The Fort Worth Press - L'Europe sous pression face à la flambée du coût des engrais

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L'Europe sous pression face à la flambée du coût des engrais
L'Europe sous pression face à la flambée du coût des engrais / Photo: © AFP

L'Europe sous pression face à la flambée du coût des engrais

Que peut faire Bruxelles face à la flambée des prix des engrais due à la guerre au Moyen-Orient? Les revendications des agriculteurs et des Etats membres de l'UE reprennent de plus belle auprès de la Commission européenne, qui temporise.

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Une réunion à haut niveau est prévue le 13 avril pour évaluer la situation.

Déjà en difficulté depuis le conflit en Ukraine, les céréaliers sont confrontés à un nouveau choc avec le déclenchement de la guerre en Iran il y a plus d'un mois.

Quelque 30% des engrais mondiaux transitent habituellement par le détroit d'Ormuz. Le blocage de cette voie maritime a provoqué une nouvelle envolée des cours.

A l'issue d'une visioconférence avec une quarantaine de pays jeudi, l'Italie a réclamé un "corridor humanitaire" pour laisser passer les engrais dans ce détroit stratégique.

Le prix des engrais azotés, dérivés du gaz naturel, a grimpé d'environ 20% en Europe en un mois et se rapproche de 500 euros la tonne.

"L'été dernier, je m'approvisionnais à 330 euros la tonne, cet hiver à 380 euros et depuis que ça a pété en Iran, ça monte encore. Le contexte est très lourd", dit à l'AFP Amaury Poncelet, céréalier dans le centre de la Belgique.

Entre la guerre en Iran et le plan européen pour cesser l'importation d'engrais russes à cause de l'invasion de l'Ukraine, il y a une "conjonction" de chocs, explique Luc Vernet, du think tank Farm Europe, proche des grands syndicats agricoles.

Les céréaliers, gros consommateurs de fertilisants, indispensables pour obtenir des rendements suffisants, "ne gagnent plus leur vie depuis trois ans", estime-t-il, en soulignant la baisse des surfaces de céréales cultivées - environ 300.000 hectares en moins depuis 2022 en France, mis en jachère ou abandonnés.

La Commission européenne, qui promet un plan d'action pour les engrais au mois de mai, est de nouveau assaillie de revendications.

Dans le sillage des organisations agricoles, la France a ainsi relancé sa campagne en faveur d'une suspension de la taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens.

A ce stade, cette option est complètement exclue par l'exécutif européen, qui l'a répété récemment lors d'une réunion des ministres de l'Agriculture.

- Des engrais verts abandonnés -

La Commission a "déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs", rappelle une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les engrais, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin "d'atténuer fortement son impact".

Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d'autres secteurs polluants, comme l'acier, l'aluminium, le ciment, l'électricité et l'hydrogène.

Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d'augmenter leur production, alors que l'UE importe actuellement 60% des engrais qu'elle consomme.

Le choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient prouve que le "maintien" d'une production à l'intérieur de l'UE est "stratégiquement crucial", a récemment insisté le lobby des producteurs européens d'engrais.

De son côté, la Commission européenne assure "suivre en permanence l'évolution des prix", et mène une stratégie de diversification des approvisionnements et de "renforcement de la capacité de production" européenne.

Le plan attendu en mai servira à répondre "aux vulnérabilités structurelles et aux déséquilibres du marché", selon la porte-parole.

Face à sa dépendance persistante aux importations, l'UE cherche aussi à développer des alternatives décarbonées.

Mais la route est longue. "Des grands projets de fabrication d'engrais" par électrolyse "ont été abandonnés", car trop coûteux, précise Luc Vernet, qui mentionne l'arrêt d'une initiative en Autriche, baptisée "Green Ammonia Linz".

D'autres techniques sont aussi testées pour verdir les fertilisants, par exemple avec du biométhane, mais à petite échelle à ce stade.

Entre l'envolée des prix des engrais et la flambée du coût du gazole pour les tracteurs, Bruxelles espère échapper à une nouvelle mobilisation agricole.

La dernière grande manifestation de la profession dans la capitale européenne remonte à décembre, quand un millier de tracteurs avaient bloqué le quartier des institutions de l'UE, pour contester l'accord de libre-échange avec des pays latino-américains du Mercosur.

M.Delgado--TFWP