The Fort Worth Press - Afrique du Sud: cinq choses à savoir sur les manifestations antimigrants

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Afrique du Sud: cinq choses à savoir sur les manifestations antimigrants
Afrique du Sud: cinq choses à savoir sur les manifestations antimigrants / Photo: © AFP

Afrique du Sud: cinq choses à savoir sur les manifestations antimigrants

L'Afrique du Sud est le théâtre depuis plusieurs mois d'une campagne menée par des groupes citoyens qui exigent le départ de tous les étrangers installés illégalement dans le pays et ont appelé à une grande journée de mobilisation mardi.

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Voici cinq choses à savoir sur une campagne qui a déjà conduit 25.000 immigrés à rentrer dans leur pays.

- Qui organise ces rassemblements ?

Un ensemble hétérogène de mouvements antimigrants et de partis politiques est à l'origine de ces rassemblements où dominent en tête de cortège des hommes revêtus d'habits traditionnels zoulous.

Ils accusent pêle-mêle les sans-papiers de "voler" les emplois des Sud-Africains, dans un contexte de chômage de masse (33%) et d'alimenter la criminalité galopante du pays, des discours incendiaires qui ont créé de vives tensions dans les townships où cohabitent étrangers et Sud-Africains.

Selon une étude de la Banque mondiale réalisée en 2018, chaque travailleur immigré a pourtant créé environ deux emplois pour des Sud-Africains entre 1996 et 2011, principalement grâce à l'entrepreneuriat et aux dépenses des immigrés dans l'économie locale.

Une campagne virulente sur les réseaux sociaux, dont l'AFP a mis en évidence plusieurs éléments de désinformation, et une ample couverture télévisuelle des rassemblements en direct, ont joué le rôle de caisses de résonance.

"Nous assistons à une nouvelle forme de violence de noirs contre d'autres noirs, détournant l'attention des vrais coupables de la crise économique", estime le politologue Sandile Swana.

- En quoi cette vague est-elle différente ?

L'Afrique du Sud a connu plusieurs vagues de violences xénophobes au cours des deux dernières décennies.

En 2008, 62 personnes ont été tuées lors d'émeutes antimigrants et des milliers ont été déplacées. De nouvelles flambées de violences ont suivi en 2015 et 2016.

En 2019, des groupes armés ont ciblé des commerces appartenant à des étrangers autour de Johannesburg, faisant au moins 12 morts, dont 10 Sud-Africains.

Les analystes relèvent que cette campagne est beaucoup plus structurée que les précédentes, et qu'elle a conduit au départ de milliers de migrants.

Pour William Gumede, professeur à l'Université du Witwatersrand, ce qui distingue la vague actuelle, c'est l'acceptation croissante de la rhétorique xénophobe au-delà de groupes marginaux. "Ce n'était pas le cas par le passé, et c'est vraiment une nouvelle dimension".

- Quel niveau de violence ?

La police sud-africaine enquête sur les meurtres de deux ressortissants mozambicains, d'un Ethiopien et d'un Malawite liés aux dernières tensions xénophobes.

Les autorités mozambicaines font état de cinq ressortissants tués et l'Ouganda d'un de ses citoyens battu à mort, ce que l'AFP n'a pas été en mesure de confirmer.

Outre ces victimes et des cas sporadiques de magasins pillés, les médias locaux ont rapporté que des Sud-Africains ordinaires s'étaient livrés à des contrôles d'identité au faciès, exigeant d'un étranger de voir sa carte d'identité.

Des migrants sur le départ ont indiqué à l'AFP que leur propriétaire les avait expulsés par crainte de représailles ou que leur employeur les avait renvoyés de peur d'être verbalisé.

- Pourquoi maintenant ?

C'est une succession de manifestations contre les immigrés clandestins depuis plusieurs mois qui a contribué à installer le climat actuel, plutôt qu'un événement particulier.

Fin 2025, plusieurs actions coup de poing visaient à interdire l'accès des hôpitaux aux immigrants illégaux. Le gouvernement y avait mis le holà.

Ces rassemblements, dépassant rarement quelques centaines de personnes, traduisent le ras-le-bol croissant d'une population face au chômage de masse et à la pauvreté, selon des analystes.

Le ressentiment est vif envers les immigrés africains détenteurs d'un emploi, même modeste, qui font des boucs-émissaires tout indiqués, ajoutent-ils.

Par ailleurs, des partis politiques alimentent la rhétorique antimigrants, perçue comme un argument de campagne efficace pour gagner des voix lors des municipales du 4 novembre.

- Quelles ont été les réactions ?

Les discours antimigrants, les intimidations et les violences sporadiques ont déclenché une réponse régionale, plusieurs pays affrétant des avions ou des bus pour rapatrier leur ressortissants.

L'Afrique du Sud compte environ trois millions d'immigrés en situation régulière (5,1% de la population), selon les statistiques officielles. Près de deux tiers proviennent des pays voisins d'Afrique australe et de République démocratique du Congo.

Le Ghana a rapatrié par avion près de 1.000 ressortissants, le Nigeria environ 600, selon l'Autorité sud-africaine de gestion des frontières (BMA).

Plus de 15.000 ressortissants du Malawi, du Zimbabwe et du Mozambique, sont rentrés chez eux par leurs propres moyens ou par des bus affrétés par leur gouvernement ou l'Afrique du Sud.

Selon la BMA, une grande majorité d'entre eux séjournait en situation irrégulière en Afrique du Sud.

Plusieurs milliers d'autres étaient regroupés dans des camps de fortune ou devant leur consulat au Cap (sud), à Durban (est) et Johannesburg dans l'attente d'être rapatriés.

Le gouvernement sud-africain a rejeté les accusations de xénophobie et appelé les pays africains à s'attaquer aux crises économiques et de gouvernance qui alimentent les migrations.

H.Carroll--TFWP