The Fort Worth Press - Rose et vert : les couleurs de la révolte en Indonésie

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Rose et vert : les couleurs de la révolte en Indonésie
Rose et vert : les couleurs de la révolte en Indonésie / Photo: © AFP/Archives

Rose et vert : les couleurs de la révolte en Indonésie

Le rose du hijab d'une manifestante et le vert du blouson d'un conducteur de moto-taxi tué par la police sont devenus les symboles du vaste mouvement de protestation qui a embrasé l'Indonésie la semaine dernière.

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Graffitis sur les murs, t-shirts des manifestants et filtres pour colorer leurs messages et photos sur les réseaux sociaux : le rose et le vert sont partout.

Après une vague de manifestations qui a débuté le 25 août et fait dix morts, selon des ONG, le calme est revenu à travers l'archipel d'Asie du Sud-Est, au prix d'un large déploiement de la police et de l'armée.

A Jakarta, Dila, 28 ans, prend le temps d'appliquer un filtre vert vif et rose à ses profils Instagram et WhatsApp.

"Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est de solidarité entre nous (...) parce qu'il y a encore un long chemin à parcourir", confie la jeune femme depuis son bureau, refusant de donner son nom complet.

Dans les rues de Yogyakarta, ville du centre de Java, un immense graffiti vert sur fond rose s'affiche: "Reset system". Un appel à "Réinitialiser le système" politique.

Le rose est la couleur du hijab porté par une manifestante affrontant un barrage de police gardant le Parlement à Jakarta : une image immortalisée par plusieurs photographes et devenue iconique du mouvement.

Le vert vient de la couleur du blouson porté par les conducteurs de moto-taxi indonésiens, employés notamment par la société Gojek. La mort de l'un d'entre eux, Affan Kurniawan, 21 ans, écrasé par un fourgon de police jeudi dernier a attisé la violence des manifestants mobilisés initialement pour une indemnité de logement jugée excessive des députés et les inégalités économiques.

La colère a alors été dirigée contre la police et les institutions avec des pillages, incendies et des confrontations avec les forces de l'ordre.

La Commission nationale des droits de l'homme (Komnas HAM) a fait état mercredi de 10 morts et 900 blessés en lien avec ces manifestations, tandis que l'ONU a réclamé des enquêtes sur "toutes les violations présumées des droits de l'homme".

Pour Dila, "il faut réformer notre police, l'impunité ne peut pas continuer. Il ne s'agit pas seulement des manifestations actuelles, mais de l'accumulation de cas dans le passé".

Mercredi, l'un des policiers présents dans le fourgon qui a écrasé le moto-taxi a été limogé pour manquements à l'éthique.

- "Système corrompu" -

Les manifestations ont forcé le président Prabowo Subianto à reculer en annonçant une suppression de la hausse de l'indemnité promise aux députés, qui représentait dix fois le salaire minimum à Jakarta.

Les Indonésiens, qui espéraient toucher les dividendes de la croissance économique, ont vu au contraire de nombreuses coupes budgétaires pour financer notamment un coûteux programme de repas gratuits pour les scolaires et les inégalités se creuser.

"Tout le système est corrompu, il y a une trop grande distance entre les gens du gouvernement, du Parlement, et nous, les gens qu'ils doivent servir", dénonce encore Dila.

- "Nous ne sommes pas le problème" -

Tout en répondant en partie aux revendications, le président Prabowo, en fonctions depuis octobre dernier, a affiché une grande fermeté et a dénoncé une partie du mouvement comme une "trahison et de terrorisme".

"Le peuple n'est pas le problème. Nous avons le droit de manifester car notre voix n'a jamais été entendue", déplore Mutiara Ika Pratiwi, du groupe de défense des droits des femmes Perempuan Mahardhika.

Muhammad Dwiki Mahendra, 27 ans, a lui aussi rejoint le mouvement "rose et vert" depuis l'Allemagne, où il prépare un Master sur la paix et les conflits.

"Je crois que c'est un pilier crucial pour contrer le discours souvent utilisé par le gouvernement, qui considère les mouvements populaires comme manipulés par des forces étrangères", explique-t-il.

"Je sens que nous ne sommes pas seuls, quand je vois d'autres personnes utiliser le même filtre" sur les réseaux sociaux, se rassure Sphatika Winursita, jeune femme de 25 ans originaire de la province de Banten (Java).

J.P.Cortez--TFWP