The Fort Worth Press - Côte d'Ivoire: chez les planteurs de cacao, la "malédiction de l'or brun"

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Côte d'Ivoire: chez les planteurs de cacao, la "malédiction de l'or brun"
Côte d'Ivoire: chez les planteurs de cacao, la "malédiction de l'or brun" / Photo: © AFP

Côte d'Ivoire: chez les planteurs de cacao, la "malédiction de l'or brun"

C'est une maison en torchis, à 20 kilomètres de Guiglo, dans l'ouest ivorien, qu'on rejoint par une piste cahoteuse de terre rouge, avec pour toit une simple bâche, sans électricité. Ici vit Laurent Koné, producteur de cacao depuis trente ans.

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La Côte d'Ivoire connaît actuellement de grandes difficultés pour vendre son cacao, du fait d'un ralentissement des exportations sur fond de problèmes de liquidités des acheteurs et de baisse des cours mondiaux.

Une épreuve de plus pour les planteurs, petites mains essentielles de "l'or brun", qui, souvent, vivent déjà dans des conditions très précaires.

La Banque mondiale, dont le dernier rapport sur le sujet date de 2019, estimait que plus de la moitié (54,9%) des producteurs de cacao gagnent moins de 757 francs CFA par jour (1,15 euros). Le cacao fait vivre indirectement environ un cinquième de la population ivoirienne, soit plus de cinq millions de personnes.

"J'ai commencé à planter en 1996 et jusqu'à présent je n'ai pas de toit car il n'y a pas l'argent", explique M. Koné, 54 ans, à l'AFP.

"Ce n'est pas digne", déplore-t-il.

Le gouvernement ivoirien martèle que la condition des planteurs est une de ses priorités: en un an, suivant la hausse des cours mondiaux, il a nettement augmenté le prix payé aux producteurs, fixé à 2.800 francs le kilo (4,26 euros), un record.

"Les producteurs sont debout, capables de manger à leur faim, capables de se loger, capables de se soigner, capables de jouir des bienfaits de l'électricité et de l'eau potable, capables d'envoyer leurs enfants à l'école et à l'université", se félicitait en octobre le ministre de l'Agriculture d'alors, Kobenan Kouassi Adjoumani, remplacé lors d'un remaniement vendredi.

Mais depuis la fixation de ce prix, les cours mondiaux ont chuté et les acheteurs se font rares. Résultat, la mesure n'a pas eu l'effet escompté: les exportations sont au ralenti et les producteurs ne sont plus payés, certains depuis des mois.

Comme dans de nombreux campements, à Betykro, autour de M. Koné, une cinquantaine de familles vivent toujours sans électricité et sans réseau mobile, avec une seule pompe pour l'eau.

Le premier dispensaire est à 10km de mauvaise piste et selon nombre de planteurs, la couverture maladie universelle mise en place par l'Etat n'est pas assez efficace pour couvrir les frais de santé.

- "Toujours plus vulnérables" -

"On est déçus", explique, abattu, Boniface Djabia, 64 ans, planteur et chef du village. "Les planteurs sont les plus pauvres de la Côte d'Ivoire", montrant ses vêtements usés jusqu'à la corde.

Les planteurs "sont toujours plus vulnérables", confirme Oscar Toukpo, sociologue à l'université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan. En cause, selon lui: les rendements de plus en plus faibles de terres qui s'épuisent et l'augmentation du coût de la vie.

"Les paysans s'endettent auprès des coopératives et des vendeurs de produits phyto-sanitaires pour essayer d'améliorer la production" et "le cycle de pauvreté continue", poursuit le sociologue.

"Un sac d'engrais fait 22.000 francs (33 euros) mais il n'y a pas l'argent", déplore Laurent Koné. Dans son champ, à quelques dizaines de mètres de sa maison, il travaille encore uniquement à la machette et au gourdin, en chaussures ouvertes.

Aujourd'hui encore, le maintien des volumes de production repose sur l'extension des plantations, au détriment de la productivité.

Une stratégie qui montre ses limites, alors que la Côte d'Ivoire a déjà perdu 90% de son couvert forestier en 60 ans.

Selon la Banque Mondiale, la productivité du verger ivoirien stagne sur les 20 dernières années, autour de 450-550kg de fèves de cacao par hectare.

- Découragement -

"Certains vont même jusqu'à invoquer la malédiction de +l'or brun+", poursuit l'institution, pour trois raisons : la destruction des forêts, une pauvreté persistante et le fait que la Côte d'Ivoire ne perçoit que 6% du total des gains de la filière mondiale.

Ces dernières années, l'Etat a toutefois investi dans des sites de broyage du cacao, afin de transformer la matière première sur place.

Pour s'en sortir, certains producteurs diversifient leur production en plantant des palmiers ou de l'hévéa, utilisé pour la production de caoutchouc, qui produit 11 mois sur 12, contrairement au cacao dont la récolte est saisonnière.

"On, se débrouille avec les plantations d'hévéa", explique Alidou Traoré, jeune planteur de 24 ans qui a reprend les terres de son père. Dans son village, à quelques kilomètres de celui de Laurent Koné, les maisons semblent plus solides.

Mais le découragement pointe. La situation du cacao actuelle "ça ne me donne pas courage", poursuit le jeune homme.

"Je ne veux pas que mes enfants soient planteurs comme moi", souffle Laurent Koné, "parce que c'est une souffrance".

F.Carrillo--TFWP