The Fort Worth Press - Kenya: le gouvernement présente son budget un an après des manifestations meurtrières

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Kenya: le gouvernement présente son budget un an après des manifestations meurtrières
Kenya: le gouvernement présente son budget un an après des manifestations meurtrières / Photo: © AFP/Archives

Kenya: le gouvernement présente son budget un an après des manifestations meurtrières

Le gouvernement kényan présente jeudi au Parlement son budget, sans hausses massives d'impôts afin d'éviter que le rue ne s'embrase comme l'an passé lors de manifestations réprimées dans le sang.

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Le Kenya est une puissance économique régionale, fortement endettée auprès de bailleurs étrangers. Sa population dénonce une montée en flèche du coût de la vie, dans un marché de l'emploi stagnant, et une élite politique impliquée dans de multiples scandales de corruption.

Le projet de loi de finances de 2024, qui prévoyait d'augmenter les taxes sur des biens de consommation courante, avait dans ce contexte suscité une énorme colère. Des milliers de manifestants avaient pris d'assaut le parlement le 25 juin, forçant le président William Ruto à retirer le texte.

Au moins 60 personnes ont été tuées lors de semaines de manifestations. Les groupes de défense des droits de l'Homme affirment que des dizaines d'autres ont été illégalement détenues par les forces de sécurité dans la foulée, dont certaines ne sont jamais réapparues.

Cette année, le gouvernement a donc joué la carte de la prudence. Plutôt que d'augmenter les taxes directes appliquées aux consommateurs, il s'est davantage concentré sur les entreprises, tout en cherchant à réduire les dépenses publiques et à fermer les échappatoires fiscaux pour augmenter ses revenus.

A l'instar de nombreuses nations africaines, le Kenya est lourdement endetté auprès de bailleurs étrangers. Le paiement des intérêts de ses emprunts excède les budgets de la santé et de l'éducation.

- "Eviter la controverse" -

"Le projet de loi de finances de cette année cherche, en comparaison avec celui de l'année dernière, à éviter la controverse", observe Patricia Rodrigues, du cabinet de conseil Control Risks, interrogée par l'AFP.

Mais il sera "difficile pour de nombreuses entreprises de l'accepter, car il inclut des augmentations potentielles des impôts sur le revenu et des contributions sociales, ainsi que la fin de certaines exonérations fiscales pour les grandes entreprises et les PME", ajoute-t-elle.

La Banque mondiale a réduit cette année ses prévisions de croissance pour le Kenya de 5 à 4,5% d'ici 2025.

Le Kenya cherche actuellement un nouvel accord avec le Fonds monétaire international, ce qui signifie qu'un éventuel nouveau prêt ne sera pas inclu dans le budget.

Moins susceptible de provoquer des manifestations que celui de 2024, le budget à venir n'en suscite pas moins déjà une certaine désapprobation, que les autorités s'emploient à faire taire.

Fin mai, la développeuse d'une plateforme critiquant le projet de loi des finances 2025 - car il entraînera selon elle une baisse du pouvoir d'achat et un accroissement des violations de la vie privée - a été arrêtée plusieurs jours, puis poursuivie pour cybercriminalité.

Alors que la répression des voix discordantes s'accroît dans le pays, un homme qui avait critiqué un haut-gradé policier a été retrouvé mort en cellule ce week-end, quelque heures après son arrestation. La police a d'abord annoncé un suicide, avant que des médecins légistes n'invalident cette thèse.

De tels incidents n'ont jusqu'à présent suscité que de petites manifestations. Mais "ce n'est pas parce que la question fiscale n'est plus au premier plan des préoccupations des gens que des manifestations ou des troubles ne se produiront pas", avertit Patricia Rodrigues.

B.Martinez--TFWP