The Fort Worth Press - Annuler une partie de la dette : la proposition de Mélenchon sous le feu des critiques

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Annuler une partie de la dette : la proposition de Mélenchon sous le feu des critiques
Annuler une partie de la dette : la proposition de Mélenchon sous le feu des critiques / Photo: © AFP

Annuler une partie de la dette : la proposition de Mélenchon sous le feu des critiques

La proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette française suscite l'ire du gouvernement, du bloc central et de l'extrême droite, à l'aube du dernier budget avant une campagne présidentielle où la question de la réduction de la dette devrait être centrale.

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Dimanche, le candidat de la gauche radicale à l'élection présidentielle de 2027 a de nouveau proposé que la Banque centrale européenne (BCE) "mette au congélateur les dettes des États en commençant par celles de la période Covid".

Partant du constat que 18% de la dette française est détenue par la Banque de France, Jean-Luc Mélenchon affirmait déjà fin juin qu'il "suffit d'y aller, de les prendre et de les foutre au feu" et que "personne ne s'apercevra jamais que ça a disparu".

"C'est se moquer du monde, c'est prendre les Français pour des lanternes, c'est mettre en danger la signature de la France", a martelé lundi le ministre de l'Economie Roland Lescure sur BFMTV/RMC à propos de cette idée.

Côté soutien, Jean-Luc Mélenchon peut compter sur le banquier d'affaires et homme de gauche revendiqué Matthieu Pigasse, invité des universités d'été de La France insoumise (LFI).

"Le mur de la dette n'existe pas. C'est un argument idéologique imposé pour nous dire qu'on ne peut rien faire (...) La France emprunte chaque semaine sans aucun problème", a développé celui qui a déjà restructuré les dettes grecque, ukrainienne ou argentine.

"La réalité, c'est que Jean-Luc Mélenchon, s'il fait ce qu'il dit, avec Monsieur Pigasse à ma place, c'est la crise financière assurée", a répliqué Roland Lescure mardi, alertant sur une possible flambée des taux français.

"Les créanciers, qui nous prêtent, qui disent +ah bah l'Etat français vient de dire merde à 20% de sa dette. Ils vont dire quoi? Moi je vous prête plus à quatre, je vous prête à quatre et demi, je vous prête à cinq+".

Lundi, le taux d'intérêt de la France à 10 ans était à 4,11%, après avoir dépassé jeudi 4,14%, au plus haut depuis la crise financière de 2008.

Même son de cloche chez le Premier ministre Sébastien Lecornu, pour qui une telle politique "détruirait l’actif le plus important de notre pays, la confiance". "Si la France, qui doit lever 310 milliards d’euros cette année, reniait sa propre signature, qui nous prêtera encore ?", a réagi dimanche le chef du gouvernement.

L'exécutif n'est pas le seul à avoir réagi : Gabriel Attal a dénoncé mi-août un discours "délirant", tandis que Jordan Bardella a échangé dimanche une passe d'armes sur le réseau social X avec Matthieu Pigasse, accusant ce dernier de "raconter n'importe quoi".

- "Contraire aux traités européens" -

Très critiquée politiquement, la proposition de Jean-Luc Mélenchon se heurte également à des obstacles juridiques.

"Geler la dette publique détenue par la Banque centrale européenne, c'est contraire aux traités européens, qui garantissent son indépendance opérationnelle", explique à l'AFP Xavier Ragot, président de l'Institut français d'économie (IFE).

"Les verrous qu'imposent les traités européens ne représentent pas une loi de l'économie mais un choix institutionnel, aujourd'hui daté", plaident quant à eux une cinquantaine d'économistes, dont certains proches des Insoumis, dans une tribune parue dans le Nouvel Obs.

Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et signataire de la tribune, juge qu'effacer cette partie de la dette française est "techniquement, comptablement, institutionnellement possible", mais reconnaît "une vraie difficulté politique".

"Si l'Eurosystème ne le veut pas, personne ne peut lui imposer, en vertu du principe d'indépendance" des Banques centrales, indique l'économiste.

Sollicitées par l'AFP, ni la Banque de France ni la Banque centrale européenne n'ont commenté.

L'ensemble de la dette publique française atteignait 3.536,1 milliards d'euros à la fin du premier trimestre 2026, soit 75,6 milliards de plus qu'à la fin 2025, et 117,5% du Produit intérieur brut (PIB), selon les derniers chiffres de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

M.Delgado--TFWP