The Fort Worth Press - Un siècle après Toutankhamon, les Egyptiens veulent sortir de l'ombre

USD -
AED 3.672503
AFN 63.999659
ALL 82.446914
AMD 367.889616
ANG 1.790403
AOA 917.497004
ARS 1483.7393
AUD 1.444941
AWG 1.8
AZN 1.70203
BAM 1.715719
BBD 2.014659
BDT 123.237259
BGN 1.69088
BHD 0.377133
BIF 2976.647894
BMD 1
BND 1.294833
BOB 6.927015
BRL 5.183803
BSD 1.000237
BTN 94.653762
BWP 13.556631
BYN 2.932324
BYR 19600
BZD 2.011641
CAD 1.420175
CDF 2275.000056
CHF 0.807755
CLF 0.02341
CLP 921.312404
CNY 6.79395
CNH 6.794015
COP 3438.95
CRC 456.074635
CUC 1
CUP 26.5
CVE 96.734291
CZK 21.24675
DJF 177.720003
DKK 6.54136
DOP 59.627253
DZD 133.17727
EGP 49.1335
ERN 15
ETB 160.107467
EUR 0.87516
FJD 2.24225
FKP 0.75464
GBP 0.754025
GEL 2.639985
GGP 0.75464
GHS 11.325109
GIP 0.75464
GMD 73.502887
GNF 8768.31301
GTQ 7.631137
GYD 209.231633
HKD 7.842855
HNL 26.765154
HRK 6.594599
HTG 130.781681
HUF 311.469501
IDR 17925.1
ILS 2.98005
IMP 0.75464
INR 94.53205
IQD 1310.36086
IRR 1376000.000227
ISK 125.84978
JEP 0.75464
JMD 157.597396
JOD 0.708981
JPY 162.587988
KES 129.47945
KGS 87.449815
KHR 4025.844712
KMF 432.000416
KPW 900.00035
KRW 1547.769879
KWD 0.30975
KYD 0.833593
KZT 479.31644
LAK 22434.12886
LBP 89573.772793
LKR 336.095235
LRD 181.582861
LSL 16.36882
LTL 2.95274
LVL 0.60489
LYD 6.42603
MAD 9.401556
MDL 17.67459
MGA 4243.298842
MKD 53.947973
MMK 2099.487458
MNT 3582.059186
MOP 8.08008
MRU 39.968069
MUR 47.189991
MVR 15.459931
MWK 1734.473214
MXN 17.480715
MYR 4.083897
MZN 63.849698
NAD 16.369466
NGN 1380.47968
NIO 36.809762
NOK 9.900185
NPR 151.417455
NZD 1.760705
OMR 0.384501
PAB 1.000268
PEN 3.418588
PGK 4.393387
PHP 61.518502
PKR 278.14144
PLN 3.76195
PYG 6083.016418
QAR 3.656302
RON 4.5852
RSD 102.686992
RUB 78.695525
RWF 1466.200538
SAR 3.758263
SBD 8.065041
SCR 13.559006
SDG 600.552774
SEK 9.69305
SGD 1.293875
SHP 0.746601
SLE 24.796299
SLL 20969.503664
SOS 571.631598
SRD 37.504498
STD 20697.981008
STN 21.492548
SVC 8.752522
SYP 110.532098
SZL 16.366651
THB 33.231498
TJS 9.242505
TMT 3.51
TND 2.964393
TOP 2.40776
TRY 46.648698
TTD 6.789103
TWD 31.807035
TZS 2624.997998
UAH 44.826936
UGX 3666.127143
UYU 40.153526
UZS 12007.438858
VES 622.24352
VND 26315
VUV 119.95305
WST 2.78094
XAF 575.458928
XAG 0.017427
XAU 0.000251
XCD 2.70255
XCG 1.802639
XDR 0.716236
XOF 575.45388
XPF 104.621836
YER 238.601246
ZAR 16.37881
ZMK 9001.203214
ZMW 18.029889
ZWL 321.999592
  • AEX

