The Fort Worth Press - Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts

USD -
AED 3.6725
AFN 65.485115
ALL 80.791633
AMD 366.139912
AOA 917.000054
ARS 1496.269801
AUD 1.416571
AWG 1.8
AZN 1.70233
BAM 1.693949
BBD 2.013026
BDT 123.715983
BHD 0.376932
BIF 2982.370289
BMD 1
BND 1.281592
BOB 12.13835
BRL 5.134603
BSD 0.999498
BTN 95.018556
BWP 13.553788
BYN 2.956053
BYR 19600
BZD 2.010125
CAD 1.401545
CDF 2259.999967
CHF 0.807095
CLF 0.023161
CLP 914.530083
CNY 6.75355
CNH 6.747275
COP 3190.68
CRC 453.238407
CUC 1
CUP 26.5
CVE 95.502261
CZK 20.93465
DJF 177.971203
DKK 6.47132
DOP 58.289594
DZD 132.814739
EGP 49.818698
ERN 15
ETB 161.315515
EUR 0.865703
FJD 2.2105
FKP 0.743223
GBP 0.742095
GEL 2.610325
GGP 0.743223
GHS 11.71809
GIP 0.743223
GMD 74.000107
GNF 8778.949921
GTQ 7.623551
GYD 209.07221
HKD 7.84385
HNL 26.788962
HRK 6.523198
HTG 130.679554
HUF 313.085503
IDR 17851
ILS 3.00375
IMP 0.743223
INR 95.01405
IQD 1309.307281
IRR 1375124.999854
ISK 122.769969
JEP 0.743223
JMD 158.828319
JOD 0.708988
JPY 157.511505
KES 129.370099
KGS 87.45039
KHR 4050.806134
KMF 428.000033
KRW 1422.660255
KWD 0.30924
KYD 0.83294
KZT 469.017006
LAK 22593.007998
LBP 89500.13208
LKR 335.394689
LRD 180.402482
LSL 16.396785
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.361621
MAD 9.315335
MDL 17.365547
MGA 4254.268776
MKD 53.292106
MMK 2099.302342
MNT 3598.197717
MOP 8.074676
MRU 40.078643
MUR 46.990135
MVR 15.460385
MWK 1733.030205
MXN 17.209805
MYR 4.094098
MZN 63.883311
NAD 16.396785
NGN 1361.769724
NIO 36.783939
NOK 9.50963
NPR 152.030834
NZD 1.699305
OMR 0.384498
PAB 0.999476
PEN 3.383395
PGK 4.481283
PHP 60.611009
PKR 277.52646
PLN 3.72163
PYG 5960.609053
QAR 3.654056
RON 4.542697
RSD 101.600412
RUB 80.977776
RWF 1468.233175
SAR 3.752529
SBD 8.071551
SCR 13.412956
SDG 600.503561
SEK 9.4778
SGD 1.28076
SLE 23.90005
SOS 571.205855
SRD 37.66802
STD 20697.981008
STN 21.219838
SVC 8.745171
SZL 16.383518
THB 33.081999
TJS 9.224886
TMT 3.51
TND 2.932668
TRY 47.57583
TTD 6.779955
TWD 32.298499
TZS 2649.99798
UAH 44.726481
UGX 3727.762476
UYU 40.187774
UZS 11881.376778
VES 754.21125
VND 26251
VUV 119.564009
WST 2.736752
XAF 568.132273
XAG 0.016031
XAU 0.000235
XCD 2.70255
XCG 1.801269
XDR 0.707453
XOF 568.134733
XPF 103.292972
YER 238.349984
ZAR 16.299894
ZMK 9001.197757
ZMW 19.079252
ZWL 321.999592
  • AEX

    -1.1100

    1111.34

    -0.1%

  • BEL20

    69.0500

    5775.95

    +1.21%

  • PX1

    2.6000

    8669.3

    +0.03%

  • ISEQ

    216.6500

    14016.28

    +1.57%

  • OSEBX

    -5.6500

    2013.36

    -0.28%

  • PSI20

    7.3400

    9176.1

    +0.08%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    87.6700

    4302.47

    +2.08%

  • N150

    7.3200

    4311.78

    +0.17%

Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts
Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts / Photo: © AFP

Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts

Le serpent de béton gris clair s'étire le long des vagues de l'Atlantique qui se brisent inlassablement contre le rivage nigérian. Au tumulte de la mégapole de Lagos succèdent peu à peu des palmeraies éventrées par le tracé de la méga-autoroute et villages de pêcheurs coincés entre les deux fois trois voies et l'océan.

Taille du texte:

Cette nouvelle autoroute, qui doit relier Lagos, au sud-ouest du pays le plus peuplé d'Afrique, à Calabar, près de la frontière avec le Cameroun, longera le littoral nigérian sur 700 kilomètres d'ici 2028.

Elle est l'un des projets-phares du président Bola Tinubu, qui briguera un second mandat lors des élections prévues en janvier 2027 et se veut le reflet ambitieux de ses promesses présidentielles: "révolutionner les transports", "booster le tourisme", "dynamiser l'économie locale", "fournir de l'emploi", avait martelé le chef de l'Etat lors de l'inauguration du premier tronçon, il y a deux ans.

Ce méga-projet, au coût estimé de 11 milliards de dollars et dont la construction a démarré en mars 2024, a été attribué à la société nigériane Hitech, propriété des hommes d'affaires libanais Gilbert et Ronald Chagoury, intimes du chef de l'Etat et promoteurs d'Eko Atlantic, ce quartier de Lagos artificiellement gagné sur la mer et souvent présenté comme le "Dubaï de l'Afrique".

Mais derrière les promesses de développement, nombreux sont ceux qui questionnent la durabilité de cette autoroute littorale alors que la montée des eaux grignote la côte du golfe du Guinée.

