The Fort Worth Press - Kenya: monétiser oiseaux ou girafes pour mieux protéger humains et nature

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Kenya: monétiser oiseaux ou girafes pour mieux protéger humains et nature
Kenya: monétiser oiseaux ou girafes pour mieux protéger humains et nature / Photo: © AFP

Kenya: monétiser oiseaux ou girafes pour mieux protéger humains et nature

"Choucador superbe: deux", "pic de Nubie: un"... Plantés au milieu de la savane kényane, deux hommes recensent les oiseaux, avec en arrière-plan le Kilimandjaro. Ce programme pilote dans la réserve privée du Selenkay vise à mesurer la richesse naturelle et à en tirer un jour de nouveaux revenus, en plus du tourisme.

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La dizaine de tentes luxueuses du camp voient affluer à nouveau les touristes, après l'arrêt lié au Covid-19. Ils observent en petit comité éléphants, girafes, antilopes ou lions sur 5.000 hectares, situés au bord du parc national d'Amboseli, dans le sud du pays, et ont un aperçu de la vie des Masai, les propriétaires des terres.

La réserve "n'est pas isolée des communautés, ça leur appartient", insiste un manager du camp, Daniel Mamai. Aucune clôture ne la sépare des terres utilisés par les éleveurs pour leurs vaches, moutons, chèvres et ânes.

"Avec le Covid-19, le tourisme s'est complètement effondré et nous avons réalisé que nous avions besoin de trouver d'autres moyens d'augmenter les recettes pour continuer à payer les loyers" aux Masai, raconte à l'AFP Mohanjeet Brar, le directeur général de la société Gamewatchers safaris, locataire des terres et gestionnaire de la réserve.

Une des pistes consiste à mesurer la quantité de carbone stockée par la végétation et les sols ainsi que la richesse biologique de leurs réserves, pour en tirer des crédits carbone et biodiversité.

"Nous voulons comprendre ce qu'est un écosystème de prairies en bonne santé et comment en monétiser certains aspects", indique Mohanjeet Brar.

Une entreprise pourrait ainsi compenser ses émissions de CO2 ou ses activités polluantes. Si le marché des crédits carbone est bien installé, bien que loin d'être parfait, celui des crédits biodiversité reste à créer.

- Absence de pluie -

Andrew Davies, chercheur à l'université américaine de Harvard qui participe au projet, s'intéresse à "la relation entre le carbone, la structure végétale, l'intégrité des écosystèmes et la biodiversité", explique-t-il à l'AFP.

Pour mieux comprendre ces interactions, la quantité de carbone stockée dans les arbres et dans le sol est mesurée, notamment avec un drone. Côté biodiversité, des caméras et des enregistreurs acoustiques placés dans et en dehors de la réserve permettent de voir quels animaux sont présents, et leur densité.

Une observation visuelle vient compléter le dispositif. Pendant un mois, matin et soir, des membres de l'équipe se postent à des points précis et relèvent tous les animaux vus et entendus pendant 10 minutes. "Nous avons besoin de données", explique un des guides, Nicholas Koyieyo, notant une trace fraîche de girafe sur le sol craquelé et poussiéreux, en manque de pluie.

"La biodiversité est-elle plus importante dans ou en dehors de la réserve, et qu'est-ce qui favorise cette croissance? Une fois que nous le saurons d'un point de vue scientifique, nous pourrons penser à en faire un crédit à vendre", indique Andrew Davies.

Dans un premier temps, il s'agit de vendre des crédits carbone car le marché est en place et les Masai en verront rapidement les fruits, poursuit-il. Dans un deuxième temps, le zoologiste espère que des crédits biodiversité seront vendus.

"Notre but est qu'au moins 60% (des revenus tirés des crédits carbone) aillent aux propriétaires terriens", précise Mohanjeet Brar.

Gamewatchers safaris fournit des revenus aux Masai via la location des terres, des emplois - tous les rangers et la quasi-totalité de l'équipe de Selenkay - ou encore de l'eau pour les habitants et le bétail.

- Terres clôturées -

Mais les conditions de vie sont difficiles, comme le souligne Noolasho Keteko, une des femmes du village masai qui borde la réserve. Cette mère de huit enfants, cheveux ras et parée de bijoux de perles colorées, tire aussi des revenus des visites des touristes au village de huttes en terre et de la vente de bijoux.

Mais le camp ferme en avril et mai pour la saison des pluies et le village aurait alors besoin d'assistance, explique-t-elle.

Avec le revenu complémentaire tiré des crédits carbone et biodiversité, les éleveurs pourraient réduire le nombre de têtes de bétail, "cela laisserait plus de temps à l'herbe et aux arbres pour se régénérer et nous aurions un écosystème plus équilibré dans et en dehors de la réserve", estime Nicholas Koyieyo.

Ils veulent aussi éviter que les terres soient vendues, transformées en champs et clôturées, empêchant la faune sauvage de se déplacer librement. A quelques kilomètres de la réserve, une haute clôture barre déjà le paysage pour faire place à des champs.

Les touristes, eux, profitent du spectacle d'une douzaine d'éléphants se désaltérant à un point d'eau, sans être forcément conscients de tous ces enjeux. Mais pour Maxine Gardner, une retraitée américaine de 69 ans, son séjour à Selenkay lui aura permis d'être plus "sensibilisée à notre impact" sur la nature.

C.M.Harper--TFWP