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La Bulgarie a adopté l'euro, devenant le 21e pays à choisir la monnaie unique européenne, près de vingt ans après avoir rejoint l'Union européenne.
A minuit jeudi (22H00 GMT mercredi), le petit pays des Balkans, entré dans l'UE en 2007, a tiré un trait sur le lev, sa monnaie nationale en vigueur depuis la fin du XIXe siècle, avec l'espoir de renforcer ses liens économiques avec les autres membres de la zone euro, mais aussi la crainte d'une flambée des prix dans un contexte politique en outre instable.
Des milliers de personnes ont bravé des températures négatives pour assister au concert traditionnel du réveillon, organisé par la mairie de Sofia devant l'ancien Palais-Royal. Sur la façade du siège de la Banque nationale bulgare, situé sur la même place, un compte à rebours indiquait les minutes jusqu'à minuit. Après le passage à la nouvelle année, les pièces en euros bulgares ont été projetées sur le bâtiment.
"L'introduction de l'euro est la dernière étape de l'intégration de la Bulgarie dans l'Union européenne,", a déclaré le président Roumen Radev lors de son allocution à la télévision quelques minutes avant minuit, regrettant toutefois que les Bulgares n'aient pas été consultés par référendum sur ce choix qui a divisé le pays.
"Ce refus a été l'un des symptômes dramatiques du profond fossé entre la classe politique et le peuple, confirmé par les manifestations massives dans tout le pays", a-t-il estimé, quand bien même la Cour constitutionnelle en a jugé autrement.
Les manifestations, qui dénonçaient notamment la corruption, ont conduit à la mi-décembre au renversement du gouvernement de coalition conservateur en place depuis moins d'un an, ce qui signifie de nouvelles élections législatives, les huitièmes en cinq ans.
Mercredi matin déjà, la majorité des étals sur "le marché des femmes", le plus grand et le plus ancien de la capitale, affichaient déjà les prix en leva (pluriel du lev, ndlr) et en euros.
"Toute l'Europe s'est débrouillée avec l'euro, nous aussi on s'en sortira", a commenté Vlad, un retraité de 66 ans venu acheter des cierges magiques et des fruits pour le repas du Nouvel An. "L'important, c'est que la Bulgarie reste dans l’Europe et s'éloigne de Moscou", selon lui.
Lucy, vendeuse de légumes en conserves d'une quarantaine d'années, a affirmé à l'AFP accepter déjà les paiements en euros, et estimé que la population va vite s'habituer à la nouvelle monnaie.
Un euro vaut 1,9558 leva, un taux stable depuis début 2006.
- "Signe d'appartenance" -
En revanche, "les gens ont peur que les prix augmentent. Aujourd'hui, c'est 4 leva et ça va devenir 4 euros, tandis que les salaires resteront les mêmes", a-t-elle dit à l'AFP.
Nombre de Bulgares redoutent en effet que l'introduction de l'euro ne conduise à une spirale inflationniste, alors que les prix des denrées alimentaires ont déjà augmenté de 5% sur un an en novembre, selon l'Institut national de statistique.
Les dirigeants bulgares ont tenté de rassurer, et promis que cette entrée dans la zone euro permettrait de dynamiser l'économie du pays, l'un des plus pauvres de l'UE, et de l'ancrer davantage à l'Ouest pour le protéger de l'influence russe.
Pour le patron de la banque centrale bulgare Dimitar Radev, "l'euro n'est pas seulement une décision économique". "Ce n'est pas seulement une monnaie. C'est un signe d'appartenance: la preuve que votre place n'est pas à la périphérie, mais dans un espace de règles communes, de confiance et de responsabilité.", a-t-il ajouté dans une vidéo publiée sur le site de son institution.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a elle assuré mercredi dans un communiqué que "l'euro apportera des avantages concrets aux citoyens et aux entreprises bulgares", en facilitant les voyages et les échanges et en améliorant la transparence des marchés.
Dans les dernières heures avant le changement de monnaie, de nombreux Bulgares se sont plaints de la difficulté à mettre la main sur les nouvelles pièces et billets alors que les banques leur ont conseillé de se munir de liquide, mettant en garde contre d'éventuelles perturbations des paiements par carte et des retraits aux distributeurs dans la nuit du Nouvel An.
Les paiements en leva continueront cependant d'être acceptés tout le mois de janvier, un défi pour les commerçants qui devront rendre la monnaie en euros.
Avant la Bulgarie, la Croatie, en janvier 2023, était le dernier pays à avoir adopté la monnaie unique, introduite initialement le 1er janvier 2002 dans douze pays de l'UE. Cela portera à plus de 357 millions le nombre d'Européens utilisant l'euro, selon les chiffres de la Commission européenne.
K.Ibarra--TFWP