The Fort Worth Press - "Comme un château de cartes", l'Allemagne rongée par le spectre du déclin économique

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"Comme un château de cartes", l'Allemagne rongée par le spectre du déclin économique
"Comme un château de cartes", l'Allemagne rongée par le spectre du déclin économique / Photo: © AFP/Archives

"Comme un château de cartes", l'Allemagne rongée par le spectre du déclin économique

Les emplois du secteur automobile ont longtemps assuré la prospérité de Lüdenscheid, à l'ouest de l'Allemagne, dont les habitants craignent désormais que la ville ne devienne un "musée de l'industrie".

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En périphérie de la commune de 70.000 habitants, les lumières sont plus rares au siège de Kostal, fabricant de systèmes électriques pour carrosseries. L'entreprise familiale, présente depuis plus d'un siècle, achève de délocaliser sa production à l'est de l'Europe, en Hongrie notamment.

La région de Lüdenscheid "est un baromètre de ce qui se passe dans le pays", constate Sebastian Wagemeyer, le maire de la ville.

Faillites et licenciements assombrissent l'avenir de cette commune prospère du bassin de la Ruhr, reflet de la crise industrielle qui frappe la plus grande économie d'Europe et sera au cœur des élections législatives du 23 février.

La région a perdu l'an dernier quelque mille emplois dans le domaine de la sous-traitance automobile et risque de se transformer en "musée industriel à ciel ouvert", affirme Fabien Ferber, représentant local du syndicat de la métallurgie IG Metall.

- Modèle dépassé -

Dernier exemple en date, l'équipementier Gerhardi, producteur de pièces d'aluminium depuis cent ans à Lüdenscheid, a déposé le bilan en novembre, menaçant 1.500 emplois si aucun repreneur n'est trouvé.

Petra Bänsch, 60 ans, a travaillé durant vingt ans comme technicienne en contrôle-qualité chez Kostal, "un employé sûr", lui avait-on assuré.

"Je suis trop jeune pour partir à la retraite, mais trop vieille pour retrouver un travail, c'est une situation terrifiante!", confie cette mère et grand-mère. L'un de ses anciens collègues s'est déjà reconverti comme chauffeur de bus, raconte-elle.

"La région promettait la prospérité aux travailleurs depuis plusieurs générations: pouvoir s'acheter une maison, partir en vacances...", explique M. Ferber, et "cette promesse s'effondre comme un château de cartes".

L'industrie allemande, qui pèse plus de 20% du PIB, va mal, ébranlée par la hausse des coûts de l'énergie depuis l'invasion de l'Ukraine, par la concurrence des producteurs chinois et le ralentissement de la croissance chez le géant asiatique, un débouché crucial pour le "Made in Germany".

Le secteur automobile - quelque 780.000 emplois en Allemagne -, les gros consommateurs d'énergie comme l'acier ou la chimie, longtemps abreuvés de gaz russe bon marché, sont en première ligne. Le géant Volkswagen va ainsi supprimer 35.000 emplois d'ici 2030.

A contrario, l'Allemagne compte peu de grands acteurs parmi les géants mondiaux de la tech, de l'internet ou de l'intelligence artificielle.

Le pays de plus de 80 millions d'habitants "se rend compte que l'ancien modèle d'une énergie bon marché et de grands marchés d'exportation facilement accessibles ne fonctionne plus", écrit Carsten Brzeski, analyste chez ING.

L'ancienne locomotive européenne, qui vient d'enchaîner deux années de récession, pointe désormais en queue de peloton, avec une économie "de la même taille qu'au début de l'année 2020, soit cinq années de stagnation", souligne l'expert.

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, et sa menace d'augmenter les droits de douane sur les exportations, pourraient détruire des dizaines de milliers d'emplois, selon les experts.

- Peur -

L'Allemagne reste l'une des économies les plus riches du monde, mais a besoin de réformes en profondeur car ses problèmes de compétitivité s'ajoutent à des défis structurels, comme un déficit chronique d'investissements et le vieillissement de sa population, qui impacte les systèmes de soins de santé, de retraite et le marché du travail.

Pour sortir de l'impasse, la plupart des partis proposent un plafonnement des prix de l'énergie et la réduction de la bureaucratie.

Le parti social-démocrate SPD du chancelier Olaf Scholz veut attirer les investisseurs en Allemagne avec un bonus fiscal.

Les conservateurs misent quant à eux sur la baisse des impôts pour les sociétés, pour que l'Allemagne bénéficie d'un taux "compétitif", explique à l'AFP Florian Müller, député de Lüdenscheid.

Dans cette circonscription, le vote pour le parti d'extrême droite AfD a bondi de 7 points lors des élections européennes de juin, comparé au scrutin de 2019, une tendance conforme au reste du pays.

Pour les législatives, le parti est crédité de 20% des suffrages, deuxième force politique derrière les conservateurs de la CDU et devant le SPD.

L'extrême droite "joue bien sûr sur la peur. Ils n'existent que par la peur", déplore le maire (SPD) Sebastian Wagemeyer.

F.Garcia--TFWP