The Fort Worth Press - Au Kenya, des milliers de déplacés par la montée des eaux du célèbre lac Naivasha

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Au Kenya, des milliers de déplacés par la montée des eaux du célèbre lac Naivasha
Au Kenya, des milliers de déplacés par la montée des eaux du célèbre lac Naivasha / Photo: © AFP

Au Kenya, des milliers de déplacés par la montée des eaux du célèbre lac Naivasha

Généralement occupés par les touristes, des bateaux du célèbre lac Naivasha, dans le centre du Kenya, voguent cette fois entre des maisons englouties, remplis de mobilier sauvé des inondations qui ont ces dernières semaines déplacé des milliers d'habitants de ses rives.

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Pourtant au fait des humeurs de cette vaste étendue d'eau située dans la vallée du Rift et dont le niveau augmente depuis plus d'une décennie, les habitants restés dans le modeste quartier Kihoto, aux trois quarts submergé ces dernières semaines, sont abasourdis.

"Ca n'avait jamais été à ce point", raconte à l'AFP Rose Alero, une habitante, évoquant l'eau montant d'abord lentement avant d'accélérer, précipitant des enfants hors des écoles, certains sur des radeaux de fortune, d'autres bravant l'eau à pied.

"Tant de gens ont été touchés (...) Les gens souffrent" et "beaucoup sont malades", soupire cette grand-mère de 51 ans. Chez elle, l'eau arrive au-dessus de la taille et partout dans le quartier, les toilettes débordent. "Ce n'est pas vraiment un endroit où rester, c'est juste que les gens n'ont pas le choix."

Assis sur son lit à moitié immergé, bottes en caoutchouc aux pieds, Stanley Ng'ang'a raconte lui aussi "la vie difficile", au milieu des eaux usées "pas bonnes pour la santé".

D'autres ont tout perdu. En témoignent des centaines de maisons du quartier entièrement immergées, des églises en ruines, des écoles et un poste de police sous l'eau, entourés d'herbes flottantes.

- "Rythme alarmant" -

Joyce Cheche, cheffe de gestion des risques de catastrophes du comté de Nakuru, estime que 7.000 personnes vivant autour du lac ont été déplacées par la montée des eaux qui a également impacté la faune sauvage et menace de nombreuses activités touristiques et économiques.

Le comté a aidé au transports de nombreuses victimes et mis en place des mesures sanitaires, assure-t-elle. Mais personne n'a encore reçu de compensation financière.

De nombreux salariés des entreprises d'horticulture de la zone ont toutefois refusé de partir, s'inquiète la fonctionnaire, évoquant le risque d'épidémie de choléra et d'effondrements. Mais aussi de rencontres dangereuses avec des hippopotames, très nombreux dans le lac.

"En une semaine, la situation s'est dégradée à un rythme alarmant, nous ne l'avons pas vu venir", admet Joyce Cheche. Lors de ces crues, le lac a "gagné un kilomètre, peut-être 1,5km" à l'intérieur des terres, note Joyce Cheche, un phénomène selon elle inédit.

"Chaque jour, l'eau progresse d'environ un mètre" sur les rives, s'effraie Peter Mwaura, un entrepreneur de 45 ans de Kihoto, tout en soulignant que l'eau est un "défi majeur" depuis deux décennies.

Sur les bords du lac, les troncs nus d'acacias autrefois verdoyants baignent dans une eau qui ne cesse de s'étendre, année après année, sur le rivage.

Ce phénomène est observé dans les autres lacs de la vallée du Rift et a déplacé des centaines de milliers de personnes. De nombreuses études l'expliquent principalement par l'augmentation des précipitations dues au changement climatique.

- Tectonique -

Mais pour d'autres, dont le géologue kényan John Lagat, gestionnaire régional à la Société de développement géothermique publique, "la cause principale est la tectonique", la chaîne de ces lacs s'étendant le long d'une longue faille géologique.

A l'arrivée des colons anglais à la fin du XIXe siècle, le lac était encore plus large qu’aujourd’hui, note-t-il auprès de l'AFP, avant de régresser en raison de mouvements des plaques tectoniques. En 1921, le lac ne faisait qu'un kilomètre de diamètre, indique-t-il également.

Aujourd'hui, la majeure partie de la zone, au lieu d'avoir des écoulements souterrains, est scellée en profondeur et par conséquent, "il y a plus d'eau retenue que d'eau s'écoulant des lacs", poursuit-il.

L'augmentation des précipitations et la dégradation des terres qui s'est accélérée avec l'augmentation de la population, jouent également un rôle "substantiel", concède-t-il.

Joyce Cheche avance elle aussi le changement climatique et la dégradation des terres parmi d'autres facteurs et pronostique que le lac Naivasha "ne régressera pas".

"Nous sommes très inquiets", souffle Rose Alero qui craint déjà les pluies à venir. "Nous ne pouvons pas prévoir ce qui se passera".

C.M.Harper--TFWP