The Fort Worth Press - Blés secs et volailles asphyxiées: l'effet caniculaire en agriculture

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Blés secs et volailles asphyxiées: l'effet caniculaire en agriculture
Blés secs et volailles asphyxiées: l'effet caniculaire en agriculture / Photo: © AFP/Archives

Blés secs et volailles asphyxiées: l'effet caniculaire en agriculture

Poulets étouffés et moissons de nuit: les premiers effets du nouvel épisode de canicule sont désormais tangibles pour l'agriculture en France, où la récurrence de ces événements extrêmes épuise hommes, bêtes et plantes.

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"Hier (lundi), la moitié des poulets sont morts, étouffés par la chaleur: ceux qui étaient dans les bâtiments et aussi ceux qui étaient sous les arbres. En 42 ans de carrière, je n'ai jamais vu ça", raconte à l'AFP Stéphane Delapré, 60 ans, éleveur de volailles à Beauvoir-sur-Mer, tout près de la côte vendéenne, au sud-ouest de Nantes.

Avec ses enfants, il élève des volailles en label Rouge: quatre bâtiments abritant chacun 4.400 poulets et deux avec 35.000 cailles.

"Nos volailles sont la plupart du temps dehors, sur des parcours, sous les arbres, et elles ont de l'espace dans le bâtiment. On a installé quelques ventilateurs pour brasser l'air, mais on n'avait jamais eu une température aussi élevée. C'est monté à 40-41°C, on n'a rien pu faire".

Mardi matin alors qu'il attendait l'équarrisseur venu enlever les carcasses, Stéphane Delapré estimait avoir perdu "à peu près 50% des poulets, un peu moins pour les cailles". Il espère "que ceux qui restent vont tenir le coup".

- "Totalement inédit" -

A 60 km à l'ouest, aux Essarts-en-Bocage (Vendée), Régis Bonnin, 57 ans, a installé "des brumisateurs et une douchette pour rafraîchir au maximum" ses 120 vaches laitières. "Elles produisent 4-5 litres de moins par jour (sur 42 l/j en temps normal)".

Il a déjà "perdu une génisse", parce que les plus "fragiles sur le plan pulmonaire résistent moins bien", et redoute des pertes encore invisibles: une croissance moindre et des problèmes de reproduction.

Egalement cultivateur, il a décidé d'attendre "la semaine prochaine" pour récolter son blé, par crainte de déclencher un incendie avec sa moissonneuse-batteuse alors que la température pourrait monter à plus de 42°C. Ses voisins ont "déjà arrêté deux départs de feu".

Il est plus inquiet pour son maïs, qui arrive à peine à "hauteur de botte": "il n'y a encore rien de perdu", mais "si la floraison [attendue début juillet en Vendée] arrive quand il fait plus de 30°C, le pollen est stérile" et le risque est d'avoir des épis moins fournis.

Dans le Gâtinais (Loiret), Sébastien Méry, 50 ans, garde l'espoir d'une récolte "dans la moyenne" malgré 40°C "totalement inédits" constatés dans ses champs.

"J'ai la chance de pouvoir irriguer" le maïs, dit-il à l'AFP. Pour son blé et son colza, il souligne que si on moissonne tard le soir et le matin, il faudrait élargir aussi les horaires d'accès aux silos des coopératives.

- "Effet cocotte-minute" -

Dans des départements comme la Charente-Maritime, des arrêtés préfectoraux interdisent déjà de moissonner entre 14h et 19h.

"On s'adapte, mais tout le monde souffre", raconte Stéphane Baron, 59 ans, céréalier à Virson (Charente-Maritime). Sa coopérative, Terre Atlantique, a décalé ses horaires pour être ouverte de 20h à 2h.

Après une année difficile, "avec beaucoup de pluie en février et un gros coup de chaud fin mai", le cultivateur attend des récoltes catastrophiques. Au 20 juin, il avait réalisé la moitié des moissons et évaluait son rendement de "blé tendre à 38 quintaux par hectare alors qu'il faudrait au moins 65 q/ha" pour que la culture soit rentable.

Il est encore difficile d'estimer les conséquences de cette canicule sur les récoltes, mais Franck Laborde, responsable des risques climatiques au syndicat dominant FNSEA, estime qu'"avec un peu d'eau", les maïs ou tournesols devraient résister.

Pour les récoltes en cours il y aura "des accidents": "parfois le blé est trop sec et le grain, trop petit, risque d'être éjecté" avec les pailles lors du tri dans la moissonneuse, relève-t-il.

Cette canicule plonge les agriculteurs dans l'inconnu: leur référence, celle de 2003, "était en août, donc les jours étaient plus courts et le cycle de végétation des cultures était au trois quarts fait", rappelle Régis Bonnin.

Pour Iñaki García de Cortázar-Atauri, de l'Institut de recherche Inrae, "la particularité est qu'on entre dans une succession d'événements extrêmes".

Contre le dévastateur "effet cocotte-minute" de la canicule, "il n'y a pas de recette magique", rappelle-t-il, soulignant que l'agroécologie propose un "cadre" à une adaptation à bâtir "dans chaque territoire, chaque filière".

M.Delgado--TFWP