The Fort Worth Press - Bria, symbole d'une grave crise humanitaire oubliée en Centrafrique

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Bria, symbole d'une grave crise humanitaire oubliée en Centrafrique
Bria, symbole d'une grave crise humanitaire oubliée en Centrafrique / Photo: © AFP

Bria, symbole d'une grave crise humanitaire oubliée en Centrafrique

Stigmates d’une guerre qui ne s’est jamais vraiment arrêtée, les bâtiments en lambeaux ou troués par les balles bordent la piste cahoteuse menant au plus vaste camp de déplacés de Centrafrique, le PK3. A "Bria la scintillante", ex-capitale du diamant, une grave crise humanitaire s'éternise. Comme dans tout le pays.

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Si la dernière guerre civile, entamée en 2013, a baissé considérablement d’intensité, elle s'est muée, plus de dix ans après et hors des agglomérations, en d'incessantes escarmouches entre des groupes armés rebelles ou prédateurs d'un côté, et des soldats épaulés par les mercenaires russes de Wagner de l'autre.

Avec les civils en éternels martyres, toujours victimes, selon l'ONU, des crimes et exactions des deux camps dans ce pays d'Afrique centrale à la société et l'économie laminées par une succession infernale de coups d'Etat, dictatures et guerres civiles depuis son indépendance de la France en 1960.

Le PK3 en est le dramatique symbole.

Un océan de bâches recouvre des habitations précaires contournant de profondes tranchées creusées par les pluies.

La résignation a forcé ses habitants à une apparente normalité. Des échoppes d'où s’échappent le fumet des repas, ou d'autres hurlant de la musique, bordent des pistes boueuses fourmillant de marchands ambulants. Une ville dans la ville. Aux portes de Bria, autrefois bourgade prospère, à plus de 600 km au nord-est de la capitale Bangui.

- La faim -

La Centrafrique est le deuxième pays le moins développé au monde selon l'ONU, et survit sous perfusion de l'aide internationale.

Plus de 3,4 millions de personnes, soit 56% de la population, "ont besoin d'assistance et de protection", selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l'ONU. La moitié des Centrafricains "ne mangent pas à leur faim", "l'une des plus grandes proportions de personnes en situation d'insécurité alimentaire critique dans le monde", écrit l'agence en mai 2023.

Une personne sur cinq --1,2 million-- est déracinée: 743.000 réfugiés dans les pays voisins, plus de 490.000 déplacés internes, selon OCHA pour qui "les déplacements se poursuivent car le conflit n'est pas terminé".

"On dénombre environ 32.000 personnes au PK3", explique Adama Banaon, chef de base de l'ONG internationale Oxfam à Bria dans le cadre d'un projet multisectoriel financé par l'Union Européenne.

Si, depuis 2021, l'armée, et surtout Wagner ont repoussé les rebelles et les milices d'une grande partie des deux tiers du pays qu'ils contrôlaient, guérilla et exactions aux abords des villes et sur les axes routiers persistent.

- La guerre -

"C’est la guerre", lâche Pauline Abrou, la cinquantaine, devant sa "maison" de brique d'à peine 2 m2 au PK3. La guerre n'a jamais cessé pour elle, surtout depuis ce jour funeste "vers" fin 2016, quand "tout a basculé".

"Ça crépitait de partout, les maisons étaient pillées et les gens se faisaient tuer, je ne pouvais pas marcher à cause de mon handicap, mais je devais fuir car, sous le coup de la peur, tout le monde m’avait oubliée... Alors j’ai rampé jusqu’au PK3", se souvient-elle.

Pauline a perdu l'usage de ses jambes à 10 ans. En fuyant Bria, elle a dû abandonner le tricycle qui lui servait de fauteuil roulant. Elle se déplace aujourd'hui sur ses avant-bras, même pour se rendre aux latrines communes du camp, dans un état immonde.

Fin 2016, 80 % de la population de Bria a fui les combats meurtriers entre milices rivales, prédatrices des ressources de cette région diamantifère et aurifère.

Nombreux sont ceux qui ont vu leurs maisons pillées et détruites. Les déplacés se sont réfugiés tout près de la base des Casques bleus de l'ONU, à 3 km du centre-ville. Depuis, le PK3 est devenu le plus grand camp de déplacés de Centrafrique.

"Avant, j’étais indépendante, je vivais dans ma maison, mon tricycle me permettait de faire du commerce", se remémore Pauline en égrainant des pistaches sans relâche. "J’aimerais retrouver cette vie mais, sans argent ni logement, comment faire ?", lâche, la tête haute, cette femme qui reste coquette avec son vernis à ongles prune et de jolie boucles d'oreilles dorées. Sa vie est un calvaire mais, le regard malicieux, elle reste souriante. Au PK3, on veut garder sa dignité même quand on a tout perdu.

- Wagner-

Quant au travail, il se fait rare dans cette région agricole et minière. Avant que les soldats et Wagner ne reprennent Bria et ses environs immédiats en 2021, les mines de diamants et d'or étaient aux mains des milices. La plupart sont aujourd'hui exploitées par des sociétés russes liées à Wagner. Plus loin, la forêt et les cultures sont les repaires des rebelles.

L'ONU, les ONG internationales et des capitales européennes, dont Paris, accusent régulièrement le régime du président Faustin Archange Touadéra, menacé par la rébellion jusqu’aux portes de Bangui fin 2020, d'avoir troqué les richesses de son pays contre sa survie et la lutte contre les groupes armés en sollicitant Moscou, qui a dépêché massivement des paramilitaires.

Pour tromper la mort ou la faim, les déplacés du PK3 endurent des conditions de vie souvent terribles, malgré l'aide de l’ONU et des ONG comme Oxfam. "Les défis demeurent dans presque tous les secteurs", déplore Adama Banaon: l'accès à l'eau, l'assainissement, la nourriture, l'éducation... Sans compter les crimes et exactions: "viols, violences contre les femmes et les filles, drogue, alcool...".

Et avec les "nouvelles crises" comme l'Ukraine puis le Soudan, les bailleurs internationaux commencent à être moins sensibles au sort de la Centrafrique, se lamente M. Banaon.

Un "plan de réponse humanitaire" de l'ONU pour 2023, "qui vise à assister 2,4 millions de Centrafricains les plus vulnérables, n'est financé qu'à 24%", déplorait OCHA dans son rapport de mai.

B.Martinez--TFWP