The Fort Worth Press - La France accélère sa décarbonation, mais manque son objectif climatique à cause des forêts et des sols

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La France accélère sa décarbonation, mais manque son objectif climatique à cause des forêts et des sols
La France accélère sa décarbonation, mais manque son objectif climatique à cause des forêts et des sols / Photo: © AFP/Archives

La France accélère sa décarbonation, mais manque son objectif climatique à cause des forêts et des sols

La France tient le rythme prévu pour décarboner son économie, mais les forêts et les sols de son territoire n'absorbent pas autant de CO2 que prévu, empêchant de peu le pays de tenir ses objectifs climatiques et de rattraper le retard accumulé dans la précédente décennie.

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Les gaz à effet de serre émis par l'activité humaine en France ont baissé dans quasiment tous les secteurs de l'économie (agriculture, transports, industrie ...), reculant de 5,8% en France en 2023 par rapport à 2022, a annoncé jeudi le Citepa, l'organisme chargé de l'inventaire des gaz à effet de serre français, dans une révision de ses estimations publiées en mars.

Ce chiffre, dont s'enorgueillit le gouvernement après un recul de 2,7% entre 2021 et 2022, avait été dévoilé mercredi par le Premier ministre Gabriel Attal lors d'un meeting électoral en Mayenne.

En 2023, la France a ainsi rejeté dans l'atmosphère l'équivalent de 373 millions de tonnes de dioxyde de carbone (Mt CO2e), "soit en dessous du niveau minimum record de 2020" lors du ralentissement majeur de l'économie pendant la pandémie.

Mais ce nouveau record ne suffit pas: en retranchant des émissions françaises la quantité de CO2 qui est absorbée naturellement par les forêts et les sols (appelés puits de carbone), "le budget carbone 2019-2023 n’est pas respecté", avertit le Citepa. Les arbres, par la photosynthèse, captent le carbone de l'air pour le stocker dans leurs racines et leurs branches.

Au total, sur ces cinq années, les émissions nettes de la France atteignent en moyenne 380 Mt "contre un objectif de 379 Mt, soit un dépassement de 1,4 Mt" (0,4%), indique l'organisme.

- Mortalité des arbres -

La feuille de route climatique de la France, fixée par sa deuxième Stratégie nationale bas carbone (SNBC) 2019-2023, prévoyait d'atteindre entre 40 et 45 Mt de CO2 absorbé par les forêts et le sols à horizon 2030.

Mais ce puits de carbone "s’est considérablement réduit" et n'a absorbé qu''"environ 20 Mt CO2 dans les années récentes, notamment en raison de l’effet couplé de sécheresses à répétition depuis 2015, de maladies affectant le taux de mortalité des arbres, et d’une hausse des récoltes de bois", explique le Citepa.

Et l'avenir est incertain: selon une étude récente de l'IGN, "la séquestration du carbone en forêt continue de s'éroder" dans la grande majorité des projections d'ici 2050. Y compris si le gouvernement parvient à tenir son objectif de planter un milliard d'arbres d'ici 2032.

"Si nous ne pouvons pas agir sur la mortalité des arbres, sur leur croissance qui est moins forte à cause des sécheresses, la dégradation du puits de carbone est aussi un choix politique puisque le gouvernement s'entête à vouloir augmenter la récolte de bois alors que tous les signaux sont au rouge", a réagi auprès de l'AFP Sylvain Angerand de l'association Canopée.

"Cette diminution du puits implique un effort encore plus conséquent sur les autres secteurs afin de parvenir à la neutralité carbone", rappelle le Citepa, alors que la 3e version de la SNBC, annoncée comme "imminente" depuis des mois par le gouvernement, se fait toujours attendre.

- Baisse conjoncturelle ?-

Le Citepa constate toutefois une "situation inédite où tous les grands secteurs émetteurs participent à une baisse des émissions, dans un contexte particulier (inflation, reprise de production nucléaire…) mais sans crise économique majeure".

Ces réductions sont une "bonne nouvelle", mais "en grande partie liée à des facteurs conjoncturels comme la baisse de l'activité économique, les prix élevés de l’énergie ou le redémarrage de réacteurs nucléaires" à l'arrêt en 2022, relativise auprès de l'AFP Anne Bringault, du Réseau Action Climat.

Le gouvernement "devrait s’atteler à mettre en œuvre les mesures supplémentaires nécessaires pour que la trajectoire se poursuive, en particulier dans les transports, premier secteur émetteur où la baisse des émissions n’est que de 3%, et dans le transport aérien international qui a connu une hausse des émissions de 16%", a-t-elle ajouté.

La France, qui doit s'aligner sur l'objectif européen de -55% d'émissions d'ici 2030 par rapport à 1990, avait déjà échoué à respecter son premier budget carbone (2015-2018) et avait revu ses ambitions à la baisse en 2019.

N.Patterson--TFWP