The Fort Worth Press - Asti Spumante, ces bulles freinées dans leur élan par la guerre en Ukraine

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Asti Spumante, ces bulles freinées dans leur élan par la guerre en Ukraine
Asti Spumante, ces bulles freinées dans leur élan par la guerre en Ukraine

Asti Spumante, ces bulles freinées dans leur élan par la guerre en Ukraine

Des vignobles vallonnés s'étendent à perte de vue en contrebas du domaine de la Caudrina, niché dans les collines paisibles des Langhe dans le Piémont, berceau de l'Asti Spumante. Mais la guerre en Ukraine est venue troubler cette quiétude, freinant ses exportations vers l'Est.

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Au-delà du choc de l'invasion par la Russie de son voisin, "l'impact a été lourd" pour la Caudrina, arrêtant net ses ventes à l'Ukraine, raconte Marco Dogliotti, fils du propriétaire de cette société agricole située à Castiglione Tinella, au sud de Turin.

"Depuis 2017, nous exportions quelque 4.000 bouteilles par an à l'Ukraine, dont 80% d'Asti Spumante, avec un bon chiffre d'affaires. Malheureusement, ce marché, en plein essor en 2021, est maintenant totalement perdu", regrette-t-il.

L'Italie est le premier fournisseur de vin pour la Russie et l'Ukraine, loin devant la France. Plus d'un quart des exportations d'Asti Spumante, dont la production a grimpé de 12% en 2021, allaient dans ces deux pays, très friands de sa douceur et de ses fines bulles.

- 14 millions de bouteilles -

"Nous espérons que la guerre se terminera au plus vite. D'un point de vue économique, il est indéniable que pour nous, les marchés russe, ukrainien et biélorusse représentent 14 millions de bouteilles par an", a déclaré à l'AFP Flavio Scagliola, vice-président du consortium de l'Asti DOCG.

Deux palettes de ce vin pétillant très populaire étaient prêtes à partir de la Caudrina vers l'Ukraine quand la guerre a éclaté. "Le jour de l'invasion, nos importateurs étaient tranquilles, ils n'imaginaient pas un tel désastre, mais le lendemain ils ont pris la fuite", se souvient Marco Dogliotti.

Barbe naissante, petit sourire en coin, ce viticulteur âgé de 39 ans se dit "passionné" par son métier et est désormais à la recherche de nouveaux débouchés dans le monde, que se soit au Japon, en Australie ou encore au Nigeria.

L'entreprise familiale, fondée dans les années 40 par son grand-père, exporte près de 40% de son vin, cultivé sur 25 hectares, et produit aussi du Muscat blanc et du Barbera, un cépage rouge.

Si l'Asti Spumante figure bel et bien sur la liste des produits de luxe dont l'Union européenne a interdit à la mi-mars l'exportation en Russie, à l'instar des champagnes et grands crus, il devrait y échapper dans la mesure où seules des bouteilles d'une valeur supérieure à 300 euros sont a priori concernées.

"Très peu de vins italiens rentrent dans cette catégorie, à part les grands crus comme les Super Toscans, le Brunello di Montalcino ou alors le Barolo piémontais qui sont vendus à des prix très élevés", a commenté à l'AFP Denis Pantini, responsable agroalimentaire et vins de l'observatoire Nomisma.

- 'Barolo Boys' -

Pour l'Asti Spumante, "le risque n'est pas tellement lié à un blocus des exportations mais plutôt au problème des paiements après l'exclusion de Moscou du réseau de messagerie bancaire Swift, à l'effondrement du rouble et aux difficultés apparues dans le transport", a-t-il expliqué.

Mais certains exportateurs de vin italien arrivent à contourner les obstacles, en passant par la Biélorussie ou la Lettonie et les quelques banques russes qui ne sont pas exclues du Swift, selon des sources du secteur.

La guerre en Ukraine a également aggravé la pénurie de matières premières et l'envolée de leur prix dont souffre la viticulture depuis l'an dernier, comme le manque de carton, de verre ou d'aluminium, dont la Russie est le troisième producteur mondial et qui sert à faire des capsules.

"Nous étions à deux doigts d'arrêter nos ventes la semaine dernière, faute de carton pour les emballages, mais à la dernière minute, notre fournisseur a pu nous en procurer", confie Giovanni Correggia, 29 ans, à la tête d'un producteur de vins bio raffinés à Canale dans la région de Roero, qui jouxte les Langhe.

Son père, Matteo Correggia, faisait partie des célèbres "Barolo Boys", qui ont révolutionné dans les années 80/90 les vins de leur territoire et ont réussi à les faire connaître dans le monde entier, à commencer par les Etats-Unis.

Quant à la Russie, l'expérience de la petite entreprise italienne fondée en 1985 a tourné au vinaigre: au bout de quelques années de collaboration, son importateur moscovite a dû mettre la clef sous la porte en 2018, soupçonné de blanchiment d'argent, laissant de gros impayés.

M.T.Smith--TFWP