The Fort Worth Press - Néonicotinoïdes: "Nous n'avons pas d'alternative", affirme un betteravier français

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Néonicotinoïdes: "Nous n'avons pas d'alternative", affirme un betteravier français
Néonicotinoïdes: "Nous n'avons pas d'alternative", affirme un betteravier français / Photo: © AFP/Archives

Néonicotinoïdes: "Nous n'avons pas d'alternative", affirme un betteravier français

"Nous n'avons encore aucune alternative" aux néonicotinoïdes pour protéger efficacement les betteraves sucrières, assure à l'AFP un agriculteur français, qui craint une chute de la production sans dérogation permettant d'utiliser ces insecticides néfastes pour les abeilles.

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La Cour de justice de l'Union européenne a rendu jeudi une décision retentissante pour ce secteur agricole: elle estime qu'aucune dérogation n'est possible à l'interdiction européenne des semences traitées aux néonicotinoïdes.

Ces substances, interdites depuis 2018, avaient depuis fait l'objet de dérogations dans une dizaine de pays européens, dont la France, qui prévoit de reconduire cette exception en 2023, pour la troisième année consécutive.

"Aujourd'hui, on utilise des semences enrobées (de néonicotinoïdes) parce que c'est la seule manière de protéger nos cultures contre les attaques de pucerons verts qui amènent la jaunisse", dit Christian Durlin, agriculteur à Richebourg, dans le Pas-de-Calais, dans le nord de la France.

En 2020, le virus de la jaunisse, qui attaque les feuilles de la plante et affecte le stockage du sucre dans les racines, avait détruit un tiers de la récolte en France, premier producteur européen de sucre.

Après ce "désastre", la filière avait lancé, avec l'Etat, un programme de recherche pour développer des variétés plus résistantes aux attaques de pucerons, tout en réclamant des dérogations pour pouvoir utiliser des semences enrobées de ces insecticides "en attendant d'avoir une solution".

"On n'a toujours pas de solution satisfaisante. Nos espoirs reposent sur la génétique, mais on n'attend pas de variété prometteuse avant deux ans", relate Christian Durlin, qui est membre du syndicat majoritaire FNSEA et vice-président de la chambre d'agriculture des Hauts-de-France.

Depuis trois ans, il a commencé à cultiver de la betterave en bio, sans insecticides chimiques, sur son exploitation: "Mais l'an dernier, j'ai eu une belle attaque de jaunisse sur la partie bio."

Si demain la France renonçait à une nouvelle dérogation, les quelque 24.000 planteurs français de betteraves se retrouveraient dans "une situation très difficile".

"Les surfaces de betteraves pourraient baisser très fortement, avec à la clef, des risques de fermeture d'usines" parmi celles qui transforment la racine en sucre, en alcool ou en carburant bioéthanol.

"Sans semences enrobées, on a un risque de jaunisse. Si on a une jaunisse qui fait chuter le rendement de 20 à 30%, la question de la rentabilité de la culture se pose", affirme-t-il.

Dans son exploitation de 140 hectares, en polyculture-élevage, Christian Durlin a dédié quelque 15 hectares à la betterave sucrière. "C'est 12% de mon assolement (à côté des céréales, pommes de terre...). Si je n'ai pas de semences enrobées, je vais essayer de réduire au maximum, en modifiant l'assolement (les cultures en rotation). Pour quoi faire, je ne sais pas. C'est compliqué, il faut tenir compte de nombreux paramètres."

Quelle que soit la décision du gouvernement, qui s'est dit en décembre favorable à une nouvelle - et dernière - dérogation, il va falloir "vite trancher".

"On emblave début mars et c'est en ce moment qu'on passe les commandes de semences", retrace M. Durlin, qui précise que les semenciers ne commencent, eux, les traitements qu'une fois les dérogations validées par le gouvernement.

Les producteurs sont engagés vis-à-vis des industriels du sucre, comme Tereos et Cristal Union: des contrats qui les protègent mais les obligent aussi à respecter "un certain volume de livraison".

Attaques d'insectes, sécheresses à répétition: l'agriculteur lutte ces dernières années sur plusieurs fronts pour maintenir ses rendements. Impossible de tout gérer d'un coup, pour Christian Durlin: "Il va y avoir des arbitrages à faire."

M.McCoy--TFWP