    14.8100

    1080.17

    +1.39%

  • BEL20

    32.6000

    5751.36

    +0.57%

  • PX1

    36.8200

    8403.99

    +0.44%

  • ISEQ

    20.7100

    13828.74

    +0.15%

  • OSEBX

    0.3800

    1906.79

    +0.02%

  • PSI20

    -25.6400

    9132.59

    -0.28%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    287.3700

    4576.51

    +6.7%

  • N150

    21.0500

    4148.83

    +0.51%

Un siècle après Toutankhamon, les Egyptiens veulent sortir de l'ombre
Un siècle après Toutankhamon, les Egyptiens veulent sortir de l'ombre / Photo: © AFP/Archives

Un siècle après Toutankhamon, les Egyptiens veulent sortir de l'ombre

Sur la photo iconique, le Britannique Howard Carter inspecte le sarcophage de Toutankhamon et, dans l'ombre, se tient un Egyptien.

Taille du texte:

Ce cliché du début du XXe siècle illustre bien ce que furent deux siècles d'égyptologie selon les experts: d'un côté, le savant occidental qui découvre seul des trésors; de l'autre, des petites mains égyptiennes absentes de l'histoire de la révélation des secrets des pharaons.

L'égyptologie, née à l'époque coloniale, a créé "des inégalités structurelles" qui "résonnent aujourd'hui" encore, souligne la Britannique Christina Riggs, égyptologue à l'université de Durham.

Mais, alors que le monde célèbre le bicentenaire du déchiffrement de la pierre de Rosette par le Français Jean-François Champollion et le centenaire de la découverte du tombeau de l'enfant-pharaon Toutankhamon par Carter, en Egypte des voix s'élèvent pour mettre en lumière la contribution des Egyptiens dans ces explorations.

Manière de se réapproprier leur histoire, au même titre que la préservation du patrimoine dans leur pays ou la restitution réclamée de trésors estimés "volés" par les Occidentaux.

Les Egyptiens qui ont fouillé "ont fait tout le travail" mais ils "ont été oubliés", déplore Abdel Hamid Daramalli, chef de fouille à Qurna (sud) où il dit être né sur la tombe d'un scribe.

"C'est comme si personne n'avait cherché à comprendre l'Egypte antique avant" Champollion, qui le 27 septembre 1822 annonça avoir déchiffré la pierre de Rosette, abonde la chercheuse Heba Abdel Gawad, spécialiste de l'héritage égyptien.

- "Anonymes" -

Sur le fameux cliché, "l'Egyptien, pas nommé, pourrait être Hussein Abou Awad ou Hussein Ahmed Saïd", explique Mme Riggs.

Ces deux hommes ont été, avec Ahmed Gerigar et Gad Hassan, des piliers de l'équipe de Carter pendant près d'une décennie mais aucun expert ne peut aujourd'hui mettre un nom sur les visages photographiés.

"Les Egyptiens sont restés dans l'ombre, anonymes et transparents dans le récit de leur histoire", résume l'historienne.

Un nom cependant a émergé, celui des Abdel Rassoul.

Hussein d'abord qui alors enfant passe pour être celui qui a découvert involontairement la tombe de Toutankhamon, le 4 novembre 1922, sur la rive ouest du Nil dans la nécropole de Thèbes (aujourd'hui Louxor), à Qurna.

Les versions varient: il a trébuché dessus, son âne a trébuché dessus ou il a renversé un broc d'eau qui a mis au jour une pierre.

La mythologie locale dit aussi que ses ancêtres Ahmed et Mohammed ont découvert en 1871 les 50 momies de Deir el-Bahari, dont celle de Ramsès II.

Le petit-neveu de Hussein, Sayed Abdel Rassoul, que l'AFP a retrouvé à Qurna, éclate de rire à l'évocation de ces récits.

