The Fort Worth Press - "Myopie" et "déni", les marchés boursiers ignorent le réchauffement climatique

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"Myopie" et "déni", les marchés boursiers ignorent le réchauffement climatique
"Myopie" et "déni", les marchés boursiers ignorent le réchauffement climatique / Photo: © AFP/Archives

"Myopie" et "déni", les marchés boursiers ignorent le réchauffement climatique

La crise, quelle crise? En même temps que les records de température qui assèchent l'Europe, les Bourses ont battu leurs propres records à la hausse début août, ignorant encore les conséquences du réchauffement climatique.

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Les indices boursiers ont atteint des sommets historiques à Paris, Francfort, Madrid et Milan entre le 3 et le 11 août, signe que les canicules, incendies et sécheresses ne sont pas des informations qui font bouger les marchés("market moving en anglais").

Les Bourses ont été portées par d'excellents résultats d'entreprises au deuxième trimestre, malgré le choc externe de la guerre au Moyen-Orient.

"La saison des résultats est tellement forte et la préoccupation numéro un, en termes d'inflation, étant essentiellement la situation en Iran, (le résultat est, NRLR) que le réchauffement climatique est plutôt de second ordre", selon l'analyste Florian Ielpo de la banque suisse Lombard Odier, joint par l'AFP.

Croissance, inflation, taux d'intérêt, prix du pétrole, bonne santé de la tech ou risque d'explosion d'une bulle de l'intelligence artificielle: du lundi au vendredi, analystes et investisseurs intègrent ("pricent" en anglais) toutes les informations disponibles.

Mais pas le réchauffement provoqué par les activités humaines.

"Même si les problèmes de l’Europe ne font qu’empirer avec les températures anormalement élevées de cet été, l’assèchement des fleuves et les nouvelles perturbations du transport sur le continent, les prévisions de bénéfices pour les entreprises du Stoxx 600 (l'indice boursier des 600 principales capitalisations européennes, NDLR) continuent de grimper!", s'étonnait mercredi l'analyste Ipek Ozkardeskaya dans sa note quotidienne aux clients de la banque Swissquote.

A l'inverse des marchés, l'économie est rattrapée par les catastrophes climatiques.

Les canicules à répétition vont coûter "10 à 15 milliards d'euros" en France, d'après la ministre de la Transition Ecologique Monique Barbut, même si la croissance reste positive (0,2% au deuxième trimestre).

En Allemagne, l'assèchement du Rhin touche des industries lourdes cotées en Bourse.

"Thyssenkrupp a ainsi confirmé que son site sidérurgique de Duisbourg subissait désormais des perturbations dans l'approvisionnement en matières premières", écrivait jeudi l'analyste John Plassard dans sa note de Cité Gestion.

- "Enclins à la myopie" -

Cela n'a pas empêché l'action de Thyssenkrupp de gagner 9,07% jeudi en réaction à de bons résultats et des perspectives encourageantes.

Joint par l'AFP, John Plassard parle d'un "déni total de l'investisseur" face au climat ou d'autres réalités comme les conséquences de la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz.

"Quel que soit le secteur, tech, pharmacie...les entreprises ne parlent pas aujourd'hui de la canicule", détaille-t-il.

"Les marchés financiers restent enclins à la myopie. Ils intègrent le plus souvent les risques dans un horizon de deux à trois ans. Les risques climatiques (...) ne se plient pas aux cycles de marché", ajoute en Allemagne le gestionnaire de fonds Metzler Asset Management.

L'impact du réchauffement sur les marchés "ne sera pas immédiat, sauf pour certaines entreprises directement touchées", décrypte pour l'AFP Ipek Ozkardeskaya.

"Mais à plus long terme (sur un horizon de 5 à 15 ans), les secteurs les plus vulnérables sont l'agriculture et l'alimentation (baisse des rendements des cultures et hausse des prix des intrants); l'assurance (augmentation des sinistres et des coûts de réassurance)", détaille-t-elle.

Elle cite également l'énergie, l'industrie, la chimie, les transports, le tourisme, l'immobilier.

"Le changement climatique pourrait simultanément affaiblir la productivité et la croissance tout en faisant monter durablement les coûts de l'alimentation, de l'énergie, de l'assurance, des infrastructures et, en fin de compte, l'inflation", ajoute-t-elle. "Les niveaux de dette souveraine augmenteraient également sous l'effet de besoins de dépenses accrus".

Interrogés sur le réchauffement, les professionnels de l'investissement répondent évidemment fonds vert et autres placements RSE (Responsabilité sociale et environnementale).

"Nous observons une utilisation croissante des fonds durables (Environnement, Social, Gouvernance - ESG) au cours des dernières années", souligne en Allemagne un porte-parole de BNP Paribas Personal Investors, Axel Hartmann.

Du côté du gestionnaire de fonds Metzler Asset Management, on voit sur les marchés "une demande claire pour des thèmes d'investissement liés à l'électrification, à la décarbonation et à l'indépendance vis-à-vis des énergies fossiles".

Mais "tous secteurs et régions confondus, nous n'observons pas encore de tendance structurelle à l'achat qui favoriserait les entreprises les plus avancées" en la matière.

P.Navarro--TFWP