The Fort Worth Press - Submergée, l'industrie musicale tente de refouler la déferlante de l'IA

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Submergée, l'industrie musicale tente de refouler la déferlante de l'IA
Submergée, l'industrie musicale tente de refouler la déferlante de l'IA / Photo: © AFP/Archives

Submergée, l'industrie musicale tente de refouler la déferlante de l'IA

Confrontée à la déferlante de l'intelligence artificielle, l'industrie musicale cherche encore la parade et réplique en ordre dispersé, avec des outils de détection de morceaux générés par cette technologie ou en signant des accords avec les sociétés d'IA pour rémunérer les artistes.

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Depuis jeudi, quelques clics suffisent aux utilisateurs des services de streaming pour savoir si des morceaux 100% IA se cachent dans leurs playlists. Cet outil gratuit a été lancé par la plate-forme Deezer, convaincue que "la majorité des gens veulent savoir si de la musique générée par l'IA leur est recommandée".

Ces titres sont de plus en plus nombreux et élaborés: en janvier 2025, 10.000 pistes de ce type étaient livrées chaque jour sur la plateforme tricolore: elle en reçoit désormais sept fois plus, soit près de la moitié des morceaux mis en ligne en une journée.

Derrière les plus populaires Suno et Udio, de nombreux générateurs existent comme ProducerAI, acquis par Google, Fugatto (Nvidia) ou ElevenLabs, prisé pour son clonage vocal.

Ce flot de musique reste très peu écouté, avec entre 1% et 3% du nombre total de streams, note Deezer, qui démonétise les pistes concernées.

Au milieu de la "slop IA" ("bouillie numérique"), certains titres retiennent tout de même l'attention. Aux Etats-Unis les morceaux country de Breaking Rust ou Aventhis, entités créées via une IA, grimpent en haut des classements. En France, "Magique" de Willy l'Ancien cartonne, jusqu'à faire son entrée sur Skyrock au Maghreb.

- "Fin de la récré" -

Les représentants du secteur (producteurs, éditeurs, organismes de gestion collective) dénoncent un pillage massif d'œuvres pour entraîner les modèles d'IA, sans se soucier du respect du droit d'auteur.

"La créativité est ce qui fait de nous des êtres humains et doit être activement protégée", a alerté début juin, la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs, qui représente cinq millions de créateurs.

L'IA générative est déjà utilisée dans la création de morceaux, de clips ou d'images projetées pendant des concerts.

"Nous ne sommes pas contre l'innovation mais il faut siffler la fin de la récré, mettre fin à ce chalutage illégal des contenus culturels", martèle la sénatrice Laure Darcos (Horizons), à l'origine d'une proposition de loi votée à l'unanimité au Sénat.

Elle prévoit qu'en cas de contentieux, les fournisseurs d'IA devraient eux-mêmes prouver que leur usage de contenus culturels n'est pas illégal.

Le texte, décrié par le lobby de la tech qui redoute une "insécurité juridique" fragilisant les entreprises françaises de l'IA, est inscrit jeudi à l'agenda de l'Assemblée nationale, dans une niche parlementaire du groupe communiste. Mais son examen est très incertain.

- "Valeur ajoutée" -

De son côté, Spotify a dévoilé fin mai, avec Universal Music Group, l'arrivée d'une fonctionnalité payante qui autorisera les utilisateurs à créer des remix et reprises de morceaux d'artistes du label, en utilisant l'IA.

Actuellement, les accords de licence sont la seule voie de passage pour l'industrie musicale, dont les actions judiciaires n'ont pas connu d'avancées significatives. Les majors Universal et Warner ont par exemple annoncé des accords avec Udio.

Réguler ce flux revient aussi aux agrégateurs, ces distributeurs qui livrent des morceaux sur les plateformes audio.

TuneCore, l'un des principaux acteurs du genre, distribue désormais uniquement de la musique créée via des modèles d'IA générative entraînés sur des données sous licence, a assuré début juin Believe, sa société mère.

"La valeur ajoutée de l'industrie de la musique, ce n'est pas de produire de la musique à la chaîne", considère Denis Ladegaillerie, PDG et fondateur de ce fleuron français, qui a aussi signé des accords de licence avec ElevenLabs et Udio.

"L'incarnation, le rapport au public, le fait de créer un univers qui parle aux gens" font la différence, abonde Romain Vivien, directeur musique Global de Believe. "Je pense que c'est une des limites potentielles d'un artiste complètement IA."

G.Dominguez--TFWP