The Fort Worth Press - Ukraine : les dernières ouailles du père Igor gardent la foi malgré la destruction de leur ville

USD -
AED 3.672499
AFN 65.000245
ALL 81.696498
AMD 361.730296
ANG 1.790212
AOA 918.000273
ARS 1518.668596
AUD 1.43207
AWG 1.8
AZN 1.701263
BAM 1.748185
BBD 2.013658
BDT 123.127391
BGN 1.747637
BHD 0.377561
BIF 2997.962029
BMD 1
BND 1.279882
BOB 11.762182
BRL 5.005309
BSD 0.999768
BTN 95.208981
BWP 13.734665
BYN 3.010793
BYR 19600
BZD 2.010753
CAD 1.420903
CDF 2310.00005
CHF 0.83276
CLF 0.024888
CLP 979.52047
CNY 6.69215
CNH 6.69306
COP 3188.8
CRC 455.140667
CUC 1
CUP 23.995316
CVE 98.560013
CZK 21.75765
DJF 178.036397
DKK 6.67853
DOP 61.300011
DZD 134.665291
EGP 52.797696
ERN 15
ETB 163.304656
EUR 0.89345
FJD 2.251804
FKP 0.757299
GBP 0.754875
GEL 2.589758
GGP 0.757299
GHS 11.672745
GIP 0.757299
GMD 73.503851
GNF 8795.452108
GTQ 7.643284
GYD 209.16908
HKD 7.84799
HNL 26.836855
HRK 6.732102
HTG 130.776966
HUF 325.414976
IDR 17916
ILS 3.075575
IMP 0.757299
INR 94.966495
IQD 1514.712718
IRR 1779470.000572
ISK 121.697878
JEP 0.757299
JMD 158.774
JOD 0.709002
JPY 158.414962
KES 129.749816
KGS 87.449833
KHR 4068.790447
KMF 439.99976
KPW 900.000411
KRW 1341.489956
KWD 0.31185
KYD 0.833143
KZT 448.425042
LAK 22485.106611
LBP 89531.577513
LKR 330.776932
LRD 170.465515
LSL 16.486199
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.431227
MAD 9.775644
MDL 17.966079
MGA 4513.825266
MKD 55.034145
MMK 2100.154921
MNT 3596.159888
MOP 8.082073
MRU 40.101541
MUR 47.740306
MVR 15.449691
MWK 1733.705174
MXN 18.340201
MYR 4.093199
MZN 63.909692
NAD 16.486199
NGN 1331.719718
NIO 36.790733
NOK 9.52555
NPR 152.334728
NZD 1.78102
OMR 0.384515
PAB 0.999745
PEN 3.448908
PGK 4.535378
PHP 62.763498
PKR 276.816833
PLN 3.905135
PYG 5716.150023
QAR 3.644392
RON 4.769803
RSD 104.877986
RUB 84.325017
RWF 1477.171154
SAR 3.75707
SBD 8.078071
SCR 13.854845
SDG 601.502192
SEK 9.97694
SGD 1.28001
SHP 0.755572
SLE 24.670097
SLL 20969.502528
SOS 571.339188
SRD 37.647501
STD 20697.981008
STN 21.899246
SVC 8.748078
SYP 13002.000008
SZL 16.488791
THB 33.585025
TJS 9.228074
TMT 3.51
TND 2.993314
TOP 2.40776
TRY 49.366801
TTD 6.799401
TWD 32.188499
TZS 2630.007998
UAH 45.101809
UGX 4139.404341
UYU 40.18735
UZS 11896.206514
VES 875.701597
VND 25914
VUV 119.051984
WST 2.777036
XAF 586.064798
XAG 0.016805
XAU 0.000240032068
XCD 2.70255
XCG 1.801906
XDR 0.707052
XOF 586.064798
XPF 106.600164
YER 236.202782
ZAR 16.50499
ZMK 9001.196537
ZMW 19.904269
ZWL 321.999592
SSP 5758.266415
MXV 2.071159
  • AEX

    3.2000

    1105.55

    +0.29%

  • BEL20

    -25.9400

    5737.76

    -0.45%

  • PX1

    -7.3300

    8131.86

    -0.09%

  • ISEQ

    5.7300

    14337.15

    +0.04%

  • OSEBX

    1.2600

    2108.79

    +0.06%

  • PSI20

    21.1600

    9638.63

    +0.22%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -20.9400

    4631.6

    -0.45%

  • N150

    -6.4200

    4271.03

    -0.15%

Ukraine : les dernières ouailles du père Igor gardent la foi malgré la destruction de leur ville
Ukraine : les dernières ouailles du père Igor gardent la foi malgré la destruction de leur ville / Photo: © HANDOUT/AFP

Ukraine : les dernières ouailles du père Igor gardent la foi malgré la destruction de leur ville

Aux grandes heures de Vovtchansk, une petite ville du nord-est de l'Ukraine, la messe de Pâques attirait plusieurs centaines de paroissiens, dont certains communiaient dehors, faute de place dans l’église.

Taille du texte:

Mais en cette douce matinée ensoleillée d'automne, ils ne sont que neuf à se serrer autour de leur prêtre, le père Igor, dans la vaste église néobyzantine de la Dormition de Kharkiv qui les accueille exceptionnellement.