- "Déni climatique" -

"Nous assistons à une élévation très rapide du niveau de la mer le long du littoral nigérian", constate l'écologiste nigérian Nnimmo Bassey, qui craint que cette route "soit très vulnérable à la montée du niveau de la mer".

"Ce projet est l'incarnation même du déni climatique", assène-t-il.

Selon une étude publiée en 2022 dans la revue scientifique Journal of African Earth Sciences, 89% des 180 kilomètres de côte de l'Etat de Lagos ont reculé d'en moyenne 2,80 mètres par an entre 1973 et 2019.

L'étude d'impact environnemental de la portion de la route couvrant l'Etat de Lagos, réalisée par le cabinet nigérian Natural Eco Capital et rendue au ministère des Travaux publics en mai 2024, deux mois après le démarrage des travaux, indique qu'une "élévation du niveau de l'eau de 0,5 mètre le long de la côte de Lagos n'aurait pas d'incidence sur le projet" d'autoroute.

Elle stipule qu'une augmentation des températures globales de 1,5 degré entraînerait une élévation de 0,48 mètre du niveau de la mer et à 0,55 mètre en cas d'augmentation de 2 degrés.

Or, les prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) indiquent que le réchauffement dépassera probablement trois degrés d'ici 2100, conduisant à une élévation du niveau des mers supérieur à 0,6 mètre.

Pour réduire les risques, le cabinet propose notamment de "construire des digues" et de "mettre en place des barrières naturelles telles que des ceintures de mangroves et des dunes afin de réduire l'érosion et d'absorber le carbone", sans évoquer leur coût.

Pourtant, le long des 60 premiers kilomètres, nulle trace de digues au large ou de plantations sur le rivage.

L'Afrique se retrouve souvent en première ligne face au changement climatique, bien que le continent contribue le moins aux émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.

L'élévation du niveau des océans est alimentée par le réchauffement climatique via la hausse de la température marine et l'accélération de la fonte des glaciers.

Cette montée des eaux constitue une menace majeure pour les villages côtiers du Nigeria. Plusieurs d'entre eux ont été engloutis par les eaux.

Fin avril, des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montraient les vagues submerger maisons et routes dans la commune d'Ayetoro, dans l'Etat d'Ondo, non loin du futur tracé de l'autoroute.

- Coût du développement -

Dans le village de Mosherel Kawga, à environ 30 kilomètres du point de départ de la "Coastal Road", Lukman Igara, pêcheur de 53 ans, se souvient qu'il y a une vingtaine d'années, "la mer était beaucoup plus loin" et qu'il fallait "marcher longtemps" pour l'atteindre.

L'un de ses voisins, Wasiu Adesanya, 50 ans, se réjouit de la construction de l'autoroute qui permet de désenclaver ce petit village sans eau ni électricité, sans école ni infrastructure de santé, et facilite les trajets vers Lagos.

"De nouvelles personnes viennent ici", se félicite-t-il, notamment acheter les poissons que les femmes des pêcheurs font sécher au soleil à quelques mètres de là.

Toutefois, dans le village, les rumeurs d'éviction prochaine inquiètent. Certains habitants affirment que des représentants de l'Etat leur ont fait savoir que leurs terres seraient bientôt rachetées et qu'ils seraient contraints de quitter les lieux.

"C'est dur à avaler, c'est la terre de nos ancêtres, c'est ici que nous nous sentons chez nous", déplore Lukman qui craint que la seule solution de relogement offerte soit loin de la mer, compromettant son activité de pêcheur et ses revenus.

Juste à côté des habitations de Mosherel Kawga, petits cubes en béton aux toits de tôle, se dresse l'imposant chantier d'un futur hôtel, où les chambres avec vue sur mer se monnaieront à prix fort.

- Destruction des réservoirs de biodiversité -

Dans l'Etat d'Akwa Ibom, au sud-est, l'autoroute doit fendre en deux la forêt de Stubbs Creek, la plus grande de cet Etat, une aire protégée qui abrite des espèces animales et des essences d'arbres menacées.

Selon la Nigerian Conservation Foundation (NCF), le pays a déjà perdu près de 90% de sa couverture forestière au cours des 30 dernières années.

D'après Joel Benson, un universitaire d'Abuja, l'autoroute, en passant par Stubbs Creek, émettrait 3,5 millions de tonnes de CO2, soit "environ 0,6% des émissions annuelles totales du Nigeria", ce qui représenterait une contribution nette au réchauffement climatique et transformerait la forêt de "puits" absorbant le carbone à "une source d'émission du carbone".

Il évalue à 554,8 millions de dollars le coût des émissions liées à ce projet, d'après les prix du carbone fixés par la Banque mondiale (158 dollars par tonne de CO2).

"Ce n'est pas seulement une forêt, c'est un haut lieu de la biodiversité qui assure la protection du littoral et offre une défense naturelle à de nombreuses communautés du delta du Niger", explique à l'AFP Tijah Bolton Akpan, de l'ONG Policy Alert qui réclame un reroutage de l'autoroute afin de contourner la forêt.

Cette région du sud du Nigeria est ravagée depuis des décennies par la pollution environnementale lié à l'exploitation du pétrole et du gaz et près de 2% des mangroves du pays ont déjà disparu, selon la plateforme Global Mangrove Watch.

Les riverains "souffrent depuis longtemps des impacts négatifs des opérations pétrolières, et perdre leur forêt atteindrait un nouveau niveau de souffrance" car ils "dépendent" de la forêt "pour assurer leurs moyens de subsistance".

Le ministère des Travaux publics, le gouvernement de l'Etat de Lagos et Hitech n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

T.Gilbert--TFWP