The Fort Worth Press - Sans patron, l'usine des ex-Elephant carbure toujours au thé

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Sans patron, l'usine des ex-Elephant carbure toujours au thé
Sans patron, l'usine des ex-Elephant carbure toujours au thé / Photo: © AFP

Sans patron, l'usine des ex-Elephant carbure toujours au thé

"Demandez au patron... Ah non, y'a plus de patron": dans une usine de thé près de Marseille, les salariés s'enorgueillissent de leur organisation atypique, huit ans après avoir repris la production au géant anglo-néerlandais Unilever qui avait fermé le site pour le délocaliser.

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Dans le grand hangar situé à Gémenos (Bouches-du-Rhône), ils surveillent et actionnent les machines qui débitent des centaines de sachets de thé et d'infusions à la minute. Certains portent encore des blouses vertes floquées "Fralib", l'ancien nom de leur usine, lorsqu'elle était encore dirigée par la multinationale.

Les boîtes défilent sur des tapis roulants, certaines marquées de logos de marques de grands distributeurs français et d'autres du chiffre "1336", le nom choisi par les salariés pour leur propre marque.

"Dans +1336+ il y a le numéro 13", celui du département des Bouches-du-Rhône, explique à l'AFP Fabrice Caillol, "et ça correspond aux 1.336 jours de lutte contre Unilever", poursuit le technicien, entré chez Fralib en 1994.

C'est chose faite depuis 2014, avec la création de Scop-Ti. Cette année-là, "un accord a été signé par l’ensemble des parties, avec le versement de près de 20 millions d'euros" pour son lancement, a rappelé Unilever dans une déclaration à l'AFP.

"On n'est plus des numéros, on se sent humains", assure Fabrice Caillol, qui se dit "fier" de la nouvelle production à base de produits naturels et français (thym de Provence, tilleul des Baronnies...), à l'exception du thé, en provenance d'Asie.

Leur parcours a inspiré d'autres initiatives, comme la reprise de l'usine de glaces Pilpa à Carcassonne (Aude) par ses salariés sous la marque La Belle Aude, ou l'"Après M", un ancien McDonald's marseillais transformé par un ancien employé en restaurant d'insertion.

Mais les ex-Fralib n'ont pas obtenu gain de cause sur l'une de leurs principales revendications: la reprise de la marque d'origine marseillaise L'Eléphant, dont ils produisaient les sachets sous le règne d'Unilever.

Le groupe agro-alimentaire l'a cédée fin 2021 au fonds d'investissement CVC Capital Partners, avec l'ensemble de sa division thés.

"En cette période où on parle beaucoup de circuits courts, ça aurait du sens de leur part de communiquer sur une relocalisation" à Gémenos, glisse Olivier Leberquier, président du conseil d'administration de Scop-Ti, "mais pas patron", précise-t-il.

- Activité en baisse -

Son appel du pied au fonds d'investissement n'est pas innocent: cet ancien technicien de maintenance et délégué CGT doit désormais faire face, comme n'importe quel dirigeant d'entreprise, aux difficultés de son usine, qui produit beaucoup moins qu'avant. De 3.000 tonnes de sachets de thé chaque année avec Unilever, Scop-Ti est passée à 220 tonnes.

Et si les ex-Fralib ont fait le choix de garder les travailleurs qui le souhaitaient (46 sur les 182 salariés que comptait l'usine), ceux partis en retraite n'ont pas tous pu être remplacés et ils sont désormais 37.

"Ce choix de conserver coûte que coûte l'ensemble des salariés était exceptionnel et très difficile à tenir", estime Fatima Bellaredj, déléguée générale de la confédération générale des Scop, qui représente les coopératives au niveau national. Elle explique que dans ce genre de situation, partir avec une équipe réduite est moins risqué car il faut "se reconstruire sur un nouveau marché très différent".

Après six ans de croissance, qui ont abouti à de premiers bénéfices en 2020, Scop-Ti fait désormais face à une baisse d'activité, liée notamment à l'inflation.

"Les gens font des choix: dans une famille, s'il faut choisir entre une boîte de thé et le bifteck pour nourrir les gamins, le thé passe après...", explique M. Leberquier.

La hausse des prix de l'énergie et des emballages pèse aussi sur les coûts de production, Scop-Ti doit donc augmenter ses prix. "Cette année, il nous aurait fallu une hausse de 30% mais on a rogné sur nos marges pour demander 13%" aux distributeurs, indique-t-il.

En 2022, l'entreprise devrait toutefois dégager un peu de bénéfices car la métropole Aix-Marseille, qui avait acheté les locaux il y a dix ans pour permettre le projet de coopérative, doit les céder fin janvier à un groupe de mutuelles, qui divisera le loyer par deux.

"Maintenant le but c'est que ça perdure [...], confie Fabrice Caillol, pour nos enfants et nos petit-enfants, qu'on puisse créer du travail".

A.Maldonado--TFWP