The Fort Worth Press - Aux procès des réseaux sociaux, une Américaine assure que YouTube et Instagram ont nourri sa dépression

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Aux procès des réseaux sociaux, une Américaine assure que YouTube et Instagram ont nourri sa dépression
Aux procès des réseaux sociaux, une Américaine assure que YouTube et Instagram ont nourri sa dépression / Photo: © AFP

Aux procès des réseaux sociaux, une Américaine assure que YouTube et Instagram ont nourri sa dépression

L'Américaine de 20 ans au centre d'un procès phare contre les réseaux sociaux a assuré jeudi que YouTube et Instagram avaient alimenté sa dépression et ses idées suicidaires, une dégradation de sa santé mentale que la défense a attribuée à son enfance difficile dans une famille dysfonctionnelle.

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"Nerveuse" dans sa robe rose fleurie, Kaley G.M., a passé la matinée à expliquer comment elle est devenue dépendante aux réseaux sociaux, en commençant à regarder des vidéos sur YouTube dès 6 ans.

"J'étais jeune et je passais tout mon temps" sur YouTube, a raconté cette employée de supermarché devant un tribunal civil de Los Angeles. "J'ai essayé de m'arrêter, mais ça ne marchait pas."

Son cas est scruté de près, car l'issue de son procès donnera le ton pour des milliers de familles américaines, qui accusent les réseaux sociaux d'avoir sciemment conçu leurs plateformes pour rendre les enfants accros, grâce à leurs fonctionnalités - "likes", notifications, défilement infini et lecture automatique de vidéos.

A 8 ans, elle ouvre un compte sur YouTube, sans que son âge soit vérifié. Et à 9 ans, elle déjoue le contrôle parental du téléphone donné par sa mère pour débuter en cachette sur Instagram.

L'enfant passe alors jusqu'à 16 heures par jour sur ce réseau social, a rappelé son avocat. Elle y découvre l'usage des filtres, capables d'agrandir les yeux, mais aussi d'amincir.

C'est selon elle à ce moment-là qu'elle commence à douter d'elle-même. Des années plus tard, elle sera diagnostiquée comme souffrant de phobie sociale et de dysmorphie corporelle, une obsession pour des défauts physiques légers ou imaginaires.

- "Trop dur de s'en passer" -

L'audience a été marquée par une vidéo Instagram, où on la voit, pré-adolescente, s'excuser auprès de ses followers.

"Je suis désolée d'être aussi moche, j'ai l'air tellement grosse dans ce haut", lâche la petite blonde toute fine d'alors.

Son avocat a déployé une bannière de ses dizaines de selfies pris au fil des ans.

"Presque toutes ont été prises avec un filtre", a soupiré la plaignante.

Vers 10 ans, elle tombe en dépression, commence à avoir des idées suicidaires et à s'automutiler.

Sa mère, qui la pousse à faire une thérapie dès ses 12 ans, lui confisque régulièrement son téléphone, ce qui provoque des crises.

"J'étais vraiment très contrarié(e), je hurlais et je pleurais", a-t-elle raconté.

Sa consommation intensive de réseaux sociaux a-t-elle dégradé son sommeil, ses notes, sa capacité à se faire des amis ? "Oui", a-t-elle répondu à son avocat, Mark Lanier.

Alors pourquoi ne pas arrêter de les utiliser, surtout maintenant qu'elle va mieux ?

"Parce que je ne peux pas, c'est trop dur de s'en passer", a répondu la jeune femme, qui envisage de reprendre ses études pour devenir responsable des réseaux sociaux en entreprise.

Tiktok et Snapchat ont passé un accord financier avec Kaley G.M. pour s'éviter un procès - mais restent concernés par une vague de procédures à venir, qui rappellent celles intentées contre l'industrie du tabac dans les années 90.

Google, propriétaire de YouTube, et Meta, qui abrite Facebook et Instagram, ont en revanche choisi l'affrontement judiciaire.

- Enfance chaotique -

Pendant l'après-midi, la défense de YouTube a fait admettre à Kaley que ses parents étaient au courant des vidéos qu'elle publiait sur la plateforme malgré son jeune âge.

Celle de Meta a été plus incisive, en détaillant l'enfance chaotique de Kaley, pour souligner en creux que sa famille, présentée comme toxique, a pu l'affecter davantage que sa consommation compulsive d'écrans.

Avec des questions sobres, mais impitoyables, Phyllis Jones a brossé le portrait d'une fillette dont les parents ont divorcé à trois ans, et progressivement abandonnée par son père, qui se moquait fréquemment du poids des femmes.

L'avocate du groupe de Marc Zuckerberg a rappelé que la sœur de Kaley avait tenté de se suicider peu avant sa dépression. Elle a aussi diffusé des enregistrements où l'on entend sa mère lui hurler dessus dans un langage grossier.

Lèvres pincées, Kaley qui a lutté toute sa vie avec un trouble du déficit de l'attention diagnostiqué tardivement, a reconnu que sa mère l'avait parfois frappée lorsqu'elle ne comprenait pas ses devoirs de maths à l'école primaire.

"Elle ne s'était pas encore rendu compte que j'avais un trouble de l’apprentissage et pensait que je ne faisais pas d'efforts", l'a-t-elle excusée.

Le procès doit se poursuivre jusqu’à mi-mars.

J.Ayala--TFWP