Femmes en fichu, hommes chenus tête basse. Tous au moins sexagénaires, rescapés de l'offensive russe qui a rasé leur ville située à 5 km de la frontière, surtout depuis le déluge de feu en cours depuis le 10 mai.

"Très peu de gens sont restés à Vovtchansk. Les gens les plus forts, vraiment les plus forts, sont demeurés sur place. Les voici derrière moi", poursuit l'archiprêtre, longue barbe grise mordant sur sa robe noire. "Et ils ont fini par être évacués, ils sont partis eux aussi après le 10 mai", soupire l’ecclésiastique, carrure massive et regard chaleureux.

Ce jour-là, les forces russes ont ouvert un nouveau front en attaquant à partir du nord, la région de Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine, à une soixantaine de kilomètres de Vovtchansk.

Fin mai encore, la petite église des Myrophores, briques orangées et toiture verte, se tenait apparemment à peu près intacte dans le champ de ruines qu'était déjà devenu le centre de cette cité qui comptait 20.000 habitants avant la guerre, selon des images prise par des drones de l’armée ukrainienne.

Le père Igor (prononcer "Ihor", à l’ukrainienne) n’y voit aucun miracle. "D’abord, les murs sont épais. Ensuite, peut-être l’église a-t-elle été d'une certaine manière épargnée, ils (les artilleurs russes) n’ont pas beaucoup tiré dessus, même si on peut voir (sur les images vidéo) les cratères creusés par des drones autour" d'elle.

De toute façon, c’est du passé. Les dernières images satellitaires consultées le 25 septembre par l’AFP et Bellingcat, un collectif indépendant enquêtant grâce à l’Open Source Intelligence (Osint, utilisant investigation numérique et données publiques), ne permettent plus de distinguer que quelques pans de murs noircis, là où se dressait cet édifice datant de 1910.

- "Priez pour nous, ici c'est l'enfer !" -

Depuis qu’il a été nommé prêtre à Vovtchansk en octobre 2022 - la petite ville vient alors d’être reprise aux Russes par les forces ukrainiennes -, Igor Klymenko a vu tomber plusieurs de ses paroissiens, au point d’en perdre un peu le compte.

"Nous avons eu d’abord cette dame tuée par un éclat dans notre potager un dimanche". Le prêtre se retourne vers ses ouailles : "Vous vous souvenez, quand déjà Olga a-t-elle été tuée ? Ah oui, il y a un an. Le 8 octobre 2023 ; Elle était probablement partie arracher des carottes dans le potager pour les ramener à l'église et elle a été transpercée par un éclat d’obus".

L’archiprêtre de 55 ans a officié pour la dernière fois à Vovtchansk le 5 mai. Il avait prévu d'y retourner dire la messe le dimanche suivant, comme d’habitude.

"Mais dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 mai, tout a commencé. Raïssa (une de ses paroissiennes) m'envoie un message en pleine nuit. + Père, priez pour nous car ici c’est l’enfer !+. Elle m’a rappelé le matin et au téléphone j’entendais les obus éclater, éclater, éclater", se rappelle l’ecclésiastique avec une émotion intacte.

La même Raïssa Zymovska qui perdra son mari Volodymyr abattu, très vraisemblablement par un tireur embusqué russe, selon elle, au moment de leur tentative de fuite de Vovtchansk en voiture le 16 mai.

Le père Igor - dont le visage n’est pas sans évoquer celui de Séraphin de Sarov, un des saints orthodoxes les plus vénérés, pour son humilité - n’est pas de Vovtchansk : il officiait auparavant dans l’église de la Dormition de la commune voisine de Roubijné, où il était exploitant agricole.

"J’avais une grande ferme : un cheval, deux bœufs, deux truies, douze porcelets, des poules . Nous avons tous dû abandonner Roubijné le 22 mai, quand notre village a été à son tour bombardé. Nous avons tout laissé derrière nous. Je n’ai pu prendre dans l’église que les documents et les objets sacrés".

- "In absentia" -

Pour tous ces morts dont les corps sont restés sur place, le père Igor a récemment célébré dans un cimetière de Kharkiv des funérailles "in absentia", un rite qui permet au moins symboliquement d’offrir une sépulture à une âme.

Il appartient à l’Eglise ukrainienne orthodoxe, dépendant du patriarcat de Moscou. Le sujet religieux est extrêmement sensible en Ukraine - une église ukrainienne orthodoxe indépendante de la Russie existe depuis décembre 2018. L'ecclésiastique prie ses interlocuteurs de ne pas l’interroger "sur la politique".

Les paroissiens de Vovtchansk, des paysans, de petits employés, ont fui en laissant derrière eux tous leurs biens mais il émane du petit groupe une solidarité et une foi impressionnantes.

On a du mal à croire Oleksandre Garlytchev, 70 ans, quand il raconte être brièvement retourné mi-septembre dans son logement de Vovtchansk.

Pourquoi avoir ainsi risqué sa vie ? "Pour récupérer des pièces détachées de ma voiture", une improbable Volga modèle Gaz 24 vieille de 44 ans, explique-t-il dans un sourire tranquille. "Mais surtout pour mon livre de chants religieux, que j'utilise depuis 24 ans à l'église.  Nous avons besoin de davantage de bonté, de compassion entre nous".

W.Matthews--TFWP