The Fort Worth Press - En Inde, une ONG au chevet des yeux des plus défavorisés

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En Inde, une ONG au chevet des yeux des plus défavorisés
En Inde, une ONG au chevet des yeux des plus défavorisés / Photo: © AFP

En Inde, une ONG au chevet des yeux des plus défavorisés

Sitôt ses lunettes chaussées, Tofan Jena a compris que son quotidien ne serait plus jamais le même. "Je distingue toutes les lettres de l'alphabet, même les plus petites", s'émerveille-t-il, "je vais pouvoir lire le journal et même les messages sur mon portable".

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Il y a une heure à peine, ce vendeur de légumes de Bhubaneshwar, dans l'est de l'Inde, a fait examiner ses yeux pour la première fois de sa vie grâce à une ONG, GoodVision, qui s'est donnée pour mission d'offrir une bonne vue aux populations défavorisées.

Et contre paiement de moins de 2 euros à peine, Tofan Jena, 49 ans, en est reparti avec une paire de lunettes correctrices. Et plein de projets.

"Je peux lire, je peux écrire et je vois très bien de loin", répète ce père de famille, en touillant devant sa baraque du quartier de Salia Sahi l'épais brouet qui lui servira de repas. "Je vais pouvoir tout faire avec ces lunettes..."

Ce matin-là, ce petit miracle s'est répété pour des dizaines de résidents du bidonville de Bhubaneshwar.

Les techniciens de GoodVision y ont déployé pour la journée leur camp ambulant sous une toile qui protège difficilement les patients d'un soleil étouffant.

Examen des yeux, tests de vision, choix et ajustement des lunettes. Et en bout de chaîne, la confrontation avec un monde de clarté et de détails qu'ils avaient oublié ou, pour certains d'entre eux, jamais connu.

- Lunettes -

Binocles sur le nez, Minati Rout achève son parcours sur une dernière épreuve. Séparer les petits cailloux d'une assiette remplie de grains de riz. Test réussi.

"Je n'étais plus capable de lire les petites lettres, d'enfiler une aiguille (...) désormais je peux faire tout ça", se réjouit la commerçante de 43 ans, "je vais vite conseiller à mes voisins de faire examiner leurs yeux".

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un milliard d'humains souffrent de problèmes de vue sans avoir les moyens de les corriger. Un enseignant allemand, Martin Aufmuth, a donc eu l'idée de fabriquer des lunette à un prix inférieur à un dollar.

Treize ans plus tard, GoodVision travaille dans douze pays, dont l'Inde. Sans surprise, les besoins y sont immenses. Si environ 550 millions d’Indiens ont besoin de lunettes, on estime que 250 millions n'y ont pas accès.

L'impact est considérable. L'Agence internationale pour la prévention de la cécité (IAPB) a évalué dans ce seul pays à plus de 30 milliards de dollars la perte de productivité des maladies des yeux évitables ou curables.

"Nous proposons un service de soins oculaires de base", explique le responsable de l'ONG pour l'Inde, Piush Khetan, "dépistages visuels gratuits, lunettes aux personnes dans le besoin et chirurgies de la cataracte dans nos hôpitaux partenaires."

- "Accès aux soins" -

Depuis qu'elle sillonne les Etats de l'Odisha et du Jharkhand voisin, GoodVision a offert près de 700.000 examens des yeux, distribué 300.000 paires de lunettes et payé 15.000 opérations de la cataracte.

Les verres correcteurs viennent de Chine, les montures sont fabriquées en Inde à partir d'un fil de métal habilement plié. Dix minutes à peine suffisent à un ouvrier entraîné pour assembler une paire.

Chaque mois, la caravane de l'ONG s'arrête dans plus de 400 quartiers pauvres de grandes villes ou villages isolés, dont les populations sont largement oubliées des services de santé officiels, publics ou privés.

Ce matin-là, elle fait étape dans la petite localité de Maniabandha, à deux heures de route de Bhubaneshwar. Assis sur des chaises en plastique, une vingtaine d'hommes et de femmes attendent leur examen.

"Ces camps sont très importants pour ces gens car ils n'ont aucun accès aux soins", souligne l'optométriste Gopinath Das. "Ils doivent se déplacer pour un test. Ils ont peur de sortir du village, ils n'ont pas d'argent, certains ne savent même pas qu'ils voient mal".

Pour les accompagner et les traiter, GoodVision a recruté et formé près de 150 techniciens.

Parmi eux, Debasmita Behera, 23 ans. "Après mes études, j'ai galéré pour trouver un emploi (...) maintenant j'ai un bon boulot, j'aide les gens et je peux subvenir aux besoins de mes proches", résume fièrement la jeune femme devant la nouvelle maison familiale.

- "Convaincre" -

A Maniabandha, huit des patients du jour ont pris la direction de Bubhaneshwar et de l'hôpital Vision Care, où ils seront opérés de la cataracte.

La maraude de GoodVision fournit aux chirurgiens de cet établissement privé la moitié de leurs "clients".

"Le plus difficile, c'est de les convaincre de se faire opérer", commente le patron de l'hôpital, Srinatha Kumar Mishra. "Ils ont peur d'être stigmatisés (...) ils jugent normal de ne plus voir en vieillissant", dit-il, "même si on leur dit que ça peut être soigné, il faut les motiver".

C'est tout l'objectif du porte-à-porte de GoodVision.

"En Inde, nous ne prenons les choses au sérieux que s'il s'agit d'une question de vie ou de mort", regrette Piush Khetan. "Alors nous insistons sur l'information, nous essayons de convaincre les populations de l'importance de prendre soin de leurs yeux".

L'ONG a ouvert un bureau en France pour convaincre entreprises, fondations et privés de la financer.

"Les soins oculaires sont un investissement très rentable", assure sa représentante, Maryline Ehlermann, "une étude a calculé que si le milliard d'humains qui ont un défaut de vision curable étaient soignés, cela rapporterait chaque année 447 milliards de dollars à l'économie mondiale".

Dans le pays le plus peuplé de la planète, et l'un des plus inégalitaires selon la Banque mondiale, la tâche est "gigantesque". Mais Piush Khetan y croit. "En neuf ans", dit-il, "nous avons fait bouger les choses".

M.McCoy--TFWP