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Sébastien Lecornu propose aux socialistes de bâtir, comme l'an dernier, un compromis sur le budget pour 2027, afin de déjouer les menaces de censure qu'ils brandissent déjà dans la perspective de l'élection présidentielle.
Dans un courrier aux députés et aux sénateurs PS daté de mardi, le Premier ministre les convie à une rencontre "pour engager ce travail".
"Le compromis de 2026 a été possible parce que chacun a accepté de faire un pas. Je suis prêt à poursuivre cette démarche avec vous, avec la même franchise et la même volonté d'aboutir", écrit le Premier ministre.
L'automne dernier, Sébastien Lecornu avait concédé plusieurs mesures aux socialistes dans les budgets (Etat et Sécurité sociale) 2026, dont l'emblématique suspension de la réforme des retraites, mais aussi la généralisation des repas à 1 euro dans les universités ou la revalorisation de la prime d'activité.
Le budget de la Sécurité sociale avait été finalement voté, et celui de l'Etat adopté sans vote par l'article 49.3 de la Constitution. Mais l'accord conclu avec le PS avait permis au gouvernement d'échapper à la censure.
Engagés dans la campagne présidentielle, et pour le moment dans une primaire sociale-démocrate qui désignera leur candidat à l'Elysée, les socialistes entretiennent le flou sur leurs intentions.
- "Equilibre financier" -
Le premier secrétaire du PS Olivier Faure, candidat à la primaire, et le chef des députés socialistes Boris Vallaud, engagé auprès de Raphaël Glucksmann également candidat à la primaire, ont dit envisager la censure.
Mais en présentant leur contre-projet budgétaire la semaine dernière, les députés semblaient moins catégoriques, se disant "ouverts à la discussion".
C'était avant la présentation des grandes lignes du budget par Sébastien Lecornu visant un "effort" de 54 milliards d'euros où les retraités et les fonctionnaires seront mis à contribution.
Une copie "insoutenable" et "contraire aux engagements" du Premier ministre en faveur d'un "compromis", avait estimé le porte-parole du PS Arthur Delaporte.
Une source gouvernementale espère qu'une trentaine de députés PS se montreront "responsables" et accepteront ce budget.
Sébastien Lecornu, qui assure que le gouvernement "ne se mêlera pas de la campagne présidentielle", pose toutefois une condition : "préserver l'équilibre financier d'ensemble" et "répartir l'effort avec justice", alors que le déficit devrait déraper cette année à 5,4% et que les taux d'intérêt de la dette grimpent, faisant craindre une crise financière.
Il demande aux socialistes de "mesurer" les conséquences d'une absence de budget --qui mènerait à l'adoption d'une loi spéciale pour reconduire les crédits, une piste exclue par l'exécutif. Elle exposerait les Français à "l'austérité la plus dure", et ce "blocage" pourrait se "prolonger" au-delà de la présidentielle, avertit le Premier ministre.
- Gestes vers le RN -
Sans "cadeau" conséquent à présenter cette année, Sébastien Lecornu assure que ce dialogue pourrait néanmoins "faire aboutir" certains chantiers touchant à l'hydroélectricité, l'indemnisation des victimes du chlordécone, ou la protection de l'enfance.
Il dit notamment sa volonté de faire adopter la proposition de loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, un texte plus consensuel qui sera examiné à l'Assemblée nationale avant le budget.
Les socialistes mettent pour leur part en avant une taxation sur les gros héritages, et un allègement de la Contribution sociale généralisée (CSG). Ils préviennent que seule l'augmentation des recettes fiscales pourra rétablir les comptes, alors que l'exécutif ne veut pas d'impôt nouveau et plaide la "stabilité fiscale".
Outre cette incertitude côté socialiste, Sébastien Lecornu ne sait pas s'il peut compter sur le Rassemblement national, autre parti qui peut lui éviter la censure, et exclut d'ailleurs toute "négociation" avec lui.
La formation de Marine Le Pen avait contribué à la chute de son prédécesseur Michel Barnier fin 2024 en dépit de discussions budgétaires bien avancées.
Posture pour les marchés ou amorce d'un dialogue avec l'exécutif, la candidate du Rassemblement national à l'Elysée a donné des signes de clémence en affirmant comme lui qu'il fallait un budget même "imparfait" et qu'elle ne ferait "rien qui aggrave" la situation financière du pays.
De son côté, Sébastien Lecornu a fait quelques gestes en sa direction, en proposant un délai de carence pour le versement de certaines allocations aux étrangers ou la suppression de subventions aux énergies renouvelables.
B.Martinez--TFWP