The Fort Worth Press - "Il n'y a rien ici", faute d'emplois, les jeunes Népalais contraints à l'exil

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"Il n'y a rien ici", faute d'emplois, les jeunes Népalais contraints à l'exil
"Il n'y a rien ici", faute d'emplois, les jeunes Népalais contraints à l'exil / Photo: © AFP

"Il n'y a rien ici", faute d'emplois, les jeunes Népalais contraints à l'exil

"Il n'y aura bientôt plus de jeunes pour porter nos cercueils", se lamente l'élu d'un village népalais frappé par l'exode de la "Génération Z", qui a manifesté la semaine dernière pour protester contre la corruption et le chômage.

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"Au moins 25% de nos jeunes sont déjà partis, laissant derrière eux des maisons vides (...) les personnes âgées se retrouvent seules", explique Shyam Bahadur Khatri, 69 ans.

A une heure de route de Katmandou, Pharphing concentre les difficultés qui ont conduit la jeunesse népalaise à laisser éclater sa colère.

Selon le dernier bilan officiel, la répression des manifestations puis les émeutes qui ont causé la chute, la semaine dernière, du gouvernement se sont soldées par au moins 72 morts.

Des nombreuses revendications des protestataires, l'accès à l'emploi arrive en tête.

Les dernières estimations de la Banque mondiale révèlent que plus de 20% des 15-24 ans étaient au chômage en 2024.

Faute d'usines, les jeunes de Pharping travaillent dans l'agriculture comme saisonniers, guère plus de deux mois par an. "Ils n'ont pas d'autre choix que de s'exiler", résume M. Khatri.

Agé de 31 ans, Santosh Sunar a déjà travaillé un temps à Bangalore, dans le sud de l'Inde. Faute d'avoir trouvé un emploi au pays, il sait qu'il devra sûrement repartir à l'étranger.

"C'est difficile de vivre loin de ma femme", serveuse à Dubaï, "et ce sera encore plus dur de quitter ma mère et ma fille", anticipe déjà le père de famille.

"Mais il n'y a aucune opportunité ici, même après des études", insiste Santosh Sunar, "partir n'est pas un choix mais une question de survie".

- "Pas d'autre choix" -

Chaque année, des centaines de milliers de Népalais sont contraints de s'expatrier pour trouver du travail en Inde ou au Moyen-Orient. L'an dernier, ce nombre a atteint 839.000, selon les statistiques du gouvernement népalais.

Les transferts de fonds depuis l'étranger sont devenus vitaux pour l'économie du Népal.

En 2024, ils ont représenté un tiers de son produit intérieur brut, soit le quatrième taux le plus élevé au monde, selon la Banque mondiale.

A la tête du nouveau gouvernement provisoire chargé de mener le pays à des élections en mars prochain, l'ex-cheffe de la Cour suprême, Sushila Karki, s'est engagée à répondre aux revendications des jeunes contestataires.

"Je ne suis pas allé à Katmandou (pour manifester) mais je soutiens pleinement leurs revendications", affirme Santosh Sunar.

Sa mère, Maiya Sunar, 48 ans, ne cache pas sa tristesse à l'idée de voir son fils repartir. "Je comprends", s'empresse-t-elle d'ajouter, "les jeunes n'ont pas d'autre choix".

Kamala Sunar, sa voisine de 40 ans, s'apprête elle aussi à voir sa fille aînée Rakshya, 27 ans, mère célibataire d'une fillette de deux ans, prendre la route de l'exil.

Sa cadette, Diksha, 24 ans, vit déjà à Dubaï où elle est femme de ménage.

"Elle m'a conseillé de ne pas suivre son exemple car les horaires sont très lourds et les conditions de vie difficiles", explique Rakshya. "Mais quelle vie puis-je offrir à ma fille ici ? Il n'y a rien".

"Si je travaille dur quelques années et que j'économise de l'argent pour lui payer des études", veut croire la jeune femme, "elle aura peut-être un avenir meilleur".

D.Ford--TFWP