The Fort Worth Press - Panama: un an après l'exode, la nouvelle vie loin de la mer qui menace de submerger leur île

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Panama: un an après l'exode, la nouvelle vie loin de la mer qui menace de submerger leur île
Panama: un an après l'exode, la nouvelle vie loin de la mer qui menace de submerger leur île / Photo: © AFP

Panama: un an après l'exode, la nouvelle vie loin de la mer qui menace de submerger leur île

Depuis un an, les rires des enfants ne résonnent plus dans les ruelles de Gardi Sugdub, vidée de la quasi-totalité de ses habitants indigènes qui ont déserté la petite île des Caraïbes panaméenne que la mer va inexorablement submerger.

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Le calme aujourd'hui contraste avec l'agitation de ces jours de juin 2024 où environ 1.200 Gunas ont été emmenés par bateaux vers une nouvelle vie dans un quartier construit sur la terre ferme, l'une des premières migrations planifiées en Amérique latine à cause du changement climatique.

Gardi Sugdub est l'une des 49 îles habitées sur les 365 qui composent l'archipel paradisiaque Guna Yala - également connu sous le nom de San Blas -, dont la disparition, selon des études scientifiques, surviendra avant la fin du siècle.

Dans la pénombre de sa cabane au sol en terre, assise dans un hamac, Luciana Pérez, 62 ans, enfile des perles jaunes pour confectionner un collier. L'endroit est imprégné de l'odeur de braises au sol où elle fait cuire des herbes médicinales.

"Je suis née à Gardi et je vais mourir ici. Rien ne va disparaître. Les scientifiques ne savent pas, seul Dieu", assure Mme Perez, qui fait partie d'un groupe de 100 personnes ayant décidé de rester sur l'île de 400 m de long et 150 m de large.

Elle ne croit pas à la disparition de son île et affirme que depuis l'enfance, chaque mois de décembre, elle a vu l'eau monter jusqu'à inonder les maisons.

Mais selon Steven Paton, de l'Institut Smithsonian de Recherches Tropicales (STRI), la mer montera inexorablement d'environ 80 centimètres avec un réchauffement d'ici la fin du siècle de 2,7°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

"La plupart des îles de Guna Yala sont situées à environ 50 cm au-dessus du niveau de la mer. Elles ne pourront tout simplement pas résister. Elles seront sous l'eau", a expliqué à l'AFP cet expert en surveillance climatique.

"Sortir les gens d'une île pour les emmener ailleurs montre la réalité de la planète que nous devons déjà affronter", a déclaré à l'AFP la directrice générale de la COP30, Ana Toni.

- "Vide" -

Delfino Davies, qui possède sur l'île un petit musée qui présente des lances, cruches et os d'animaux, raconte à l'AFP qu'après l'exode s'est abattue "la tristesse" : "Les amis ne sont plus là, les enfants qui jouaient ont disparu, tout est silencieux, comme une île morte".

De l'école autrefois pleine de vie, la poussière a envahi les pupitres des classe vides. De nombreuses maisons de bois sont cadenassées.

"Vide. Quasiment plus personne. Parfois, je me sens triste quand je suis ici toute seule", dit Mayka Tejada, 47 ans, dans la minuscule boutique où elle vend quelques fruits, légumes ou vêtements.

Sa mère et ses deux enfants de 16 et 22 ans ont eux emménagé dans l'une des 300 maisons construites par le gouvernement panaméen dans le nouveau quartier "Isber Yala", à 15 minutes en bateau plus cinq autres par la route.

Entre rues asphaltées et trottoirs, les maisons de 49 m2 en béton et zinc sont alignées en blocs, disposent de toilettes individuelles et d'un bout de terrain pour planter un potager.

"Là-bas on vivait entassés et je devais aller chercher de l'eau au fleuve dans un petit bateau. Ici, elle arrive une heure le matin et je peux remplir les seaux. Et j'ai de la lumière 24 heures sur 24", se réjouit Magdalena Martinez, une enseignante à la retraite de 75 ans qui vit avec sa petite-fille dans le nouveau quartier, à 2 km de la côte.

Mayka Tejada dit que ses enfants ne regrettent pas non plus d'avoir quitté l'île : "Ils me manquent, mais ils sont heureux là-bas. Ils ont où jouer au football et marcher".

Si l'école a été transférée à "Isber Yala", le centre de santé, délabré, est resté à Gardi Sugdub. "Les consultations ont diminué", déplore le docteur John Smith, 46 ans, car les bénéficiaires doivent faire le long trajet jusqu'à l'île.

Beaucoup font encore l'aller-retour, notamment pour vérifier l'état de leur maison, fermée ou prêtée à des habitants d'autres îles.

"Isber Yala" sera en fête cette semaine pour célébrer le premier anniversaire de l'installation dans le nouveau quartier. Sept cruches de chicha - boisson à base de maïs fermenté - sont prêtes.

Magdalena Martinez dit attendre avec impatience la fête pour oublier la peine qu'un jour "les îles disparaîtront parce que la mer réclamera son territoire". Cette mer dont elle est aujourd'hui éloignée et qui lui manque tant.

B.Martinez--TFWP