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Lignes ciselées, chromes rutilants, piscines bleu lagon, succession infinie de ponts et jouets hors de prix... Au Monaco Yacht Show, démesure et extravagance soutiennent un secteur en pleine santé.
De mercredi à samedi, 118 superyachts - au-delà de 24 mètres - d'une valeur totale estimée à 4,6 milliards d'euros sont exposés dans la principauté de la Côte d'azur, refuge de milliardaires qui se pressent à ce rendez-vous nautique réputé.
Si quelques Petits Poucets se sont glissés le long des pontons, les 40-60 m dominent une flotte qui va jusqu'au Leviathan, monstre gris de 111 m de long.
Parce que si le nombre de superyachts en construction continue de ralentir après le pic post-Covid - 1.093 début 2026 contre 1.203 en 2023, mais autour 800 avant la pandémie -, leur taille moyenne grimpe toujours, selon un rapport de la plateforme BOATPro.
Les créneaux de construction des grands chantiers navals sont réservés pour au moins deux ans, et il y a actuellement 67 superyachts de plus de 70 m en construction - contre 18 en 2006 - parmi lesquels 26 de plus de 100 m, y compris un de 130 m, ajoute le rapport.
Pour les bateaux déjà construits, les ventes au premier semestre 2026 ont dépassé la barre des 4 milliards d'euros, contre 3,61 milliards à la même période en 2025 et 2,2 milliards en 2024. Le record a été atteint en juin par le Moonrise, géant de 100 m estimé à 325 millions d'euros.
Signe de la démesure, les "tenders", ces petits bateaux embarqués à bord des yachts pour assurer la logistique et la liaison avec la côte, cèdent désormais souvent la place à des "chase boats", des yachts à part entière qui accompagnent les superyachts.
"C'est devenu un nouveau débouché pour nos plus petits yachts", reconnaît Sietse Koopmans, fondateur du constructeur néerlandais Zeelander Yacht, qui produit des bijoux de technologie de 14 à 24 m, rapides et silencieux, aux formes arrondies et aux prestations raffinées. L'entrée de gamme est à 3,5 millions d'euros.
- Billard à bord -
Le secteur affiche une volonté de sobriété, en particulier en matière de consommation de carburant, même si le plein sur certains bateaux peut coûter des centaines de milliers d'euros.
Et cela ne semble pas être un obstacle pour la plupart des acheteurs.
"Les clients de yachts à moteur veulent quelque chose de clinquant, ils ne regardent pas la consommation, de toute façon ils ont les moyens", regrette un courtier spécialisé dans les géants à voile, qui représentent seulement 10% du marché.
Et en matière de clinquant, l'offre semble sans limite: alignements de banquettes immaculées, salles de sport avec ouverture directe sur la mer, des écrans géants rétractables, marbres et acajou partout, revêtements cuir au sol... jusqu'à un patio privé pour la chambre principale du Sirena 42, dernier-né du constructeur turc Sirena.
Et dans les stands le long du port, une multitude de sociétés spécialisées rivalisent d'inventivité pour cette riche clientèle: moteurs, hélices, systèmes de climatisation ou de traitement des déchets, éclairage, boiseries, robinetterie, pontons gonflables, systèmes de navigation assistée par IA, jetskis... Rien n'est trop cher.
Surtout pas ces scooters sous-marins, grâce auxquels un nageur peut filer à la surface ou sous l'eau. Le modèle Porsche est à 12.600 euros hors taxes, le Lamborghini à 25.000 euros.
Tout aussi indispensable, la société norvégienne Stable a mis au point un système de stabilisation pour permettre de jouer au billard sans craindre le roulis. Elle a déjà équipé plus d'une vingtaine de yachts, pour un coût de 100.000 euros, table non comprise.
Mais cet étalage de luxe n'est pas coupé de la réalité, assure Toby Moore, patron du Monaco Yacht Show, rappelant que selon une étude Deloitte pour SYBAss et Superyacht Life Foundation, chacun des quelque 5.600 yachts de plus de 30 m en activité dans le monde représente une manne annuelle de 9 milliards d'euros entre construction, maintenance, gestion, tourisme, emploi, logistique...
"C'est un secteur qui représente 54 milliards d'euros par an et irrigue des communautés entières", insiste M. Moore, évoquant les milliers d'employés de certains chantiers navals ou la myriade d'artisans souvent très pointus mobilisés dans les aménagements.
J.P.Estrada--TFWP