The Fort Worth Press - Face à la crise, la brasserie artisanale s'accroche

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Face à la crise, la brasserie artisanale s'accroche
Face à la crise, la brasserie artisanale s'accroche / Photo: © AFP

Face à la crise, la brasserie artisanale s'accroche

A côté des grandes cuves de brassage et de fermentation de la bière, une salle de restauration a été aménagée, et même un coin concert: "Le nouvel eldorado ce sont les brewpubs!", assure le patron de la Brasserie Croix de Chavaux, qui voit là un modèle pour un secteur de la bière à la peine.

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Dans cette ancienne menuiserie de Montreuil, Frédéric Poulain, ex-graphiste et réalisateur, s'applique depuis sept ans à faire une bière locale, qu'il vend aux clients de son pub, et dans des bars, épiceries et festivals du Grand Est parisien.

"La vente directe nous a sauvés. Si tu n'as pas ça, tu fermes", dit-il, tandis que son brassage hebdomadaire diffuse dans le bâtiment un arôme de pâtisserie.

Brassant jusqu'ici la bière à flux tendus, il vient de doubler sa capacité de production de quelque 500 hectolitres.

Pour faire son "métier passion", garder des prix modérés et ses trois salariés, dont son expert brasseur américain, il est sur tous les fronts: banques, approvisionnements, ventes sur les marchés... Il partage l'espace avec un restaurateur, envisage de s'associer avec une autre brasserie, le financement participatif récemment lui a permis d'acheter des fûts...

"En fait, on survit, mais on continue", dit-il, après deux années de déficit.

Globalement, le secteur de la bière est à la peine depuis le Covid-19, surtout pour cause d'explosion des coûts dès 2021.

Alors qu'en 2015, au pic du boom de la filière, une brasserie ouvrait chaque jour en France, quelque 250 ont fermé depuis janvier 2024, selon le syndicat Brasseurs de France.

Elles sont aujourd'hui environ 2.400, à 95% des TPE-PME, à côté des géants Kronenbourg ou Heineken.

Déjà fragilisées par la pandémie, nombre d'entre elles ont "pris de plein fouet la hausse des prix des matières premières", survenue avant même la guerre en Ukraine, explique Magali Filhue, déléguée générale de Brasseurs de France.

"Aujourd'hui, les brasseries qui ouvrent le font plutôt sous forme de gros pubs, se diversifiant autour de l’accueil, la restauration, les séminaires...", dit-elle.

A Montreuil, Frédéric Poulain ne décolère pas contre ces géants français du verre et du gaz (la bière a besoin de CO2), qui ont fait exploser leurs tarifs avant de se réjouir publiquement de faramineux "dividendes versés à leurs actionnaires".

"Je fais une bière locale, avec de l'orge bio de la plaine de Versailles, du miel de mon associé apiculteur... mais pour le verre, je dois me fournir en Suède!", soupire-t-il.

- Consommation atone -

A une soixantaine de kilomètres de là, à Courpalay, la Brasserie Rabourdin est plus grande. Elle a 25 ans d'activité et vend sa Briarde sur place, dans l'ancien silo à grains du village, mais aussi à de grandes enseignes.

Pourtant, en 2024, elle a produit "un peu moins que d'habitude", 8.000 hectolitres au lieu de 10.000, "car la conjoncture de la bière n'est plus ce qu'elle était", souligne Hubert Rabourdin, également agriculteur céréalier.

"On est passé de la croissance à une prise en étau entre plus de charges et moins de ventes", résume-t-il. "Des brasseries n'arrivent pas à se relever, elles ont des problèmes de trésorerie, et si vous ajoutez à cela la mauvaise météo de 2024..."

En France, la consommation de bière a reculé de 3,5% en 2024, et de 7% sur deux ans, entre météo, crise du pouvoir d'achat et comportements nouveaux à l'égard de l'alcool. A 33 litres par tête, les Français restent les derniers consommateurs européens.

Ce contexte ne décourage pas Kyle Nesbitt, Américain installé à Paris, passionné de bière en quête d'un local pour son futur brewpub, où il proposera des dizaines de bières de sa création et de la restauration mexicaine, la touche de son épouse franco-mexicaine.

"Je viens du Milwaukee où la bière est très connue. En France, il me manquait quelque chose, alors j'ai appris à brasser", dit ce graphiste, venu parfaire son savoir à la brasserie de Montreuil.

Pour lui, le repli de la consommation "vient notamment de la Génération Z, en réaction à l'abus d'alcool. Mais pour moi, la bière, c'est d'abord une expérience et un goût que je veux partager".

Selon Brasseurs de France, la demande résiste en particulier pour les bières sans alcool, et les très houblonnées IPA (India Pale Ale).

A.Williams--TFWP