The Fort Worth Press - Eaux en bouteille: derrière la fraude, un risque pour la santé?

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Eaux en bouteille: derrière la fraude, un risque pour la santé?
Eaux en bouteille: derrière la fraude, un risque pour la santé? / Photo: © AFP/Archives

Eaux en bouteille: derrière la fraude, un risque pour la santé?

L'affaire des eaux Nestle Waters, qui a pris un tour politique mardi, a-t-elle mis en danger la santé des consommateurs ? Difficile à savoir, mais le groupe a trompé le public sur la qualité de ses eaux sur fond de gestion sanitaire contestable par l'Etat.

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- Que reproche-t-on à Nestlé ? -

Le géant suisse a fait subir des traitements illégaux à plusieurs de ses eaux en bouteille en France. Sa filiale spécialisée, Nestlé Waters, exploite notamment les marques Vittel, Contrex, Hépar et Perrier.

Le groupe, qui a admis début 2024 ces opérations après de premières révélations du Monde et de Radio France, a fait passer ses eaux par des traitements à la lampe UV, au charbon et via des techniques de microfiltration avancée.

Ces opérations avaient pour but de désinfecter les eaux concernées. Or, ces processus sont interdits par les réglementations européenne et française, quand il s'agit de vendre des eaux naturelles ou de source.

- Boire ces eaux était-il nocif pour la santé ? -

Pas selon les autorités sanitaires. Par ces opérations, Nestlé ne semble, selon elles, pas avoir directement mis en danger la santé des gens. Le but poursuivi apparaît même inverse: elles devaient éviter tout risque d'infection.

Mais cela signifie que le groupe a trompé le consommateur. Une eau dite naturelle ou de source doit être buvable sans danger telle qu'elle sort de sa source. C'est sur la base de cette promesse que Nestlé et d'autres groupes vendent de l'eau minérale en moyenne plus de 100 fois plus chère que l'eau du robinet.

"Est-ce que le consommateur a été mis en danger ? (...) Je réponds de manière explicite: non", assurait fin janvier, lors d'une audition au Sénat, Grégory Emery, directeur général de la Santé, évoquant plutôt un "sujet de fraude".

- Un problème à la source ? -

Présentées par Nestlé comme saines à l'état brut, les eaux concernées risquent bien d'être dangereuses si elles ne sont pas désinfectées.

Au printemps 2024, le groupe a ainsi dû détruire deux millions de bouteilles de Perrier après la découverte de bactéries fécales dans la source dont est tirée l'eau, dans le Gard.

Il n'est pas avéré que ces bactéries étaient présentes dans les bouteilles. Mais leur absence aurait probablement signifié leur élimination par des traitements ne permettant pas de qualifier l'eau de naturelle.

Cela pose la question de la pérennité du site, voire de la marque Perrier, comme l'a souligné, à l'époque, l'agence régionale de santé (ARS) à Nestlé. Le groupe devrait "s'interroger stratégiquement sur un autre usage alimentaire possible" de l'eau captée sur le site, avait prévenu l'ARS. Autrement dit, celle-ci pourrait toujours être vendue, une fois désinfectée, mais elle ne saurait plus être promue comme eau naturelle.

- La régulation est-elle suffisante ? -

Depuis les premières révélations sur l'affaire Nestlé Waters, le rôle de l'Etat a régulièrement été mis en cause, notamment le fait qu'il ait accédé à des revendications du secteur des eaux minérales. De nouvelles révélations de presse, mardi, mettent en cause la porosité de l'Elysée et Matignon au lobbying de Nestlé.

L'Etat a, en tout cas, abaissé en 2023 le seuil de microfiltration autorisé pour continuer de parler d'eaux naturelles. Cela laisse une plus grande marge au secteur pour utiliser cette dénomination, même si cela s'apparente largement à une désinfection.

Mais, pour bien des experts dont ceux de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), cela ne suffit même pas à assurer la sécurité des consommateurs. Bien que bas, les seuils retenus sont susceptibles de laisser passer des virus, comme en ont témoigné par le passé des épidémies de gastroentérites en Espagne.

- Quelle ampleur ? -

Eaux dangereuses et désinfectées en catimini, contrôles insuffisants... Ces problématiques dépassent probablement le seul cas de Nestlé.

Dans un rapport de 2022 consulté par l'AFP, une mission de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) estimait qu'en France, près de 30% des marques d'eau conditionnées "subissent des traitements non conformes". Une fourchette basse, vu que de telles pratiques sont "délibérément dissimulées".

Il n'y a "pas de doute" sur le fait "que l'ensemble des minéraliers soient concernés" au bout du compte, concluait l'Igas.

G.George--TFWP