The Fort Worth Press - Au Burkina, les violences jihadistes bouleversent la production de coton

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Au Burkina, les violences jihadistes bouleversent la production de coton
Au Burkina, les violences jihadistes bouleversent la production de coton / Photo: © AFP

Au Burkina, les violences jihadistes bouleversent la production de coton

"Aujourd'hui on peine à vivre". Comme beaucoup de producteurs de coton au Burkina Faso, Laurent Koadima est frappé de plein fouet par les violences jihadistes qui minent le pays et poussent les agriculteurs à abandonner leurs champs.

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Dans ce pays qui compte parmi les principaux producteurs du continent, l'exploitation de coton a chuté de plus d'un quart en un an. Environ 4 des 23 millions d'habitants vivent directement ou indirectement de cette filière.

"L'insécurité a affecté fortement la production cotonnière dans la région", explique à l'AFP Issa Lompo, producteur de 38 ans dans l'est du pays. Ses champs sont son unique source de revenus, pour prendre en charge ses sept enfants.

"En quatre ans, plus de 32.000 exploitations cotonnières ont été perdues dans la région à cause de l'insécurité", poursuit-il.

Cette zone est régulièrement visée par des attaques de groupes jihadistes depuis 2018. Fin juin, sept policiers et un soldat ont été tués lors d'une série d'attaques autour de Fada N'Gourma, chef-lieu de région où les familles des producteurs disent se réfugier.

Dans cette ville se trouve une des trois entreprises cotonnières du Burkina, la Société cotonnière du Gourma (Socoma): récemment, elle a licencié la totalité de ses centaines d'employés.

Dans une note adressée à son personnel datée du 7 juillet, la Socoma a annoncé "le licenciement pour motif économique de tous les personnels permanents et saisonniers", en raison du manque d’activité depuis maintenant trois ans.

Si la société a atteint au milieu des années 2000 une production annuelle moyenne de 80.000 tonnes, ce chiffre est tombé à 3.000 tonnes en 2024.

Au niveau national, la production de coton a chuté de 26% en un an, passant de 386.794 tonnes en 2023 à 286.623 tonnes en 2024, selon les chiffres officiels.

- "Très difficile" -

"Avant, on était envié car le coton marchait bien et les productions étaient bonnes", raconte Laurent Koadima, producteur de 48 ans.

"Mais depuis ces deux ou trois dernières années, c'est très difficile", la "situation sécuritaire a fait que nous avons perdu beaucoup de terres cultivables", confirme-t-il.

Et "aujourd'hui, on peine à vivre", dit-il: "moi j'ai du mal à assurer les besoins de ma famille car l'an passé je n'ai pas récolté, actuellement je fais des petits travaux et un peu de commerce", mais "deux de mes enfants ont dû abandonner l'école".

"Ceux qui ont perdu leurs champs à cause de l'insécurité se sont reconvertis dans d'autres activités comme l'élevage, ou le commerce", constate pour sa part Issa Lompo.

Fin juin, l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) pointait également du doigt les difficultés à "évacuer ou récolter" le coton "du fait de l'insécurité", lors d'une assemblée générale.

L’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) évoquait par ailleurs en 2023 des "difficultés de livraison des commandes d'intrants agricoles" et "la hausse du coût du fret maritime", qui fragilisent également le secteur, dans ce pays enclavé.

"La filière prend des coups année après année", déplore Moussa Barro, un autre producteur.

Le régime militaire a attribué cette année des subventions aux producteurs pour l'acquisition des intrants agricoles, à hauteur de 5 milliards de francs CFA (7,6 millions d'euros).

Le Burkina est miné depuis près de 10 ans par les attaques meurtrières de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique.

La junte du capitaine Ibrahim Traoré, au pouvoir depuis un putsch en septembre 2022 assure faire de la reconquête du territoire une "priorité", mais le pays reste pris dans une spirale de violences.

Selon l'ONG Acled, qui recense les victimes de conflits dans le monde, elles ont fait en tout plus de 26.000 morts, civils et militaires, dont plus de la moitié ces trois dernières années.

Selon le ministère burkinabè du Commerce, le coton représente 4% du PIB et environ 14% des recettes d'exportations du pays.

La quasi totalité de la fibre de coton burkinabè est exportée, majoritairement en Asie.

S.Palmer--TFWP