The Fort Worth Press - Ukraine: "Nous sommes en vie, c'est une bonne journée"

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Ukraine: "Nous sommes en vie, c'est une bonne journée"
Ukraine: "Nous sommes en vie, c'est une bonne journée" / Photo: © AFP

Ukraine: "Nous sommes en vie, c'est une bonne journée"

11 rue des Partisans, dans le quartier "Rouge" de Konstantinovka, une bourgade de la ligne de front dans l'est de l'Ukraine. Une maison à moitié détruite, un profond cratère, le spectacle de désolation habituel. C'est la troisième fois que le quartier est frappé en quatre jours.

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Des ouvriers s'affairent à pomper l'eau qui remplit le cratère, d'une dizaine de mètres de diamètre, causé par la roquette qui s'est abattue vers 05h00 du matin samedi. Une canalisation d'eau a été touchée.

Des dizaines d'habitants du quartier contemplent le spectacle, les yeux las. Routine lugubre de la guerre. Une femme s'approche, met sa main devant sa bouche devant le triste spectacle, et s'éloigne sans mot dire.

Mais Olga Dekanenko, elle, sourit presque. "Nous sommes en vie, c'est une bonne journée", dit cette femme de 67 ans, en déambulant, s'appuyant sur sa canne, dans les ruines de sa maison. "La maison où sont nés mes deux enfants", explique-t-elle fièrement en ramassant dans les gravats des photos de famille.

Dans le jardin sens dessus dessous, son chien, encore sous le choc, ferme obstinément les yeux et respire à peine.

Olga n'a même pas souvenir de ce qui s'est passé à l'aube. Sa petite chambre ravagée donne sur le jardin où est tombée la roquette, elle s'est retrouvée au pied de son lit, sous des couvertures, des oreillers, des pierres.

- Nostalgie -

D'un calme impressionnant, cette ancienne ouvrière d'une des usines métallurgiques qui ont fait la gloire de Konstantinovka sous la période soviétique, déroule ses souvenirs. Le travail dans l'usine de nickel, un bon salaire, la retraite à 50 ans en raison de l'exposition au métal.

"Je ne peux pas dire que je regrette cette période, mais bien sûr, nous, les vieux, nous avons une nostalgie de l'époque soviétique" dit Olga avec son doux sourire. Mais elle a conscience que "ce n'est pas la même chose pour les jeunes".

A ses côtés, sa soeur Nina Tchouprino, un peu plus jeune, rappelle que jusque dans les années 60, l'oblast (région) de Donetsk, dans laquelle se trouve Konstantinovka, portait le nom de Staline.

A partir de 1991, les usines de cette bourgade de 70.000 habitants ont commencé à fermer les unes après les autres, nombre d'habitants sont partis, le tram, dont les rails traversent le quartier, a cessé de fonctionner.

Dans cette région industrielle, nombre d'habitants ont le sentiment d'avoir été abandonnés par Kiev et cultivent des sentiments prorusses.

"Moi, j'ai peur de tous, des Russes comme des Ukrainiens", soupire Nina Tchouprino, qui travaillait dans une usine fabriquant des piles.

- Lassitude -

Pourquoi ce quartier modeste et emblématique de l'histoire soviétique a-t-il été frappé trois fois en quatre jours ?

"Il y a peut-être des soldats ukrainiens dans l'école" nichée au milieu des habitations, marmonne un sexagénaire en short et torse nu, qui refuse de donner son nom.

Une explication reprise par plusieurs habitants, sans véritable animosité, juste une constatation. La fatigue, la lassitude, sont palpables dans le quartier Chervone (Rouge). Si les soldats ukrainiens vont se cacher là-bas, dit un voisin en montrant un grand bâtiment désaffecté, "la prochaine fois ce sera un carnage".

Moscou accuse régulièrement les forces ukrainiennes de se cacher dans les écoles, les hôpitaux, au milieu des civils.

Devant la maison détruite d'Olga, Margarita, une adolescente rousse de 15 ans, n'arrive pas à retenir ses larmes. "J'ai peur qu'il ne reste plus rien de notre ville bientôt. Je pense que oui, les Russes vont finir par arriver... j'espère que l'armée pourra nous défendre", dit-elle d'une voix tremblante.

Les forces russes, qui ont conquis quasiment toute la région de Lougansk, poussent depuis plusieurs semaines pour s'emparer de celle de Donetsk, et contrôler ainsi tout le Donbass, un de leurs objectifs prioritaires de guerre.

"Nous sommes juste des ouvriers, des paysans. Peu importe qui vient, si on nous donne du travail, une vie normale, c'est OK", soupire un homme avant de tourner les talons.

D.Johnson--TFWP