habille comme il veut", enchaîne-t-elle.

"Pourquoi les gens regrettent-ils l'époque du chah? Parce qu'alors, la taverne était d'un côté, la mosquée de l'autre. Chacun à sa place. C'est ce qu'on voudrait retrouver".

En revanche, la possibilité d'une intervention américaine l'inquiète. "Combien de personnes, d'innocents vont encore mourir? C'est la guerre des dirigeants, mais c'est le peuple qui meurt".

"Nous ne voulons pas la guerre. Nous voulons la paix", tranche-t-elle.

Nilufer n'est elle arrivée que l'été dernier et appelle la confrontation de ses voeux.

A 35 ans, cette ancienne fonctionnaire a laissé son fils de 10 ans à sa mère, à Tabriz (nord), pour venir travailler en Turquie, munie d'un visa d'étudiante.

En Iran, "la situation est lamentable, l'économie désastreuse. Tu reçois ton salaire aujourd'hui et demain tout aura doublé, il ne te restera rien. Mais comme mon fils est là-bas, j'y retourne tous les mois malgré la pression", explique-t-elle.

"Dès que je passe la frontière, je dois porter un voile, ils fouillent mon sac. Il ne faut surtout pas apporter de l'alcool, mais pourquoi le ferais-je!? (...) Tu dois toujours te comporter prudemment", témoigne-t-elle. "Je ne dis rien contre l'Etat, je fais attention à ce que je partage. Mais personne ne veut de ce régime. Il a dégoûté tout le monde de la religion".

Elle écarte d'un geste les inquiétudes de la Turquie, qui craint un afflux de réfugiés en cas d'opération militaire: "Les Iraniens ne quitteront pas leur pays", assure-t-elle.

Nilufer place son espoir en Reza Pahlavi, fils du chah déchu, qui a appelé depuis les Etats-Unis les Iraniens à descendre dans les rues. "Il nous a beaucoup soutenus", juge-t-elle.

Désormais, elle n'attend plus qu'une attaque américaine: "Qu'ils frappent tout de suite. Quoi que fasse l'Amérique, elle ne fera jamais autant de morts que ceux qui ont tiré sur leur propre peuple."

"Ce régime doit partir. Nous appelons à l'aide. Nous n'avons pas d'autre option".

J.Barnes--TFWP