Est-ce "vraiment sensé" de croire qu'un gosse avec une jarre d'eau a pu faire une telle découverte ?, demande-t-il. De toutes façons, "si certains ont gardé des archives, pas nous", dit-il.

Christina Riggs rappelle pourtant que dans les rares cas où une découverte a été portée au crédit d'Egyptiens, il s'agissait d'"enfants" et de "pilleurs de tombes" quand ce n'étaient pas leurs "animaux".

"L'archéologie, c'est surtout de la géographie", explique Mme Abdel Gawad. Et dans ce domaine, dit-elle, les agriculteurs locaux ont un atout en main: "Ils connaissent le terrain et ses reliefs" et peuvent dire "en fonction des couches sédimentaires s'il y a des objets enterrés".

C'est ainsi que de génération en génération, le travail de fouille s'est transmis à Qurna, où vivent les Abdel Rassoul, et à Qift, au nord de Louxor où dans les années 1880 les habitants ont été formés à l'archéologie par le Britannique William Flinders Petrie.

L'arrière-grand-père de Mostafa Abdo Sadek fut l'un d'eux. Au début du XXe siècle, il s'est installé à 600 kilomètres au nord de Qift pour fouiller la nécropole de Saqqara, près des pyramides de Gizeh.

Lui, ses enfants et ses petits-enfants ont, durant un siècle, aidé à percer les mystères de dizaines de tombes, raconte à Saqqara l'arrière-petit-fils, lui-même archéologue réputé.

Mais eux "ont été lésés", poursuit Mostafa Abdo Sadek en brandissant des photos de ses ancêtres dont aucun nom n'apparaît aujourd'hui dans les livres d'histoire.

- "Enfants de Toutankhamon" -

"Les Egyptiens ont été effacés du récit historique à cause de l'occupation culturelle de l'Egypte des 200 dernières années", affirme Monica Hanna, doyenne du Collège d'archéologie d'Assouan.

Il faut prendre en compte "le contexte historique et social de l'Egypte sous occupation britannique", nuance Fatma Keshk, conférencière à l'Institut d'archéologie orientale du Caire.

Au début du XXe siècle, sur fond d'anticolonialisme grandissant, l'héritage pharaonique sert à faire vibrer la corde nationaliste. La bataille culturelle devient politique.

"Nous sommes les enfants de Toutankhamon", chante la diva Mounira al-Mahdiyya en 1922 - année de la découverte de la tombe de l'enfant-pharaon dans la Vallée des Rois et de l'indépendance de l'Egypte.

A coups de campagnes brocardant la mainmise des étrangers sur le patrimoine national, Le Caire parvient la même année à mettre fin au système de partage colonial qui garantissait aux Occidentaux la moitié des pièces mises au jour en échange du financement des fouilles.

Mais alors, l'Egypte antique a été dissociée de l'Egypte moderne et à partir de là "considérée comme une civilisation universelle'" dans un monde qui à l'époque "se résumait à l'Occident", analyse Mme Abdel Gawad.

Toutankhamon reste en Egypte mais le pays "perd les archives des fouilles", outil essentiel pour toute publication universitaire, au profit de la collection privée Carter, relate Mme Hanna. "Nous étions encore colonisés. Ils nous ont laissé les objets mais ont pris notre capacité à produire de la connaissance sur Toutankhamon."

Et quand la nièce d'Howard Carter décide de faire don de ces archives peu après la mort de l'archéologue britannique en 1939, elle choisit l'université d'Oxford plutôt que l'Egypte.

Oxford qui justement propose actuellement l'exposition "Toutankhamon: fouille dans les archives" pour mettre en lumière "les Egyptiens souvent oubliés des équipes archéologiques".

- Une momie dans la maison -

A Qurna, Ahmed Abdel Rady, 73 ans, se rappelle avoir trouvé, enfant, une tête de momie dans un renfoncement de la maison installée dans un des tombeaux de la nécropole de Thèbes où il a grandi.

