The Fort Worth Press - Des neurones prennent les commandes du jeu "Doom" dans un laboratoire australien

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Des neurones prennent les commandes du jeu "Doom" dans un laboratoire australien
Des neurones prennent les commandes du jeu "Doom" dans un laboratoire australien / Photo: © AFP/Archives

Des neurones prennent les commandes du jeu "Doom" dans un laboratoire australien

En Australie, des neurones cultivés sur des puces en laboratoire sont capables de jouer à "Doom", incontournable jeu vidéo des années 1990. Et ce n'est que le début, promettent les chercheurs à l'origine de ce projet aux airs de science-fiction.

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Les experts en biotechnologie de l'entreprise australienne Cortical Labs ont mis au point une technologie tirant partie du réseau neuronal.

Quelque 200.000 cellules cérébrales humaines et bien vivantes constituent chacun de ces ordinateurs dits "biologiques". Elles sont cultivées à partir de cellules souches issues de dons de sang.

Avant le jeu de tir à la première personne "Doom" (1993), les chercheurs ont confronté ces neurones aux raquettes et balles de "Pong" (1972), star des jeux d'arcade. Un succès, qui a poussé l'équipe à monter le niveau d'un cran.

Au début, ces cellules présentaient le "niveau d'un débutant qui n'a encore jamais joué à un jeu de vidéo", raconte à l'AFP le scientifique Alon Loeffler de Cortical Labs.

Et pour cause: loin du simplisme de "Pong", les joueurs de "Doom" explorent un univers en trois dimensions à la recherche d'ennemis à abattre. Une mission d'envergure pour ces quelques neurones cobayes.

"Ils se cognaient souvent contre les murs, tiraient sur les murs, se retournaient, faisaient des choses étranges comme ça", relate Alon Loeffler. "Et puis finalement ils ont commencé à cibler plus régulièrement et plus correctement les ennemis."

Certes, l'exécution reste imparfaite. Avant qu'ils ne touchent un démon, nombreux sont les tirs autour de la cible.

Mais ce projet de recherche étonnant prouve que les neurones ont la capacité de s'adapter à des stimuli en temps réel et d'accomplir un apprentissage orienté vers un objectif, conclut Cortical Labs.

- Prémices -

Concrètement, les chercheurs ont converti l'environnement numérique de "Doom" en des signaux électriques que peuvent comprendre ces neurones.

Lorsqu'un personnage ennemi apparaît, certaines électrodes stimulent les cellules présentes sur cette puce, nommée CL1, les conduisant à réagir.

Et selon l'activité neuronale observée, cela se traduit dans le jeu par un tir, un déplacement à gauche ou encore un déplacement à droite.

Les chercheurs surveillent l'activité électrique des neurones depuis un écran d'ordinateur connecté à CL1, visualisée par des milliers de petits points. Et pour entraîner les neurones, ils ajustent ensuite les signaux envoyés.

CL1 n'est pas limitée aux jeux vidéo: "nous commençons tout juste à entrevoir ce dont ces cultures de neurones sont capables lorsqu'on les intègre à des systèmes comme notre CL1", lance Brett Kagan, le chercheur à la tête du projet.

"Nos cultures neuronales ont été mises à l'essai pour toute une série de tâches", raconte-t-il, listant "la robotique, des tâches d'apprentissage en temps réel qui sont similaires à ce qui existe avec l'IA", mais aussi des applications relevant de la médecine ou encore du dépistage des drogues.

- Consommation électrique -

Pour Brett Kagan, la puce CL1 constitue "une forme d'intelligence plus durable et plus puissante".

Le cerveau humain ne nécessite qu'environ 20 watts de puissance, un niveau d'efficacité encore jamais atteint dans les domaines de l'informatique et de l'intelligence artificielle, demandeurs en énergie.

Et même si la technologie de l'entreprise australienne n'a "pas pour objectif de remplacer ce que fait l'IA", elle a été conçue pour "nous offrir des possibilités que nous n'avons encore jamais vues", espère M. Kagan.

Ces cellules ont une durée de vie d'environ six mois et ne sont pas encore capables de produire des résultats entièrement cohérents et programmables.

Mais des analystes estiment que le grand intérêt du projet réside dans sa consommation d'énergie plus durable par rapport aux puces ordinaires.

"Nous avons besoin de meilleurs outils pour gérer cette (consommation) d'énergie et atteindre des niveaux d'efficacité plus élevés", note William Keating, directeur général d'Ingenuity, une société effectuant des travaux de recherche sur les semiconducteurs.

"Ce n'est pas de la science loufoque ou une bande d'escrocs. C'est de la vraie science et elle fait de vrais progrès."

T.Dixon--TFWP