The Fort Worth Press - Au Gabon, l'hostilité croissante du pouvoir envers les voix critiques

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Au Gabon, l'hostilité croissante du pouvoir envers les voix critiques
Au Gabon, l'hostilité croissante du pouvoir envers les voix critiques / Photo: © AFP/Archives

Au Gabon, l'hostilité croissante du pouvoir envers les voix critiques

Opposant emprisonné, réseaux sociaux suspendus, voix critiques menacées: au Gabon, le climat répressif qui s'installe efface l'espoir démocratique suscité par l'arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema, élu triomphalement en avril 2025.

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Une répression dont Nelly Ngabima, alias Princesse de Souba sur Tiktok où elle dénombre environ 250.000 abonnés, a été l'une des premières à faire les frais.

La militante, qui ne mâche pas ses mots envers l'élite gabonaise, a expliqué à l'AFP avoir reçu des menaces de l'entourage du président, si bien que la France lui a accordé le statut de réfugié en 2024. Une proche collaboratrice de M. Oligui Nguema a notamment menacé son père dans un message vocal que l'AFP a pu consulter.

"M. Oligui ne veut pas entendre parler les activistes ni les opposants. Il ne veut pas en avoir", estime-t-elle.

En novembre 2025, plusieurs de ses comptes sur les réseaux sociaux ont été suspendus après la diffusion d'une vidéo sur la famille Bongo, dont Sylvia et Noureddin Bongo qui allèguent avoir été torturé par les hommes du nouveau président.

Quelques jours plus tard, la page Facebook du parti de l'ancien Premier ministre et principal opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze disparaissait à son tour, avant d'être rétablie fin mai, six mois plus tard.

- "Revirement répressif" -

En août 2023, le coup d'Etat par lequel M.Oligui Nguema avait mis fin à plus de 55 ans de dynastie Bongo avait provoqué des scènes de liesse dans les rues de Libreville, la capitale.

De nombreux Gabonais, las de la gabegie de leurs élites, voulaient croire en un changement dans ce pays d'Afrique centrale de près de 2 millions d'habitants, riche en hydrocarbures et en minerais, mais dont la majorité de la population demeure pauvre.

Dans un discours quelques jours plus tard, le général Oligui Nguema, à la tête d'une transition militaire, promettait des institutions "plus démocratiques". Fort d'une grande popularité, il a remporté l'élection présidentielle d'avril 2025 avec près de 95% des voix.

Et la presse a indéniablement gagné en liberté ces dernières années, le Gabon progressant entre 2020 et 2025 de la 121ème place à la 41ème place au classement de la liberté de la presse de l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

Mais cette ouverture a été de courte durée, au vu des derniers développements: arrestations de journalistes et de syndicalistes, menaces sur des influenceurs, suspension des réseaux sociaux...

"Pendant la transition, le président Oligui préparait une élection: il fallait donc se montrer sous son meilleur jour", observe Jean-Valentin Leyama, ancien député d'opposition sous Omar Bongo puis pendant la transition, interrogé par l’AFP.

"Une fois qu'il a été élu, on a tous été étonnés de ce revirement répressif", poursuit-il.

Dernier fait en date: l'emprisonnement de M.Bilie-By-Nze mi-avril, dans une affaire liée à une dette contractée en 2008 dans le cadre d'une fonction officielle.

Pour son avocat, Thierry Nguia, "cette histoire n'est qu'un prétexte pour enfermer un opposant politique et obtenir son inéligibilité" en vue de la présidentielle de 2032.

"Que chaque Gabonais comprenne que ce qui arrive à M. Bilie-By-Nze peut nous arriver à tous", estime de son côté Théophile Makita Niembo, vice-président d'Ensemble pour le Gabon, le parti de M. Bilie-By-Nze.

Dans un entretien télévisé début juin, M. Oligui Nguema a néanmoins rejeté toute intervention de l'exécutif dans ce dossier et défendu l'indépendance de la justice.

- Contradiction -

Rares sont ceux qui s'aventurent désormais à exprimer leur opinion publiquement. Dans une vidéo virale devenue un symbole de ce climat répressif, un homme à qui l'on demande son opinion sur une grève d'enseignants refuse de répondre, affirmant craindre des représailles. Certains estiment aujourd'hui que la parole était plus libre sous l'ère Bongo.

"Il n'y a plus de liberté d'expression", estime un journaliste interrogé par l'AFP sous couvert d'anonymat.

Trois journalistes, figures de la presse indépendante en ligne, ont été tour à tour arrêtés et détenus pendant plusieurs jours en août, octobre et janvier, après avoir publié des contenus défavorables au pouvoir.

"Quand les journalistes décrivent les choses telles qu'elles sont, ils courent le risque d'être arrêtés à tout moment", poursuit le journaliste.

Sollicitée par l'AFP, la présidence gabonaise n'a pas donné suite.

En pleine grève des enseignants fin janvier - que le gouvernement cherchait à étouffer - deux syndicalistes sont arrêtés et détenus pendant une semaine après être apparus dans des vidéos largement relayées sur TikTok.

Un mois plus tard, les autorités suspendaient les réseaux sociaux - Facebook, Whatsapp, Instagram et TikTok - dans le pays, au motif qu'ils seraient susceptibles d'"engendrer des conflits sociaux" et de "déstabiliser les institutions". La suspension, toujours en vigueur plus de quatre mois plus tard, est largement contournée via l'usage de VPN.

Le gouvernement a ensuite adopté une réforme visant à interdire l'anonymat en ligne, obligeant tout Gabonais à être clairement identifiable sur les réseaux sociaux.

Pour Jean-Valentin Leyama, "le président Oligui n'aime pas la contradiction". Selon lui, le pouvoir gabonais cherche à travers ces mesures et ces arrestations à "neutraliser les voix critiques".

Un climat répressif qui illustre le fossé entre les promesses de la transition et la pratique du pouvoir de M. Oligui Nguema, à six ans de la prochaine élection présidentielle.

M.McCoy--TFWP