The Fort Worth Press - Bolivie : entre cendres et semences, les défis des paysans de la Chiquitania

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Bolivie : entre cendres et semences, les défis des paysans de la Chiquitania
Bolivie : entre cendres et semences, les défis des paysans de la Chiquitania / Photo: © AFP

Bolivie : entre cendres et semences, les défis des paysans de la Chiquitania

Dévorée il y a moins d'un an par les pires incendies qu'a connus la Bolivie, la végétation reprend lentement autour des champs de sésame de Julia Ortiz, une agricultrice indigène de la région de la Chiquitania, dans l'Est du pays.

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Alors que sa communauté mise sur une méthode innovante de reforestation à l'aide de "bombitas" (petites bombes) en terre remplies de graines et projetées par drone, les troncs calcinés à ses pieds témoignent d'un récent brûlis.

La pratique, qui consiste à brûler une parcelle pour ensuite pouvoir la cultiver, est parfois à l'origine de violents incendies, notamment depuis que les épisodes de sécheresse s'intensifient et se prolongent sous l'effet du changement climatique, selon les scientifiques.

Julia Ortiz se souvient encore du combat contre les flammes mené pendant toute une nuit avec sa famille il y a cinq ans lors d'un "chaqueo" (brûlis) non maîtrisé. La pratique est largement répandue autant parmi les petites que les grandes exploitations agricoles du pays.

"Ca peut arriver à tout le monde. La plupart d'entre nous vivons de l'agriculture et nous devons faire des chaqueos", explique la paysanne de 46 ans en ramassant des tiges de sésame qu'elle fera ensuite sécher au soleil.

Entre juin et octobre dernier, les flammes ont ravagé l'immense région, qui abrite un écosystème unique de forêts tropicales sèches.

Selon l'ONG Institut bolivien de recherche forestière (Ibif), 10,7 millions d'hectares ont brûlé, soit l'équivalent de la superficie du Portugal.

Au moins quatre personnes sont mortes, selon le gouvernement, et 75.000 familles ont été touchées, notamment à Santa Ana de Velasco, la communauté de Julia Ortiz située à 430 km de la grande ville de Santa Cruz.

Carmen Peña, une habitante de 59 ans du village aux rues en terre entouré de prairies et de forêts, a lutté en vain contre les flammes l'année dernière, mais a fini par perdre ses cultures de manioc et de bananes.

"Je ne sais pas comment nous allons survivre, car notre nourriture s'épuise", se lamente l'agricultrice, qui dépend entièrement de sa récolte pour vivre, comme la plupart des habitants de Santa Ana.

- "Risque de désertification" -

Selon David Cruz, spécialiste du changement climatique à l'Université publique Mayor de San Andrés, à La Paz, "les sols où se produisent les incendies de forêt sont exposés au risque de désertification".

Mais malgré cette situation, la pratique des brûlis avec le risque qu'elle induit se poursuit.

"Si on avait des tracteurs, il n'y aurait pas besoin de chaqueo", confie Julia Ortiz. Comme les 1.700 habitants de sa communauté, elle n'a pas les moyens d'en acheter un ni même de le louer.

Elle dit avoir demandé l'aide de la municipalité mais celle-ci lui aurait répondu que ses engins, très sollicités, étaient en panne.

"C'est ainsi que nous travaillons, en courant le risque que le feu devienne incontrôlable. Mais c'est tout ce que nous avons", souligne-t-elle.

Pour David Cruz, l'État favorise la déforestation en exemptant de sanctions les responsables d'incendies, en accordant des délais pour se conformer aux lois environnementales et en autorisant les brûlis sur de vastes surfaces.

Selon un rapport de l'Ibif, 63,6% de la superficie endommagée par les incendies de 2024 se trouvaient dans des zones boisées, ce qui pourrait être la preuve d'une "forte pression pour étendre la frontière agricole".

Consciente des ravages causés par les incendies, Santa Ana mise, avec le soutien de fondations locales et étrangères, sur une méthode de reforestation par drones.

Dès mars, quelque 250.000 "bombitas" remplies de graines d'espèce natives confectionnées par les femmes de la communauté seront larguées sur 500 hectares grâce à l'appui des fondations Swisscontact et Flades.

Dans le village, il ne reste quasiment plus que des femmes et des enfants, la plupart des hommes étant partis chercher du travail ailleurs.

"Sans forêts, nous n'aurons pas d'eau", assure à l'AFP Joaquin Sorioco, paysan et technicien en agroforesterie de Santa Ana. "Cette culture que nous réalisons va aider à retenir plus d'humidité", poursuit-il.

Malgré les pluies qui ont suivi la sécheresse, l'eau reste insuffisante pour la consommation humaine, et les cultures continuent de se dessécher dans les champs.

Du côté de la fondation Flades, l'espoir réside aussi dans un changement de pratiques.

"Ce que nous avons vécu l'an dernier a été très difficile. Mais, d'une certaine manière, cela a permis une prise de conscience", assure son directeur Mario Rivera, qui veille à sensibiliser les populations locales au danger des brûlis.

T.Mason--TFWP