The Fort Worth Press - En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'argent chinois afflue et suscite la frustration

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En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'argent chinois afflue et suscite la frustration
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'argent chinois afflue et suscite la frustration

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'argent chinois afflue et suscite la frustration

Dans la capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les bidonvilles sans eau ni électricité qui entourent les gratte-ciel modernes jouxteront bientôt l'un des plus importants projets immobiliers de la ville côtière : un Chinatown rutilant.

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Pékin investit des sommes considérables en Papouasie-Nouvelle-Guinée - un joyau de la couronne du Pacifique riche en ressources mais l'un des pays les plus pauvres au monde - en raison de son vaste potentiel et de sa proximité avec des routes maritimes cruciales.

De nombreux projets chinois voient le jour à Port Moresby, comme un complexe de 414 millions de dollars - le plus gros investissement de Pékin dans le pays - qui comprendra un cinéma, un hôtel, des appartements et des restaurants.

Mais les locaux sont mécontents de ne pas tirer de bénéfices réels des grandes dépenses de Pékin, se plaignant que des milliers de Chinois sont envoyés par avion et payés pour travailler sur de grands projets, mais qu'ils envoient l'argent dans leur pays d'origine.

"Pourquoi sommes-nous laissés de côté? Ce que les Chinois peuvent faire, notre peuple peut le faire", déclare l'ancien député Gabia Gagarimabu, 62 ans.

"Ils viennent et nous restons là à regarder", déplore-t-il.

Les constructions chinoises inachevées ou inutilisées suscitent également des craintes quant aux bénéfices de l'aide de Pékin et alimentent les soupçons d'aggravation de la corruption dans le pays.

Les grues restent immobiles sur le vaste site de Chinatown après des années de retards dus à Covid-19.

Un gratte-ciel construit par la Chine, le plus haut du pays avec ses 23 étages, domine l'horizon de la ville mais reste vide après que les autorités y ont constaté de multiples défauts.

"Les projets deviennent des projets fantômes. Où est l'argent? Où est le développement?", s'interroge M. Gagarimabu.

- "Discriminations" -

Si Pékin dépense autant dans le pays le plus peuplé du Pacifique Sud, c'est en raison de sa "situation stratégique, de l'abondance de pétrole et de gaz, de minéraux et de nombreuses opportunités", a observé un diplomate occidental sous le couvert de l'anonymat.

La Chine est aujourd'hui le deuxième partenaire commercial du pays, derrière l'Australie, ancienne puissance coloniale, et Pékin investit massivement dans la construction, mais aussi dans l'énergie, les ressources, le commerce de détail et les télécommunications.

Une nouvelle autoroute à six voies traverse désormais la capitale.

L'entrée d'une école de 3.000 élèves est ornée d'écritures en mandarin, tandis que des arrêts de bus avec une signalisation en chinois, construits pour le sommet de l'APEC de 2018, parsèment le centre-ville.

Les investissements de la Chine ne comportent "aucune contrainte politique" et visent à améliorer le niveau de vie local, a écrit en 2022 le journal d'Etat Global Times dans un éditorial.

Les migrants chinois se sont installés pour la première fois dans les îles du Pacifique au XIXe siècle, mais un nouvel afflux - parfois illégal - depuis les années 1980 les a déjà placés au centre de troubles politiques.

La dernière vague de travailleurs des "Nouvelles routes de la soie" n'a fait qu'exacerber les tensions communautaires, provoquant des émeutes et des pillages contre les entreprises chinoises.

Certains travailleurs chinois refusent de parler de la situation, tandis que d'autres se montrent plus ouverts.

"Ils (les Chinois) font l'objet de discriminations au niveau local. Je le ressens un peu", raconte Chen Jing, 46 ans, propriétaire d'une boutique de réparation de téléphones.

- "Tout prendre" -

Malgré une vague de mécontentement, la Papouasie-Nouvelle-Guinée est allée de l'avant et, en 2018, est devenue le premier pays du Pacifique à signer un protocole d'accord dans le cadre de l'initiative chinoise des "Nouvelles routes de la soie", d'une valeur de 1.000 milliards de dollars, un projet géopolitique clé du président Xi Jinping.

L'année suivante, les principales entreprises chinoises opérant dans le pays - pour la plupart des sociétés d'Etat - sont passées de 21 à 39, selon Peter Connolly, qui étudie les projets chinois dans le Pacifique à l'université nationale australienne.

Dans une supérette chinoise recouverte de barres de métal pour protéger les employés des braquages, le gérant des lieux, Vincent He, exprime son soutien à l'arrivée d'un plus grand nombre de travailleurs en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

"Il y a des tâches qu'ils ne peuvent tout simplement pas accomplir. Ils ne peuvent pas nous aider à gérer ces magasins", affirme l'homme d'affaires de la province chinoise de Fujian, en passant de l'anglais au mandarin pour ne pas être compris des autochtones.

Mais l'activité commerciale croissante de la Chine alimente le ressentiment, car les habitants "craignent pour leur sécurité économique et leur emploi", a relevé Sinclair Dinnen, professeur associé à l'université nationale australienne.

Ils affirment que les migrants chinois relativement aisés ne se mêlent pas à la société, envoient leurs revenus chez eux et ne les réinvestissent pas dans un pays où près de 40% des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté.

"On ne nous donne pas d'opportunités. Si nous continuons ainsi, nous n'aurons bientôt plus d'endroit où travailler", redoute Heather Yaninen, 60 ans, qui tient une échoppe de produits cosmétiques. "Ils vont venir et tout prendre."

F.Garcia--TFWP