The Fort Worth Press - Crise énergétique: dans la Nièvre, un charbonnier traditionnel fait feu de tout bois

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Crise énergétique: dans la Nièvre, un charbonnier traditionnel fait feu de tout bois
Crise énergétique: dans la Nièvre, un charbonnier traditionnel fait feu de tout bois / Photo: © AFP

Crise énergétique: dans la Nièvre, un charbonnier traditionnel fait feu de tout bois

"On n'arrive plus à fournir la demande": en Bourgogne, un des derniers charbonniers de France à produire l'or noir de manière artisanale profite de la flambée du prix des autres énergies.

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"On le fait toujours comme on le faisait il y a 3.500 ans": Gabriel Taviot, 55 ans, barbe, bonnet et cils recouverts d'un voile de poussière grise, effeuille de son râteau la couche superficielle de "la meule".

Il écume la motte de sa croute de paille et de terre et, précautionneusement, pour ne pas abîmer le charbon de bois cassant comme du verre, dévoile les bouts de bois noirs qui s'affaissent au sol dans des fumeroles virevoltant à travers les grands arbres.

A même le sol de la forêt d'Arthonnay, dans les profondeurs de l'Yonne, Gabriel installe depuis des décennies ses meules de charbonnier.

"On installe des bouts de bois droits de 1,20m en dessinant un rond, sur un diamètre de 5-6 mètres, puis on recouvre de paille et de terre en laissant une cheminée au milieu. On fait comme un volcan. Puis on allume en laissant tomber des braises dans cette cheminée. La flamme monte et on bouche l'entonnoir pour étouffer le feu", explique-t-il.

Il fera 900 degrés au cœur du "volcan": le bois cuit à l'étuvée. Après 72h, on ramasse au râteau le charbon.

Le rituel n'a "pas changé" depuis des millénaires, assure Gabriel. Les historiens ont en effet découvert des traces de meules à charbon dès l'Antiquité.

Le métier a pourtant bien failli disparaître. "Ici, à Arthonnay, il y avait jusqu'à 50 salariés qui travaillaient dans le charbon de bois", se souvient Gabriel.

Mais, en 1988, quand il reprend l'entreprise familiale qui existait depuis 1870, le pétrole puis l'électricité avaient bien failli enterrer le charbon.

"C'était très dur: on n'a commencé à gagner notre vie qu'en 93-94, et encore grâce à la scierie spécialisée en bois de luxe qu'on a ouvert à côté", explique Gabriel.

- "Les derniers des Mohicans" -

Du haut de ses 65 ans et d'une "trentaine d'années" de pratique, Gérard Grigis, assistant de Gabriel, confirme.

Sourcils gris de poussière, yeux bleus difficiles à distinguer derrière les lunettes moirées de noir, Gégé évoque, lui aussi, un passé tourmenté. "Le pétrole a failli nous faire disparaître. Et les +gazos+ (chauffage au gaz, ndlr) ont bien failli nous remplacer".

"Mais la hausse du prix du gaz et du fuel a tout changé", claironne-t-il, fier de ce retour de balancier.

"Je n'arrive pas à fournir. On a trop de demande", explique Gabriel Taviot. "Avec l'augmentation des prix du gaz, de plus en plus de gens remettent en route les petits poêles à charbon qu'on voyait dans les chambres de bonne".

Une résurrection d'autant plus savourée que les charbonniers sont une espèce en voie d'extinction. "On est les derniers des Mohicans", résume Gérard Grigis. "Y'a plus que des retraités qui en font pour le folklore ou leur consommation personnelle, dans les fêtes de villages".

Heureusement, l'entreprise Gabriel Taviot se réjouit d'avoir assuré "la relève". Ou plutôt d'avoir "passé le feu", comme on dit entre charbonniers.

"C'est un métier que j'aime": Thibault Remisio, 30 ans, perpétue ainsi la tradition, après être tombé amoureux de la fille de Gabriel. Et du métier.

"On est à l'air libre. On est libre", dit-il en soulevant des pelletées de charbon dans la forêt transpercée du soleil automnal.

"Sa" meule, il la raconte des étoiles dans ses yeux embués. "Quand on l'allume et qu'on la bouche, les fumées courent du bas. On a l'impression de marcher sur de la brume. C'est beau".

P.McDonald--TFWP