The Fort Worth Press - Au Vietnam, un parfum de scandale flotte sur une usine chimique

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Au Vietnam, un parfum de scandale flotte sur une usine chimique
Au Vietnam, un parfum de scandale flotte sur une usine chimique / Photo: © AFP

Au Vietnam, un parfum de scandale flotte sur une usine chimique

Fumée et bruit incessants, odeur nauséabonde, arbres couverts de poussière: dans une province reculée du Vietnam, des habitants cohabitent avec les émanations toxiques d'une usine chimique dont le patron, l'un des hommes les plus riches du pays, vient d'être arrêté.

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"Ca sent mauvais, âcre, pourri. Même en fermant les portes, l'odeur reste dans l'air", dit à l'AFP Nguyen, 64 ans, qui vit à trois kilomètres d'une zone industrielle de Lao Cai, près de la frontière avec la Chine et n'a donné que son nom de famille, pour des raisons de sécurité.

 

La police a arrêté la semaine dernière son président, Dao Huu Huyen, ainsi que son fils, ancien directeur général, et cinq autres dirigeants de l'entreprise.

Ils sont accusés d'avoir déversé des millions de tonnes de déchets sur une zone de plusieurs dizaines d'hectares, et d'avoir extrait illégalement des centaines de milliers de tonnes de minerai de phosphate.

Ces infractions présumées, auxquelles s'ajoutent des délits fiscaux, ont suscité "l'indignation" de l'opinion publique, a pointé la police.

- Campagne anticorruption -

Partiellement privatisée il y a plus de 20 ans, DGC avait une capitalisation boursière d'environ 1 milliard de dollars avant que l'affaire éclate.

"Il y a généralement une raison politique pour que des grandes entreprises nationales ou leurs dirigeants soient visés de la sorte au Vietnam", explique Miguel Chanco, spécialiste de l'Asie chez Pantheon Macroeconomics.

Les arrestations des dirigeants de DGC "pourraient être présentées comme un autre cas de corruption au plus haut niveau", avance-t-il.

Etat autoritaire à parti unique, le Vietnam mène depuis plusieurs années une vaste campagne anticorruption, qui a conduit à l'arrestation de dizaines de chefs d'entreprise et de hauts responsables gouvernementaux.

Des analystes estiment que le dirigeant suprême To Lam, devenu chef du parti communiste en 2024, en a profité pour faire le ménage parmi ses opposants et renforcer sa mainmise sur le pouvoir.

Ce qui est reproché à DGC n'est "probablement pas très différent de ce que font beaucoup d'entreprises minières, simplement à une échelle plus vaste et plus flagrante", relève Andrew Wells-Dang, expert de l'Asie du Sud-Est au Stimson Center de Washington.

"Ce que montrent les arrestations, c'est surtout que les dirigeants de Duc Giang n'avaient apparemment pas les connexions politiques nécessaires pour éviter cela", ajoute-t-il.

- "Nulle part où aller" -

Le Vietnam est un pôle manufacturier en pleine croissance et la zone industrielle de Lao Cai illustre le compromis auquel sont confrontés de nombreux pays entre développement économique et environnement.

Dès les années 1970, des programmes gouvernementaux ont encouragé l'agriculture, puis l'industrie, dans cette province pauvre et montagneuse du nord du pays.

Les chemins en terre ont été remplacés au fil des ans par des routes en béton, au bord desquelles s'alignent désormais maisons et voitures modernes.

"Mes parents ont été parmi les premiers à s'installer ici", témoigne une femme vivant à proximité. "Ils étaient pauvres et devaient travailler très dur sur les collines pour joindre les deux bouts".

Les jeunes peuvent aujourd'hui gagner au moins 10 millions de dongs (330 euros) par mois dans les usines, un salaire considéré comme correct en dehors des grandes villes vietnamiennes.

"Tous mes enfants travaillent dans la zone industrielle. Aucun d'entre eux n'a de problème de santé, pas plus que mes petits-enfants", affirme la riveraine devant sa maison à deux étages.

Nguyen, elle, a fini par s'habituer à la fumée et au bruit des usines.

"On aimerait bien sûr avoir une vie meilleure, moins polluée", admet la sexagénaire. "Mais on doit faire avec. On n'a nulle part où aller".

L.Coleman--TFWP