The Fort Worth Press - Protoxyde d'azote détourné: criminaliser l'usage, une "réponse inadaptée", disent des professionnels de santé

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Protoxyde d'azote détourné: criminaliser l'usage, une "réponse inadaptée", disent des professionnels de santé
Protoxyde d'azote détourné: criminaliser l'usage, une "réponse inadaptée", disent des professionnels de santé / Photo: © AFP/Archives

Protoxyde d'azote détourné: criminaliser l'usage, une "réponse inadaptée", disent des professionnels de santé

Si l'usage détourné du protoxyde d'azote par les jeunes est un véritable enjeu de santé publique, le projet de loi "Ripost" semble une "réponse inadaptée et dangereuse" car seule la prévention fait reculer les usages de psychotropes, estiment des professionnels de santé.

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Présenté mercredi en Conseil des ministres, le projet de loi "Ripost" prévoit notamment de faire de l'inhalation de protoxyde d'azote un délit passible d'un an d'emprisonnement et de 3.750 euros d'amende, et de punir d'au maximum 3 ans de prison et 9.000 euros d'amende la conduite sous son emprise.

Le "gaz hilarant" ou "proto" est du protoxyde d'azote, vendu en supermarché et sur Internet pour un usage alimentaire, comme gaz propulseur dans les siphons à chantilly, ou utilisé en médecine pour ses propriétés antidouleur.

Mais un usage détourné de ce gaz bon marché s'est répandu ces dernières années dans le milieu festif et parmi des adolescents et des jeunes adultes, qui l'inhalent par le biais d'un ballon de baudruche, après avoir "cracké" la cartouche métallique qui le contient. On les retrouve parfois dans le caniveau, jetées une fois vides.

Ce projet de loi "transforme les usagers en délinquants", ce qui ne permettra "ni de réduire les consommations ni de prévenir les risques", dénonce la Fédération Addiction mercredi.

"On n'empêchera pas les jeunes de consommer en les menaçant d'amendes ou de peines de prison", estime Catherine Delorme, présidente de la Fédération Addiction, qui fédère 850 établissements et services de santé et 500 professionnels de santé, dans un communiqué.

"En revanche, on prend le risque de les éloigner du soin et de voir se multiplier des situations graves. La réponse doit reposer sur la confiance, la prévention et l'accompagnement", complète-t-elle.

- "Mettre le paquet sur les soins" -

Les professionnels de la Fédération Addiction appellent gouvernement et parlementaires à "engager une stratégie cohérente de santé publique": campagnes d'information et de prévention, soutien aux interventions de proximité, moyens pérennes donnés aux structures d'addictologie, aux acteurs éducatifs...

Ils appellent aussi à mieux encadrer la vente de protoxyde d'azote, alors que le projet de loi Rist prévoit la possibilité de procéder à la fermeture administrative d'un commerce, en cas de vente illégale. Aussi, conduire sous l'emprise de ce gaz ferait encourir jusqu'à trois ans de prison et 9.000 euros d'amende, selon ce texte.

De fait "il y a de plus en plus d'accidents provoqués par des personnes sous emprise du protoxyde d'azote", constate le Dr Jérôme Langrand, directeur du centre antipoisons de Paris. Car "que ce soit l'alcool, la cocaïne ou le protoxyde d'azote, il n'y a pas de différence: votre capacité de réaction est complètement altérée par ces substances", dit-il à l'AFP.

Mais "il faut aussi mettre le paquet dans les soins", dit le Pr Laurent Karila, psychiatre addictologue à l'hôpital Paul-Brousse AP-HP, professeur à l'université Paris-Saclay et membre de Protoside, réseau national de professionnels formés à cette prise en charge.

"Or les soins de quelqu'un qui a un usage problématique de protoxyde d'azote, ça n'est pas anodin: c'est un suivi avec un médecin généraliste, un addictologue, un psychologue, un neurologue, un kinésithérapeute", détaille-t-il à l'AFP.

Aujourd'hui "on voit des jeunes qui ne peuvent plus marcher, dans des services de neurologie aux patients âgés, avec des atteintes potentiellement irréversibles", dit l'addictologue.

En 2022, 14% des 18-24 ans déclaraient avoir déjà expérimenté, selon les données de Santé publique France (SPF), à la recherche d'un effet euphorisant rapide, un état de "flottement" et des distorsions sensorielles.

Or les consommations de ces jeunes sont de plus en plus souvent "répétées voire quotidiennes, au long cours et en grandes quantités", décrit la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives).

En avril les trois agences sanitaires françaises (Anses, ANSM, SPF) ont averti: ces prises répétées et/ou importantes peuvent entraîner "dépendance" et "complications sévères, parfois irréversibles, sur le système nerveux et le système cardiovasculaire".

B.Martinez--TFWP