The Fort Worth Press - Huit ans d'enfermement dans la "Maison des miroirs", prison secrète du Bangladesh

USD -
AED 3.6725
AFN 64.503248
ALL 81.399259
AMD 360.987939
ANG 1.789785
AOA 917.00013
ARS 1513.277015
AUD 1.439201
AWG 1.8
AZN 1.7023
BAM 1.74671
BBD 2.012735
BDT 123.371781
BGN 1.747831
BHD 0.377596
BIF 2992.404453
BMD 1
BND 1.281553
BOB 11.707653
BRL 5.047698
BSD 0.999357
BTN 95.144703
BWP 13.728493
BYN 3.0198
BYR 19600
BZD 2.010066
CAD 1.42173
CDF 2312.488092
CHF 0.829985
CLF 0.02504
CLP 985.5198
CNY 6.69275
CNH 6.692805
COP 3197.63
CRC 455.473044
CUC 1
CUP 23.983889
CVE 98.47771
CZK 21.726302
DJF 177.955203
DKK 6.667695
DOP 61.203074
DZD 134.447973
EGP 53.051903
ERN 15
ETB 160.875008
EUR 0.89202
FJD 2.263034
FKP 0.76043
GBP 0.755065
GEL 2.590636
GGP 0.76043
GHS 11.657639
GIP 0.76043
GMD 74.000549
GNF 8791.365814
GTQ 7.636833
GYD 209.011214
HKD 7.84756
HNL 26.950258
HRK 6.718902
HTG 130.869501
HUF 324.450231
IDR 17955.45
ILS 3.0992
IMP 0.76043
INR 95.062503
IQD 1515
IRR 1790499.999673
ISK 121.579856
JEP 0.76043
JMD 158.71669
JOD 0.709008
JPY 157.997992
KES 129.750167
KGS 87.450322
KHR 4060.142989
KMF 441.99968
KPW 899.999961
KRW 1347.704981
KWD 0.31184
KYD 0.832883
KZT 451.509766
LAK 22502.497647
LBP 89550.000137
LKR 330.755285
LRD 170.384164
LSL 16.550434
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.424993
MAD 9.83625
MDL 17.887667
MGA 4544.99989
MKD 54.992163
MMK 2099.444361
MNT 3596.720368
MOP 8.078342
MRU 40.229797
MUR 47.58008
MVR 15.449858
MWK 1740.999842
MXN 18.456755
MYR 4.081799
MZN 63.909855
NAD 16.560335
NGN 1330.129834
NIO 36.845007
NOK 9.496965
NPR 152.229808
NZD 1.78159
OMR 0.384489
PAB 0.999379
PEN 3.440502
PGK 4.44475
PHP 63.078014
PKR 277.050261
PLN 3.896645
PYG 5702.318437
QAR 3.642014
RON 4.759398
RSD 104.742003
RUB 83.626908
RWF 1475
SAR 3.677394
SBD 8.064647
SCR 14.300616
SDG 601.502386
SEK 9.974255
SGD 1.28266
SHP 0.754745
SLE 24.679874
SLL 20969.504398
SOS 571.498457
SRD 37.711969
STD 20697.981008
STN 21.95
SVC 8.745048
SYP 13001.999685
SZL 16.555005
THB 33.569499
TJS 9.223858
TMT 3.51
TND 2.98975
TOP 2.40776
TRY 49.417302
TTD 6.796403
TWD 32.380275
TZS 2636.64505
UAH 44.915626
UGX 4037.706697
UYU 40.172371
UZS 11952.148538
VES 878.023601
VND 25877.5
VUV 119.689611
WST 2.781623
XAF 585.126867
XAG 0.017858
XAU 0.000241960558
XCD 2.70255
XCG 1.80126
XDR 0.707052
XOF 585.126867
XPF 106.45003
YER 236.150039
ZAR 16.56065
ZMK 9001.200107
ZMW 19.863078
ZWL 321.999592
SSP 5773.824733
MXV 2.084074
  • AEX

    3.2000

    1105.55

    +0.29%

  • BEL20

    -25.9400

    5737.76

    -0.45%

  • PX1

    -7.3300

    8131.86

    -0.09%

  • ISEQ

    5.7300

    14337.15

    +0.04%

  • OSEBX

    1.2600

    2108.79

    +0.06%

  • PSI20

    21.1600

    9638.63

    +0.22%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -20.9400

    4631.6

    -0.45%

  • N150

    -6.4200

    4271.03

    -0.15%

Huit ans d'enfermement dans la "Maison des miroirs", prison secrète du Bangladesh
Huit ans d'enfermement dans la "Maison des miroirs", prison secrète du Bangladesh / Photo: © AFP

Huit ans d'enfermement dans la "Maison des miroirs", prison secrète du Bangladesh

Détenu au secret dans une prison du Bangladesh pendant huit ans, l'avocat Ahmad Bin Quasem a été libéré le 6 août dans la foulée de la chute du régime de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina.

Taille du texte:

"C'est la première fois que j'ai pu respirer de l'air frais en huit ans", a-t-il déclaré lors d'un entretien exclusif avec l'AFP à son domicile. "Je pensais qu'ils allaient me tuer".

