The Fort Worth Press - Carburants: les vacanciers menacés par une panne sèche ?

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Carburants: les vacanciers menacés par une panne sèche ?
Carburants: les vacanciers menacés par une panne sèche ? / Photo: © AFP/Archives

Carburants: les vacanciers menacés par une panne sèche ?

L'inquiétude monte quant à la possibilité d'une pénurie de carburants routiers ou aériens au coeur de l'été alors que persistent les difficultés d'approvisionnement en hydrocarbures liées à la guerre entre l'Iran et les Etats-Unis.

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Vendredi, le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné a préparé les esprits à cette éventualité en affirmant que le monde risquait de connaître une "ère de pénurie énergétique comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques", si le blocage du détroit d'Ormuz durait "encore deux ou trois mois".

Quand parle-t-on de pénuries?

Depuis le début de la guerre, fin février, le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures, est bloqué par Téhéran. Un blocus renforcé par celui décidé par le président américain Donald Trump sur les ports iraniens.

Dans ces conditions, le monde ne peut pas durablement se passer de 20% de la production de pétrole et de gaz mondiale "sans conséquences majeures", estime Patrick Pouyanné.

Une pénurie, pour des produits pétroliers ou autres, peut se "définir comme une baisse de la disponibilité de produits par rapport à des niveaux historiques ou saisonniers", explique à l'AFP Janiv Shah, analyste spécialiste des matières premières chez Rystad Energy.

A rebours des avertissements du PDG de TotalEnergies, le président de la République Emmanuel Macron a tenu à tempérer les inquiétudes, affirmant qu'"aujourd'hui, la situation ne nous fait envisager aucune pénurie". Il a mis en garde contre les scénarios qui risquent par contre de provoquer des "comportements de panique" aux stations-services.

Depuis le début de la guerre, le gouvernement français multiplie les messages rassurants.

La France a "encore plus de trois mois de stocks (pétroliers) pour pallier d'éventuelles difficultés d'approvisionnement", a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, un constat qui s'appuie sur des scénarios établis avec le Quai d'Orsay et le ministère des Armées.

Pourquoi l'été inquiète-t-il ?

Pour l'heure, les chiffres semblent donner raison au président: seulement 4% des stations-services françaises connaissent des ruptures sur au moins un carburant (essence ou diesel).

Mais dans l'esprit de Patrick Pouyanné, c'est surtout l'été à venir qui inquiète.

La période est traditionnellement marquée par "la driving season" aux Etats-Unis et en Europe, la grande migration estivale sur les routes, et l'afflux dans les aéroports, qui font gonfler la demande de pétrole. Or, la guerre en Iran prive le monde de 11 millions de barils de pétrole par jour, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Concrètement, quand l'offre se raréfie sur le marché mondial, les grandes zones consommatrices - Asie et Europe - entrent en concurrence pour l'accès aux produits pétroliers et au gaz, comme ce fut le cas dans le sillage de la guerre en Ukraine en 2022. L'Europe pourrait devoir surenchérir à nouveau pour ne pas être à sec.

"L'Asie fait des rationnements, se tourne vers le charbon et peut connaître par endroits des pénuries", tandis que "l'Europe surpaye très cher pour éviter les pénuries", observe un énergéticien sous couvert d'anonymat, en soulignant que les citoyens européens "n'imaginent, ni n'acceptent" de manquer de carburants "dans cette zone OCDE développée".

Pour l'heure, l'Europe est donc surtout exposée à un choc de prix, mais un choc d'approvisionnement n'est pas exclu à mesure que le conflit s'enlise. "Tout dépend donc de la durée", résume Patrick Pouyanné.

D'ores et déjà, "plusieurs éléments indiquent un risque de pénurie de diesel et de kérosène en Europe au fil de l'été, car les importations" depuis des sources clés au Moyen-Orient et en Asie "se sont réduites", confirme Janiv Shah.

Le commissaire européen Dan Jorgensen a estimé que l'UE "s'approchait très rapidement" d'une potentielle crise d'approvisionnement, avec le risque d'un été marqué par "des billets d'avion plus chers et des annulations".

Quels moyens d'action ?

La France s'est déjà dite prête à libérer une partie de ses stocks stratégiques en cas de "problèmes de volume".

De son côté, l'Union européenne a dévoilé son arsenal pour affronter cette crise énergétique: surveillance renforcée de son approvisionnement en kérosène, "maximiser" la production de ses raffineries, promotion de la sobriété énergétique (télétravail, covoiturage) et "stratégie d'électrification", pour moins dépendre du pétrole et du gaz.

T.Mason--TFWP