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Le candidat de gauche radicale à la présidentielle péruvienne, Roberto Sanchez, s'est hissé mercredi à la deuxième place des résultats partiels, et pourrait affronter Keiko Fujimori au second tour.
Dans un pays qui a connu huit présidents en dix ans, le scrutin de dimanche, marqué par un record de 35 candidats, s'est déroulé dans un climat de forte défiance envers la classe politique, sur fond de flambée de la criminalité et de l'extorsion.
Avec plus de 90% des bulletins dépouillés, l'écart avec l'ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga, longtemps en deuxième position, restait serré dans un décompte encore susceptible d'évoluer. Roberto Sanchez, 57 ans, gagnait du terrain depuis mardi.
Keiko Fujimori, 50 ans, fille de l'ancien président autocrate Alberto Fujimori, au pouvoir dans les années 1990, arrivait en tête avec près de 17% devant Roberto Sanchez (12%) et Rafael Lopez Aliaga (11,9%), longtemps en deuxième position.
Le dépouillement a d'abord été dominé par les résultats de la capitale Lima, dont Rafael Lopez Aliaga a été maire, tandis que le socle électoral de Roberto Sanchez se situe dans les zones rurales du sud andin.
Dans un entretien à l'AFP mardi soir, il s'est montré confiant, appelant "toutes les forces démocratiques du Pérou, ainsi que la communauté internationale, à veiller au respect des résultats officiels".
Marqué par des retards dans l'acheminement du matériel électoral, le scrutin a alimenté critiques et accusations dans un climat politique tendu.
Rafael Lopez Aliaga, un admirateur de Trump surnommé Porky, a rassemblé mardi soir des centaines de partisans à Lima et donné "24 heures" aux autorités électorales pour annuler le scrutin, qu'il a dénoncé comme "une fraude".
"Nous voulons de nouvelles élections", a scandé la foule rassemblée devant les bâtiments de l'autorité électorale (JNE).
Ces dysfonctionnements logistiques ont empêché plus de 50.000 électeurs de voter, contraignant les autorités à prolonger le scrutin d'une journée.
-"Désir de changement"-
Reconnaissant des "graves dysfonctionnements", la cheffe de la mission d'observation de l'Union européenne, Annalisa Corrado, a déclaré mardi devant la presse n'avoir relevé "aucun élément objectif" étayant des accusations de fraude.
Le JNE a porté plainte contre plusieurs responsables de l'Office national des processus électoraux (ONPE) pour atteinte au droit de vote.
Roberto Sanchez, député et ancien ministre sous Pedro Castillo, a promis de faire libérer l'ancien président. Destitué en 2022 pour avoir tenté de dissoudre le Parlement, ce dernier a été condamné en 2025 à 11 ans de prison pour rébellion.
"Il sera libéré par notre gouvernement, conformément à la prérogative présidentielle qui permet d'accorder la grâce", a assuré Roberto Sanchez à l'AFP.
Le leader de Juntos por el Peru affirme vouloir porter une "nouvelle Constitution" et instaurer un "État plurinational" afin de gouverner avec les peuples autochtones, à l'image de ce qu'a fait Evo Morales en Bolivie. "Il existe un immense désir de changement" parmi les populations exclues.
Avec son chapeau de paysan porté pendant la campagne, il a cherché à associer son image à celle du syndicaliste et instituteur devenu président, aujourd'hui emprisonné
Roberto Sanchez incarne "un vote rural (...), plus contestataire, plus à gauche, davantage dans la revendication et l'inclusion", explique à l'AFP le politologue Jorge Aragon, qui estime qu'il serait un adversaire plus difficile pour Keiko Fujimori au second tour que Rafael Lopez Aliaga.
Si cela se confirme, "d'une certaine manière, l'élection de 2021 se rejouerait", lors de laquelle la candidate de droite avait échoué face a Castillo.
Des projections de l'institut Ipsos publiées lundi avaient donné Roberto Sanchez en position d'accéder au second tour.
Plus de 27 millions d'électeurs ont été appelés à voter lors de ce scrutin obligatoire pour élire président et parlementaires, avec le retour d'un Parlement bicaméral inédit depuis 1990.
Le prochain président doit être investi le 28 juillet.
D.Johnson--TFWP