The Fort Worth Press - Brexit: au port du Guilvinec, "on a tué la pêche bretonne"

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Brexit: au port du Guilvinec, "on a tué la pêche bretonne"
Brexit: au port du Guilvinec, "on a tué la pêche bretonne" / Photo: © AFP

Brexit: au port du Guilvinec, "on a tué la pêche bretonne"

"Comme un saut dans le vide..." Au port du Guilvinec (Finistère), les mines sont moroses malgré le soleil hivernal, face à la perspective de voir des dizaines de chalutiers partir à la casse, dans la lignée du plan de sortie de flotte post-Brexit.

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"On a l'impression que le sol se dérobe sous nos pieds", lâche Grégory Pennarun, directeur de la criée du Guilvinec, lieu incontournable de ce port de 2.700 âmes à la pointe sud-ouest de la Bretagne. "C'est un sentiment étrange parce que la pêche, c'est l'ADN du pays Bigouden. On a tous dans nos familles des gens qui ont construit le pays autour de ça", poursuit-il, évoquant le sentiment d'un "saut dans le vide".

Au Guilvinec, même le tourisme tourne autour de la pêche, avec des visites organisées de la criée ou un belvédère permettant d'assister au retour des chalutiers et qui accueille 500.000 touristes par an.

Deuxième en France pour son chiffre d'affaires (62 millions d'euros), la criée du Guilvinec vit essentiellement de la pêche hauturière. "Notre fond de commerce", dit M. Pennarun.

Mais le plan de sortie de flotte, censé indemniser les pêcheurs affectés par le Brexit, risque d'envoyer une bonne partie des 45 navires hauturiers du quartier maritime à la casse. "On estime que ça pourrait représenter jusqu'à 30% de notre activité. Perdre 30% du jour au lendemain, c'est extrêmement brutal", souligne le responsable.

Sur le port, les spéculations vont bon train sur le nombre de navires qui seront détruits: 15 ? 25 ? 30 ? La réponse est lourde d'implication.

Chaque bateau employant 5 ou 6 marins pêcheurs et chaque emploi en mer générant 4 ou 5 emplois à terre, des centaines d'emplois seraient en jeu, selon des estimations répétées en boucle.

- "clap de fin" -

"Toute la filière va être impactée, que ce soit les avitailleurs, les mécanos, les peintres, les forgerons...", liste le maire (divers droite) du Guilvinec Jean-Luc Tanneau.

Son bureau de l'hôtel de ville domine le port et son estuaire large de 70 mètres, qui n'accueille cet après-midi-là que quelques chalutiers épars. "Quand j'étais petit, on pouvait traverser le port à sec, de bateau en bateau", raconte l'élu de 62 ans.

Mais "on a tué la pêche bretonne" à coups de contraintes nouvelles, dénonce-t-il. Pour l'élu, le plan de sortie de flotte n'est que "le clap de fin de la pêche bigoudène". "Le plan de casse pour certains, ça devient la seule porte de sortie", dit-il.

De l'autre côté de la rue, Christophe Collin, directeur de l'Armement Bigouden (11 chalutiers de 24 mètres et 60 marins) ne dit pas autre chose. "Le plan de sortie de flotte, c'est un accélérateur. La flotte est extrêmement vieillissante. Les bateaux ne sont plus rentables: ils sont beaucoup trop chers en entretien", décrit-il.

Gazole et coûts des matières premières flambent, sans possibilité de répercussion sur le prix du poisson, qui reste très bas. "Notre poisson on ne le vend pas; on nous l'achète", lâche M. Collin.

Dans ce contexte, l'Armement bigouden a déposé des dossiers pour se séparer de deux de ses chalutiers les plus anciens, déjà immobilisés à quai: le Bara Brenn, 39 ans, et le Bara Dous, 33 ans.

"L'avenir n'est pas rose du tout", décrit M. Collin. "Le prix du gazole nous fait mal et les aides sont plafonnées par société et non par bateau. Quand un armement a plusieurs bateaux, c'est compliqué".

Le nombre exact de navires détruits ne devrait pas être connu avant plusieurs mois. "Tous les jours, je me pose la question: je garde le bateau ou je le mets à la casse ?", confie Gwenaël Le Floc'h, patron du Damoclès, qui, à 56 ans, a déjà dépassé d'un an l'âge légal de la retraite.

Faute de repreneur, l'option "casse" est bien partie pour l'emporter.

T.Harrison--TFWP