Me Quasem, 40 ans, a été jeté au cours de la nuit du 6 août dans un fossé boueux de la banlieue de Dacca, la capitale, sans avoir été informé des récentes manifestations étudiantes qui ont poussé l'ex-Première ministre déchue Sheikh Hasina à prendre la fuite au terme de 15 ans de pouvoir.

Responsable de son arrestation, Mme Hasina a fui en hélicoptère vers l'Inde le 5 août avant que des manifestants ne prennent d'assaut sa résidence à Dacca.

Son départ a brusquement mis fin à un régime autoritaire accusé de nombreuses violations des droits humains, dont les exécutions extrajudiciaires de milliers d'opposants politiques.

Ahmad Bin Quasem était détenu dans la "Maison des miroirs" (Aynaghar), une geôle à Dacca gérée par les services de renseignement de l'armée bangladaise. Elle porte ce nom car les détenus qui y croupissent ne croisent personne.

Durant ses huit ans de détention, Me Quasem a été menotté 24 heures sur 24 et gardé dans une cellule sans fenêtre.

- Des "cris" -

Les gardiens n'étaient pas autorisés à lui raconter ce qu'il se passait en dehors des quatre murs de sa cellule.

Ils diffusaient de la musique du matin au soir empêchant cet avocat de confession musulmane d'entendre l'appel à la prière des mosquées voisines.

Et lorsque la musique s'arrêtait, les cris d'angoisse poussés par les autres détenus venaient remplir le silence.

"Peu à peu, je me suis rendu compte que je n'étais pas seul", raconte-t-il. "J'entendais des gens pleurer, des personnes se faire torturer, d'autres crier".

Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié l'an dernier, les forces de sécurité du Bangladesh ont été responsables de "plus de 600 disparitions forcées" depuis l'arrivée au pouvoir de Mme Hasina en 2009.

L'existence de la geôle d'Aynaghar a été rendue publique en 2022 par Netra News, une plateforme de presse indépendante dédiée au Bangladesh et basée en Suède.

Mais le gouvernement de Mme Hasina a constamment nié son existence.

Il a également toujours rejeté les accusations de disparitions forcées et d'exécutions extrajudiciaires, affirmant que certaines des personnes recherchées par leur famille s'étaient noyées en mer en tentant de rejoindre l'Europe.

- Fils d'un dirigeant islamiste -

Ahmad Bin Quasem pense savoir pourquoi il a été enlevé en 2016.

Il est le fils de Mir Quasem Ali, riche magnat et important bailleur de fonds du parti Jamaat-e-Islami, le plus grand parti islamiste du Bangladesh.

L'année de son enlèvement, son père a été condamné à mort par un tribunal de guerre controversé pour des crimes commis durant la guerre d'indépendance de 1971 avec le Pakistan et a été exécuté par pendaison.

Un groupe d'experts sur les droits humains des Nations unies avait demandé aux autorités du Bangladesh d'annuler la condamnation à mort d'Ali et de le rejuger conformément aux normes internationales.

Me Quasem, inscrit au barreau de Londres, a représenté son père lors du procès. Et a ouvertement critiqué dans la presse ce tribunal, mis en place en 2010 par le gouvernement de Mme Hasina afin de museler l'opposition, selon les islamistes.

Ses prises de position lui ont mis une cible dans le dos, estime-t-il aujourd'hui.

Une nuit, des hommes en civil sont entrés chez lui, l'ont arraché à sa famille, traîné dans les escaliers et jeté dans une voiture qui l'attendait.

"Jamais je n'aurais pu croire, même dans mes rêves les plus fous, qu'ils me feraient disparaître quelques jours seulement avant l'exécution de mon père".

Son père a été pendu quatre semaines après son enlèvement. M. Quasem, lui, ne l'a appris que trois ans plus tard par un gardien de sa prison qui a accidentellement laissé échapper cette information.

- "Huit vies" -

Après avoir été abandonné dans un fossé de Dacca le 6 août, Quasem a marché toute la nuit dans l'espoir de retrouver le chemin de sa maison.

Coup du destin, il est tombé sur une clinique médicale dont son défunt père avait été administrateur.

Reconnu par un membre du personnel, il a pu emprunter un téléphone pour contacter sa famille qui a couru le rejoindre.

M. Quasem a rapidement été mis au courant des événements ayant précédé sa libération: les manifestations, la répression meurtrière puis la chute du régime de Mme Hasina.

"Tout cela a été rendu possible par quelques adolescents", dit-il incrédule. "Lorsque je vois ces enfants montrer le chemin (...) j'espère que cela sera l'opportunité pour le Bangladesh de prendre une nouvelle direction".

Mais les traces et le traumatisme de ses huit années en détention restent intactes.

Son visage est amaigri et son épaisse chevelure d'antan s'est réduite à peau de chagrin.

Tahmina Akhter, son épouse, raconte pour sa part avoir été ostracisée par les autres mères de l'école où sont scolarisés leurs enfants.

A chaque anniversaire de la disparition de son époux, sa famille était harcelée et sommée de ne plus en parler.

Leur fille aînée, âgée de quatre ans lors de l'enlèvement, a été témoin de la scène et en porte encore les séquelles.

"Nous n'avons pas eu l'impression que huit ans se sont écoulés", confie la mère de M. Quasem, Ayesha Khatoon. "Nous avons plutôt l'impression d'avoir eu huit vies".

J.P.Estrada--TFWP