The Fort Worth Press - Au marché d'Aligre, le paradoxe des fruits de saison

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Au marché d'Aligre, le paradoxe des fruits de saison
Au marché d'Aligre, le paradoxe des fruits de saison / Photo: © AFP/Archives

Au marché d'Aligre, le paradoxe des fruits de saison

"L'abricot, c'est trop tôt": dans les allées du marché parisien d'Aligre, des consommateurs se voulant responsables reluquent avec méfiance fraises et fruits à noyaux, arrivés à maturité plus tôt après la vague de chaleur de début mai.

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"Je n'ai pas encore acheté de fraises, je les ai vues arriver sur les étals, mais pour moi ce n'était pas encore la saison. Les cerises, il faut aussi attendre un peu", explique Marianne, 35 ans, employée dans le quartier.

A ses côtés, France, 64 ans, retraitée du secteur de la mode, acquiesce. "J'achète à l'instinct. L'abricot, c'est trop tôt", tranche-t-elle, expliquant refuser de remplir son panier de fruits venus d'Espagne - "trop de pesticides" - et préférer "manger local et de saison".

Derrière son stand, Mohand secoue la tête. "Ces fruits sont là parce qu'ils sont bons, ils sont mûrs", ronchonne le vendeur.

"Cette année, explique Sybille Costaz, commerçante de 54 ans dont vingt sur ce marché parisien, on a vu des quantités de fruits arriver très tôt. Mes abricots viennent du Roussillon, je les ai goûtés, choisis, ils sont délicieux". Elle tend un fruit parfait, encore légèrement acidulé et gorgé de jus, à la chair tendre.

"C'est maintenant qu'il faut manger ces fruits, soupire-t-elle. Mais certains clients sont difficiles, ils savent tout mieux que tout le monde...", dit-elle.

André Bernard, président de la chambre d'agriculture de Provence-Alpes-Côte d'Azur explique ce paradoxe des fruits, "quand la saison avance" plus vite que le savoir du consommateur: "On est sur des produits très climato-sensibles. On a eu des températures dignes de fin juin, couplées à un phénomène de pleine lune - qui favorise la poussée - dans un contexte d'inflation".

Un cocktail terrible pour les producteurs, qui ne peuvent stocker des produits frais, comme pour les maraîchers, avec "en bout de chaîne, des fraises, asperges ou cerises jusqu'à 30% moins cher que ces dernières années", dit-il.

- Horloge biologique et pédagogie -

Comme sur le marché d'Aligre, où France veille à "ne pas acheter trop cher", le dialogue est difficile en vente directe en zone rurale. "On a refusé d'acheter une barquette de fraises à mon fils parce qu'elle était 50 centimes plus chère qu'au supermarché, alors qu'on avait baissé nos prix", raconte M. Bernard, exploitant agricole dans le Vaucluse.

Il y a pourtant des moyens d'"acheter malin", affirme l'Interprofession des fruits et légumes frais (Interfel), qui propose chaque semaine sur son site un panier à 35 euros élaboré avec des diététiciens, avec les produits du moment.

"Il nous faut raccorder l'horloge biologique des consommateurs avec celle du paysan dans son champ", plaide Daniel Sauvaitre, secrétaire général d'Interfel, relevant les contradictions d'un discours qui prône "la qualité et le local alors qu'en vingt ans, on est passé de 65% de production nationale dans nos assiettes à 50%" pour les fruits et légumes, dont la France est le 4e producteur européen.

En ce moment, la concurrence est rude dans le porte-monnaie, constate-t-il. Selon une enquête réalisée en avril par l'Ipsos pour l'Observatoire E.Leclerc des nouvelles consommations, sept Français sur dix affirment "se priver régulièrement de fruits et légumes parce qu'ils sont trop chers".

"Il faut faire de la pédagogie: un plein de carburant à 120 euros, c'est l'équivalent de la consommation d'une famille de quatre personnes en fruits et légumes pour un mois". Alors, pour soutenir la production française, il appelle à "manger malin" et, dès aujourd'hui, fraises et abricots.

H.M.Hernandez--TFWP