The Fort Worth Press - La seconde vie à Cotonou des voitures européennes

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La seconde vie à Cotonou des voitures européennes
La seconde vie à Cotonou des voitures européennes / Photo: © AFP

La seconde vie à Cotonou des voitures européennes

Sa voiture dépasse les 170.000 kilomètres au compteur et ne passerait pas un contrôle technique en Europe, mais pour Adam Adébiyi, elle est "comme neuve". Ce Béninois, informaticien de profession, n'a de toutes les façons pas les moyens de s'offrir un véhicule neuf sorti d'usine.

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Alors pour lui, comme pour des millions d'Africains sur le continent, le marché d'occasion est l'unique option.

L’Afrique est la principale destination des véhicules d’occasion, avec un quart des véhicules exportés dans le monde entre 2015 et 2020, soit 5,6 millions de véhicules, selon l'ONU. Ces véhicules proviennent principalement d’Europe et du Japon, de plus en plus de Corée du Sud ou des Etats-Unis, souvent très vieux et polluants.

La voiture d'Adam Adébiyi, une petite Matrix Toyota, a été mise en circulation en 2004 au Canada, avant de prendre quinze ans plus tard la route par la mer jusqu'au Bénin, où elle a été achetée en 2019 par un premier propriétaire, qui la lui a ensuite revendu.

Non loin du port de Cotonou, capitale économique du Bénin, les parcs automobiles de véhicules de seconde main s'étendent sur des kilomètres.

Car le Bénin est un des cinq plus gros importateurs en Afrique de véhicules d'occasion, selon un rapport de l'ONU publié fin 2021. Le pays ouest-africain ne compte pourtant que 11 millions d'habitants, mais il est la porte d'entrée des marchés burkinabé, nigérien, tchadien, et surtout du Nigeria, pays voisin le plus peuplé d'Afrique.

Sur un de ces parkings géants, proche de la frontière avec le Nigeria, Zakari Cissé, sourire au lèvre et main sur le volant, vient tout juste d'acquérir une voiture mise en circulation en Belgique en 2002.

Ce père de famille aurait voulu s'en payer une neuve chez un concessionnaire. Mais faute de disposer d’assez de ressources, il s’est rabattu sur ce véhicule d'occasion vieux de 20 ans. Le prix de ces voitures de seconde main démarre autour de 1,5 million francs CFA (2.300 euros).

Il le trouve "propre et bien entretenu". Même le "moteur répond très bien et cela se remarque au bruit", affirme-t-il.

"Nous n’importons pas des déchets", affirme Ossama Allouch importateur de véhicules d’occasion à Cotonou, en précisant que les véhicules sous soumis à un minimum de contrôle avant achat.

Les "voitures de seconde main, il y en existe partout… Ce ne sont pas que des véhicules interdits d’utilisation", renchérit-il.

- Pot catalytique scié -

Mais selon un rapport du Programme des Nations unies pour l'Environnement publié en 2021, la plupart de ces véhiculés exportés dans les pays en développement sont très vieux, polluants, énergivores, dangereux et mettent en danger les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique dans le monde.

Lors d'une inspection des autorités néerlandaises fin 2019 dans le port d’Amsterdam, d'où partent chaque semaine des bateaux transportant ces voitures vers l'Afrique, l'âge moyen des véhicules en attente était de 18 ans et leur compteur dépassait les 200.000 km en moyenne.

La quasi-totalité (93%) étaient aux normes Euro 3 ou inférieures, c'est à dire commercialisés avant le début des années 2000. Une partie des véhicules étaient hors d'usage, certains avaient leur pot catalytique scié.

Mais Amen Djidjoho, chef d’un des parcs de vente au Bénin, assure lui que "tous les véhicules importés viennent avec catalyseur parce qu’en Europe et en Amérique, il est formellement interdit de les enlever".

Les pots catalytiques permettent de limiter significativement l'émission de gaz polluants, comme l'oxyde d'azote. Ils sont composés de métaux précieux comme l'or, l'argent, le rhodium et le platine, et leur valeur peut dépasser les 100 euros. Ils font ainsi l'objet de trafic en Europe comme en Afrique.

Pour éviter leur vols, des agents sont commis au contrôle la nuit à l’occasion des transferts sur les parcs de vente béninois, assure M. Djidjoho.

- Pollution inquiétante -

La pollution générée par ces voitures est une grande source d'inquiétude pour les défenseurs de l'environnement.

Ces vieilles voitures, ainsi que la mauvaise qualité des carburants utilisés en Afrique de l'Ouest, est "une des principales causes de l'augmentation des niveaux de pollution atmosphérique dans les villes de la région", selon le programme pour l'environnement des Nations Unies.

"Les enfants, qui se rendent à pied dans les écoles et qui empruntent des routes très fréquentées, et les vendeurs informels le long de ces routes" sont les plus exposés aux effets de ces fumées toxiques sur la santé, déplore l'ONU.

Mais réguler cet important secteur de l'économie béninoise, en outre grand pourvoyeur d'emplois, n'est pas facile.

Les quinze pays de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont bien adopté en 2020 une directive visant à introduire des carburants et des véhicules plus propres sur le marché, dont la mise en œuvre devait débuter en janvier 2021.

Les véhicules d'occasion importés doivent notamment répondre à minima aux normes Euro 4, c'est à dire avoir été mis en circulation après 2006. Mais on constate qu'au Bénin, les véhicules vendus sur les parcs automobiles sont bien plus âgés.

Contacté à plusieurs reprises, le ministère des Transports n'a pas répondu aux questions de l'AFP au sujet de la législation en vigueur dans le pays.

W.Matthews--TFWP