The Fort Worth Press - En Amazonie équatorienne, le pétrole de la discorde

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En Amazonie équatorienne, le pétrole de la discorde
En Amazonie équatorienne, le pétrole de la discorde / Photo: © AFP

En Amazonie équatorienne, le pétrole de la discorde

L'avertissement est clair, en langue waorani c'est un chant de guerre: "nous n'autoriserons pas les +kowori+ (étrangers) à pénétrer dans le bloc 43". Mais pour une fois, il ne s'adresse pas aux entreprises pétrolières, mais à des défenseurs de l'environnement.

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Dans la réserve naturelle de Yasuni, dans le nord-est amazonien de l'Equateur, un référendum le 20 août sur la suspension de l'exploitation pétrolière divise, y compris au sein des communautés indigènes.

Réclamée par le groupe environnemental Yasunidos depuis dix ans, cette consultation nationale finalement autorisée en mai dernier par la plus haute juridiction du pays doit décider de l'avenir du bloc Ishpingo, Tambococha et Tiputini (ITT), connu comme "bloc 43", en limite du parc de Yasuni, dont le million d'hectares de forêt humide constitue une réserve mondiale de biodiversité.

Favorables à la poursuite de l'extraction, des femmes à demi-nues escortés de guerriers lance à la main entonnent leur chant de guerre devant les journalistes conviés par la compagnie pétrolière nationale Petroecuador.

Elles "appellent à consulter les vrais propriétaires de la terre", comme les Waorani, et non l'ensemble de la population équatorienne, explique Felipe Ima, l'un des leaders de la communauté de Kawymeno à laquelle elles appartiennent, la seule du peuple waorani dans la zone du bloc 43, à l'extrême est de la province d'Orellana, frontalière avec le Pérou.

- "Santé et éducation" -

Ses 400 membres, ainsi que certaines communautés voisines du peuple kichwa, estiment que l'exploitation pétrolière pallie l'absence de l'Etat : "S'il n'y avait pas d'industrie pétrolière, nous n'aurions pas (...) d'éducation, de santé, de bien-être familial", déclare à la presse Panenky Huabe, chef de la communauté dont plusieurs travaillent pour Petroecuador.

L’exploitation pétrolière a débuté à grande échelle en Equateur dans les années 70, au rythme de la colonisation économique des régions amazoniennes voulue par l'Etat. Le président de gauche Rafael Correa (2007-2017) avait approuvé l'exploitation pétrolière dans le Yasuni après avoir vainement tenté de faire compenser par un plan international de 3,6 milliards de dollars la non-exploitation du gisement au nom de la protection de l'environnement.

Le brut a commencé à couler en 2016 et contribue aujourd'hui à hauteur de 57.000 barils par jour (bd) à la production totale de l'Equateur (464.000 entre janvier et avril).

Premier produit d'exportation du pays, l'or noir rapporte 12 milliards de dollars de revenus par an en moyenne, une bénédiction pour les caisses de l'Etat et le "développement" du pays, selon les autorités. Une malédiction selon les écologistes, alors que la forêt recule inéluctablement et que la pollution à grande échelle poursuit ses méfaits, accusent-ils.

D'autres champs pétrolifères que l'ITT sont déjà exploités depuis des années dans le Yasuni, et le bloc "43 est la seule partie (de la forêt) qu'il reste à sauver avec le référendum", assure à l'AFP Pedro Bermeo, avocat et porte-parole du collectif Yasunidos.

- "Signe d'espoir" -

Le référendum suscite des divisions au sein même du peuple waorani, qui compte quelque 4.800 membres et possède environ 800.000 hectares de forêt dans les provinces d'Orellana, Pastaza et Napo.

De passage la semaine dernière à Paris au côté de la Suédoise Greta Thunberg, la militante équatorienne Helena Gualinga, du peuple amazonien Sarayaku, a souligné que cette consultation "est un précédent extrêmement important, qui peut être reproduit dans le monde entier et devrait être un signe d'espoir (...) que les gens peuvent décider de la direction qu'ils veulent prendre" quant à l'avenir écologique de leurs territoires.

En 2019, les Waorani de Pastaza ont obtenu une décision de justice historique qui empêche les compagnies pétrolières de pénétrer sur 180.000 hectares de territoire vierge.

A l'entrée d'Ishpingo A, un indigène en bleu de travail et une bande rouge peinte sur les yeux, affirme que "nous continuerons à travailler" pour l'ITT car "l'or noir profite à tous".

Pour exploiter le bloc, Petroecuador est autorisée à intervenir sur quelque 300 hectares du Yasuni; elle dit en avoir à peine utilisé 80 hectares. Les champs de l'ITT ont déjà rapporté 4,2 milliards de dollars à l'Etat et ses réserves sont estimées à 282 millions de barils sur un total de 1,2 milliard.

Si le référendum décide de la fin de l'exploitation, les pertes seront considérables, met en garde Petroecuador : 16,47 milliards de dollars perdus sur 20 ans, abandon de gisements et des investissements déjà réalisés, chômage, prévient à l'AFP le directeur de l'entreprise, Ramon Correa. Ceci alors que "l'ITT est le quatrième champ le plus important du pays et le plus jeune (dix ans)".

H.Carroll--TFWP