The Fort Worth Press - Au Niger, une embarrassante cargaison d'uranium toujours bloquée à l'aéroport de Niamey

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Au Niger, une embarrassante cargaison d'uranium toujours bloquée à l'aéroport de Niamey
Au Niger, une embarrassante cargaison d'uranium toujours bloquée à l'aéroport de Niamey / Photo: © AFP

Au Niger, une embarrassante cargaison d'uranium toujours bloquée à l'aéroport de Niamey

Une importante cargaison de concentré d'uranium qui a quitté fin novembre le nord nigérien est bloquée à l'aéroport de Niamey depuis plusieurs semaines, un enjeu diplomatique et stratégique pour la junte au pouvoir dans ce pays sahélien qui a tourné le dos à la France pour se rapprocher de la Russie.

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Voici ce que l'on sait sur ce chargement sensible estimé à au moins 1.000 tonnes et que le Niger, gouverné par un régime militaire depuis un putsch en juillet 2023, cherche à vendre.

- Une cargaison à l'aéroport de Niamey -

La question de l'uranium nigérien, longtemps exploité par le français Orano (ex-Areva), est au coeur de la politique de souveraineté revendiquée par la junte.

En juin, elle avait annoncé la nationalisation du site de la Somaïr, filiale d'Orano, situé à Arlit, dans le nord du pays, et annoncé quelques semaines plus tard son intention de mettre sur le marché international l'uranium produit.

L'AFP a pu établir, grâce des images satellites, l'arrivée dans une zone de l'aéroport de Niamey de 34 camions entre le 3 et le 5 décembre.

Si son contenu n'a pas pu être formellement relié à l'uranium nigérien, plusieurs sources, notamment le groupe de journalistes ouest-africains Wamaps spécialisé dans l'actualité sécuritaire au Sahel, affirment qu'il s'agit des 1.000 tonnes ayant quitté Arlit fin novembre.

Les camions sont restés dans l'enceinte de la zone militaire de l'aéroport pendant presque un mois, mais le 14 janvier, seul quatre restaient visibles.

"Les mouvements de la cargaison sont internes à l'aéroport de Niamey. La marchandise est en intégralité dans l'enceinte de l’aéroport, elle a été déplacée vers des lieux plus sécurisés", assure à l'AFP une source ayant connaissance du dossier.

"Elle n'a pas vocation à sortir de manière imminente du territoire", poursuit cette source.

- Un trajet routier sous haute tension -

Car écouler des marchandises depuis le Niger, pays enclavé au milieu du Sahel, suppose un accès au port d'un pays côtier voisin.

Le Niger possède deux frontières avec le Nigeria et le Bénin.

Mais la junte au pouvoir entretient des relations tendues avec Abuja, qui fait partie des pays ouest-africains particulièrement hostiles aux coups d'Etat, et pires encore avec celles de Cotonou.

Niamey maintient sa frontière fermée avec le Bénin qu'il accuse de vouloir le déstabiliser. Résultat: impossible de faire transiter la marchandise par le trajet le plus évident et le plus direct, via le port de Sèmè-Kpodji, situé à moins de 1.000 km de la capitale nigérienne.

Une option envisagée pourrait donc être d'écouler le "yellow cake" - le concentré d'uranium - par le Togo, mais cela suppose un périlleux trajet par l'ouest nigérien et surtout le Burkina Faso, infesté de groupes jihadistes très actifs.

Le trajet théorique passerait par exemple par Torodi, dans le sud-ouest du Niger, où le préfet a été assassiné par des jihadistes en début d'année.

"Le Niger tergiverse en raison du risque sécuritaire croissant dans la zone", confirme la source ayant une bonne connaissance du dossier.

En 2025, la région du Tillabéri, frontalière avec le Burkina, est devenue "la région la plus meurtrière du Sahel central, avec plus de 1.200 décès enregistrés, dépassant toutes les autres régions", notamment dans les violences visant des civils, indique l'ONG ACLED dans son aperçu sur les conflits en Afrique.

- L'option aérienne -

L'uranium pourrait également voyager par voie aérienne.

L'AFP a pu constater sur des images satellite la présence de deux avions de transport de fabrication russe de type Iliouchine Il-76 entre le 9 et le 13 janvier sur le tarmac de la base.

Pour identifier le propriétaire des appareils, l'AFP a analysé les données de suivi du transport aérien, mais aucune information concernant des avions de transport de ce type n'a été enregistré.

A cette heure, l'acheteur est inconnu et Moscou n'a pas officiellement manifesté son intérêt pour ce chargement précis.

Interrogée jeudi par l'AFP, la porte-parole du ministère russe de Affaires étrangères Maria Zakharova a dit lors de son briefing hebdomadaire ne pas être en mesure de répondre dans l'immédiat et devoir "s'enquérir" de cette question, assurant qu'elle y répondrait "sans faute".

A l'été 2025, le ministre russe de l'Energie en visite à Niamey avait affirmé la volonté de son pays "d'exploiter l'uranium" au Niger.

Le groupe russe Rosatom et les autorités nigériennes avaient également signé un mémorandum sur la coopération dans le domaine du nucléaire civil.

- Une procédure judiciaire gênante -

Mi-décembre, une enquête a été ouverte en France pour "vol en bande organisée dans le but de servir les intérêts d'une puissance étrangère", au sujet de cet uranium.

Orano s'estime lésé d'une marchandise qui lui appartient toujours, ce que Niamey rejette, estimant exercer "sa souveraineté sur une ressource nationale" et accusant l'entreprise française en retour de lui devoir encore 58 milliards de francs CFA (plus de 88 millions d'euros) de dettes et impayés.

Mais cette procédure pourrait venir gêner aux entournures tout pays qui verrait transiter la marchandise, à commencer par le Togo.

"Cette plainte a modifié le rapport de force. Le Togo tergiverse désormais car en vertu de ses engagements internationaux, il faudrait que la marchandise soit saisie immédiatement si elle entrait sur son territoire", pointe la source ayant connaissance du dossier.

A Niamey comme à Lomé, les autorités restent pour l'heure silencieuses sur ce dossier particulièrement sensible.

S.Rocha--TFWP