Ma mère, raconte-t-il à l'AFP, a éclaté en sanglots en me suppliant de traiter "cette reine" avec respect. Pour autant, poursuit-il, elle stockait oignons et têtes d'ail dans un sarcophage de granit.

Aujourd'hui, le village, n'est plus que ruines où, entre tombeaux et temples, les colosses de Memnon, construits il y a plus de 3.400 ans, semblent veiller sur les morts et les vivants.

En 1998, des bulldozers ont débarqué pour détruire les petites maisons de terre et de brique des 10.000 habitants, sous lesquelles reposaient des tombes datant pour la plupart de 1.500 à 1.200 avant JC.

Dans des affrontements avec la police, quatre habitants refusant d'être expulsés sont tués. C'est parce qu'ils sont profondément liés à l'héritage pharaonique que les habitants de Qurna ont tant protesté contre la démolition de leur village, assure Abdel Hamid Daramalli.

Mais la bataille pour l'histoire se fait aussi aux dépens des Egyptiens, en dépit même des critiques alors de l'Unesco. "Il fallait le faire" pour protéger le patrimoine, martèle le ministre des Antiquités de l'époque, Zahi Hawass.

En 2008, la quasi-totalité des maisons étaient rasées et leurs habitants relogés loin de leur gagne-pain autour des sites archéologiques et des terres de leur bétail.

Selon Monica Hanna, c'est leur réputation de "pilleurs de tombes" qui a mené les autorités à faire de Louxor un "musée à ciel-ouvert".

Sayed Abdel Rassoul en souffre depuis qu'il y a longtemps des membres de la famille ont été pris vendant des pièces archéologiques sous le manteau.

"Les Français, les Britanniques, tous volaient", dit son neveu Ahmed. "Et qui, au départ, a dit aux habitants de Qurna qu'ils pouvaient gagner de l'argent en vendant des pièces pharaoniques ?"

- "Butin de guerre" -

Au cours des siècles, un nombre inquantifiable d'antiquités sont sorties d'Egypte.

Certaines, comme l'Obélisque de Louxor à Paris ou le Temple de Debod à Madrid, ont été offertes par le gouvernement égyptien à des pays amis.

D'autres ont été envoyées dans les musées européens dans le cadre du système de partage colonial.

Et des centaines de milliers sont passées en contrebande vers "des collections privées à travers le monde", affirme Mme Abdel Gawad.

C'est la nouvelle croisade de l'ancien ministre Hawass, qui veut lancer en octobre une pétition pour la restitution de la pierre de Rosette, du buste de Nefertiti et du zodiaque de Dendérah, trois pièces sujettes à controverses depuis des décennies.

La pierre de Rosette, stèle gravée en 196 avant JC en grec ancien, égyptien démotique et hiéroglyphes, est exposée depuis 1802 au British Museum de Londres avec en cartel "prise en Egypte en 1801 par l'armée britannique".

Un porte-parole du British Museum assure à l'AFP que c'est "un cadeau diplomatique". Pour Mme Abdel Gawad, c'est "un butin de guerre".

Le buste de Néfertiti a atterri au Neues Museum de Berlin en vertu du partage colonial, affirme l'Allemagne. Pour M. Hawass, cette sculpture, peinte en 1340 avant JC et ramenée par des archéologues allemands en 1912, "a été sortie illégalement d'Egypte".

Le zodiaque de Dendérah, enfin, a rejoint Paris quand en 1820 le préfet Sébastien Louis Saulnier envoie une équipe desceller à l'explosif ce bas-relief d'un temple du sud de l'Egypte.

Cette représentation de la voûte céleste de plus de 2,5 mètres de largeur et de hauteur est accrochée à un plafond du Louvre depuis 1922, alors qu'une copie de plâtre la remplace à Dendérah. "C'est un crime", accuse Mme Hanna.

Ce qui était acceptable à l'époque, ajoute-t-elle, n'est plus "compatible avec l'éthique du XXIe siècle".

B.Martinez--TFWP